‹ FiesqueChapitre 69 sur 72 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

L'un des premiers principes de l'art dramatique étant de ne pas faire disparaître un personnage important , sans que le spectateur soit informé de son sort , je laisse subsister, telle qu'elle a été dite à la première représentation, la scène du dénouement. Mais , d'après les avis bienveillans qui m'ont été donnés à ce sujet , et auxquels je m'empresse de me conformer , j'invite messieurs les Acteurs à jouer la dernière scène comme il suit :

» Ils ont besoin d'un maître !

» Tu les as méconnus ; Doria va paraître ;

le génois s' élançant sur Verrina le poignard à la main. » Toi qui l'as frappé, meurs!

» Arrêtez , Génois.

» Vous avez tous juré d'obéir àjnes lois ; •> Epargnez, respectez l'ami de ma jeunesse; » Qu'il vive et qu'il s'éloigne! Et toi que ma tendresse

,o6 VARIANTE.

» Espéra couronner, adieu, ma Léon or ;

» Le ciel n'a pas permis que je te visse encor !

» On vient;... fuis, Verrina, la force m'abandonne....

11 se soulève.

» Je règne malgré toi , car je meurs et pardonne.

fondi à Verrina.

» Aux pieds de Doria tu les vois tous courir.

verrina tirant son épée.

» Eh bien, à mes côtés rangez-vous pour mourir.

Le Théâtre se remplit de soldats ; tout le peuple s'incline du côté de la coulisse; la toile tombe.

Frappé de la scène originale et piquante dans laquelle Schiller , pour éprouver Fiesque , fait mettre inopinément sous ses yeux, par Verrina et les autres conjurés , un tableau représentant la mort de Virginie et la chute d'Appius , j'avais tenté de faire passer cette scène sur notre théâtre : un seul changement m'avait paru nécessaire. J'avais pensé que la chute d'Appius était un événement trop ancien et trop connu pour que les conjurés pussent espérer que Fiesque se trahirait et s'enflammerait de courroux contre le doge de Gène , au seul aspect du châtiment du décemvir romain, et l'histoire m'avait fourni un trait qui me semblait de nature à agir plus vivement sur l'ame de Fiesque , et à offrir moins de ressources à sa profonde dissimulation. Le voici : « En

» ia3o, Boccanera , noble Génois, ayant usurpé le pou- » voir , fut renversé de son trône par un aïeul de Fiesque , » et. le gouvernement républicain fut rétabli. » Telle était l'action du tableau que , dans le troisième acte de ma tragédie , Verrina montrait à mon héros , tandis que les conjurés, les yeux attachés sur les siens, épiaient ses moindres impressions , ses plus légers mouvemens. Des hommes de lettres, dont l'amitié m'honore et dont les avis me sont précieux , avaient fort approuvé cette scène à la lecture ; mais à la répétition générale de ma pièce, ils ont craint la délicate susceptibilité d'un public qui supporte si difficilement aujourd'hui les développemens. J'ai retranché la scène , et si je là conserve ici , ce n'est pas certes que je tienne à quelques vers ; mais c'est afin qu'on voie qu'aucun effort n'avait coûté à ma faiblesse pour traduire devant le parterre français tout ce qui, dans la tragédie de Schiller, m'avait paru digne de lui être présenté. Voici la scène telle qu'elle était :

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