‹ FiesqueChapitre 45 sur 72 · ACTE IV, SCÈNE IV. 1i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV. 1i

Qu'as-tu dit, Léonor? as-tu pu le penser,

Que Fiesque, dans nos murs, ramenant la licence,

Au noble Doria ravirait la puissance ,

Pour la jeter aux mains de quelques factieux,

D'un peuple dégradé flatteurs ambitieux?

Non! les lois dès long-temps ont perdu leur empire;

L'or a tout corrompu , la république expire.

Pour qu'un peuple soit libre, il lui faut des vertus.

Piome dégénérée eut-elle des Brutus?

Les temps sont accomplis, Gène a besoin d'un maître ;

Sous le sceptre d'un roi sa gloire va renaître.

Mais ton cœur alarmé craint ces conspirateurs ,

D'une sanglante idole ardens adorateurs !

Au seul nom d'un tyran , leur inflexible haine

Gémit sur la patrie et veut rompre sa chaîne ;

Entraînant dans la lice un peuple révolté,

Ils le guident au meurtre, en criant : liberté !

La liberté ! Leurs bras s'arment pour la défendre;

Ils jurent son triomphe.... ils sont prêts à la vendre!

Ces fiers républicains porteront tous mes fers.

Tu les verras bientôt, de dignités couverts ,

Demi-tyrans, sortis des discordes civiles,

Fatiguer mon pouvoir de leurs respects serviles ,

Du poids de leur orgueil écraser mes sujets,

Et tous, dans mes regards, épiant mes projets,

Devant un peuple entier, qui se courbe en silence,

De leur grandeur nouvelle étaler l'insolence!

74 FIfcSQUE.

LEONOl'..

Ah ! sur ton sort futur jette avec moi ies yeux ! Je veux te l'accorder : oui, la laveur des cieux, Y ton ambition prodiguant ies miracles , Devant tes pas vainqueurs renverse les obslacles : Tu règnes... Crois-tu donc, dans ce suprêmehonneur, Pour prix de tant d'efforts rencontrer le bonheur? Pour toi plus de repos , plus d'amis, plus d'épouse ! Ah ! ne le sais-tu pas? l'ambition jalouse Veut seule commander au cœur quelle a dompté; Près d'elle tout s'éteint ! Quand tu seras monté A ce funeste rang qu'appelle ton audace , Ton ame, pour l'amour, aura-t-elle une place ? Hélas ! ta Léonor , en s'approchant de toi , Cherchera son époux, et ne verra qu'un roi! Viens loin de ces Génois qu'un fol espoir anime, Loin d'un trône élevé sur le bord d'un abîme, De tes champs paternels cherchons l'heureux séjour Là, fuyant ta grandeur, tu trouveras l'amour. De plaisirs sans regrets, peuplant ta solitude, Charmer tous tes momens sera ma seule étude ; Je saurai de bonheur entourer tes loisirs, Écarter les chagrins, deviner tes désirs. Viens, l'amour nous attend, et notre ame ravie Sous un ciel toujours pur va savourer la vie. Ne me repousse pas... Il en est temps encor; Je me jette à tes pieds....

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