‹ FiesqueChapitre 70 sur 72 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

MANFREDI, VERRINA , FONDI , Sénateurs.

Ses bienfaits cachent-ils un projet que j'ignore ? Ou veut-il seulement, par de généreux soins, De ces infortunés prévenir les besoins?

Je ne sais, Verrina; mais de son assistance Vous avez comme moi reconnu l'importance; Pour abattre un pouvoir qu'il est temps de punir, Il faut à nos complots le forcer de s'unir,

io8 VARIANTE.

Et révélant enfin l'ardeur qui nous enflamme D'un regard scrutateur interroger son ame.

VERRINA

J'y souscris.

MANFREDI

Mais comment pénétrer ses secrets?

VERRINA

Nous pouvons les connaître et les moyens sont prêts.

MANFREDI

Expliquez-vous, mon père î

verrina les dirigeant vers un tableau voilé !

Approchez : sous ce voile, Un immortel pinceau fit respirer la toile; Là , de Boccanera renversant le pouvoir, De nos braves aïeux s'arme le désespoir; Ainsi que Doria trompant Gène flétrie, Boccanera jadis enchaîna sa patrie; Un Fiesque dans son sein enfonça le couteau! La chute du tyran revit dans ce tableau ; Là, le glaive à la main , ses nombreuses victimes Lui viennent demander compte de tous ses crimes, Et l'arrachent du trône où siégeait son orgueil ; Tandis que , dépouillés de leurs habits de deuil, Des femmes, des enfans, en essuyant leurs larmes, Rendent grâces à Dieu du succès de leurs armes ! Ce chef-d'œuvre inconnu , que je cache en ces lieux, Des oppresseurs de Gène eût offensé les yeux; Avec ces fiers Génois le cœur d'intelligence Frémit à leur aspect de haine et de vengeance : Fiesque aisément s'enflamme aux merveilles des arts, Sur ce tableau terrible appelons ses regards !

D'une grande action l'image retracée Vers de nobles desseins emporte la pensée; Qu'il regarde! et bientôt ses sentimens secrets Devant nous, malgré lui, passeront sur ses traits.

MANFREDI

De ce fragile espoir qu'attendez-vous?

VERRINA

Peut-être D'un premier mouvement il ne sera pas maître, Son trouble, un geste, un mot le peuvent découvrir : Ce seul moyen nous reste, il y faut recourir.

MANFREDI

Qu'il se déclare enfin !

VERRINA

Je l'attends : voici l'heure Où sa jeune amitié visite ma demeure, Voyons s'il plaint les maux de ses concitoyens. Le voici ! que vos yeux s'attachent sur les siens.

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