PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE
A notre âge où l’expérience acquise est trop incomplète, où nos connaissances sont forcément très limitées encore et où letemps nécessaire nous a fait défaut pour nous rompre aux exercices du laboratoire, il y aurait prétention à vouloir imposer une théorie qui serait exclusivement nôtre et que l’expérimentation n’aurait pas établie sur des bases solides et irrécusables. Nous prêterions le flanc trop légitimement aux critiques sévères de nos maîtres, si tant est que nous n’eussions échoué avant de mener à bonne fin notre tâche hardie, entreprise avec courage et bonne foi à défaut de science véritable.
C’est surtout à l’occasion de la physiologie des états morbides produits par le surmenage, question neuve et sujette à discussion, bien que nous la tenions pour incontestable, que la prudence et la réserve s’imposent à nous. Nos sympathies, notre conviction même peuvent nous entraîner à partager telle doctrine qui nous ait séduit par sa logique à expliquer les faits observés. Notre devoir est de l’exposer, de la discuter et de déclarer les raisons qui nous la font accepter; mais, nous ne devons pas oublier que c’est surtout comme clinicien et d’après nos propres observations que nous avons entrepris cette élude dont la partie la plus personnelle se trouve à lasymptomatologie, au diagnostic et au traitement.
Si la doctrine que nous avons admise et que nous allons développer ne satisfait pas tout le monde, nous ferons appel aux physiologistes éprouvés et nous leur demanderons des recherches nouvelles qui fassent la lumière.
Les faits existent et nous le prouverons. Quant à leur explication en voici, pour nous, la meilleure :
Depuis longtemps il est un fait acquis à la science : pour vivre la cellule animale est obligée de se renouveler incessamment. De là des produits continuels de désassimilation qui sont des oxydations, résultat de tout travail.
Ce qui fait dire à M. Peter que la vie est un phénomène essentiellement relatif et contingent, une série de morts partielles, c Nous ne vivons fonctionnellement, « s’écrie-t-il, qu’à la condition de nous détruire sans « cesse. Nous tramons avec nous et en nous le cadavre « de nous-mêmes (1) ! »
On comprend aisément que les divers produits de désassimilation varieront suivant la fonction inhérente à chacun de nos organes.
Le muscle fait de la chaleur quand il fait un mouvement et le résultat matériel de la vie musculaire en action est la créatine, là créalinine, l’acide lactique, etc.
Le cerveau qui travaille fait de la leucine, de la cholestérine, etc., en même temps qu’il dégage de la chaleur et qu’il produit la pensée.
Tous ces produits de désassimilation sont des alcaloïdes impropres à la vie, éminemment toxiques, qui se développent dans les animaux vivants et par le fait même de la vie, tout comme d’autres alcaloïdes analogues se dévelop-
1. Bulletin de l'Ac. de Mèd. Séance du 2 février 1886, p. 176.
pent dans les cadavres par le fait même de la putréfaction.
M. le professeur Gautier (1), qui les a découverts, a nommé leucomdines les premiers. Il avait déjà donné le nom de ptomaïnes aux seconds d’accord avec Selmi et a la suite des découvertes de Zülzer et de Sonnestein (1869).
Ce n’est pas tout. A côté de ces alcaloïdes, il existe d’autres substances azotées, incristallisables, indéterminées, jusqu’à présent, plus toxiques encore et qui sont des matières extractives.
Ce sont là de véritables détritus, des scories, dont l’organisme doit se débarrasser au plus tôt pour conserver la santé, cet état précaire « qui n’est que l’équilibre instable entre le bien et le mal > (Peter) (2).
Habituellement, — et c’est ce qui arrive quand nous travaillons modérément, — l’organisme s’en débarrasse facilement par les émonetoires que la nature lui a donnés: les reins (urines), les intestins (bile). Emonetoires intacts à l’état habituel.
Qu’à un moment donné ces émonetoires soient altérés et que leur aptitude éliminatoire soit amoindrie, on ne . peut se refuser à admettre, — ce qui est adopté aujourd'hui, — qu’il y aura dans l’organisme, à un moment donné, accumulation de ces produits toxiques de désassimilation qui ne tarderont pas à infecter le sang. Nous aurons alors toutes les intoxications par urémie , cholémie , créatinémie. Cette dernière dénomination due à M. Jaccoud