Bouilly loc. cil
beaucoup plus explicite. Il déclare (1) que le travail exagéré qui se produit au niveau des zones épiphysaires, dans les cas morbides dûs à la croissance, fait pénétrer tout à coup dans V économie des produits de désassimilation que les émonctoires ordinaires sont impuissants à éliminer rapidement et dont V accumulation dans le sang cause une infection momentanée avec de la fièvre et toutes ses conséquences.
« Ne peut-il se produire par la suractivité nutritive « de la moelle osseuse un poison autochtone dont la <r rétention donnerait lieu aux accidents infectieux? — d ajoute M. Bouilly.
Comme on voit, le savant agrégé en chirurgie de notre Faculté, accepte entièrement la doctrine de nos maîtres Peter, Révilliod, Lacassagne, tout en partant d'un point d’observation différent.
En résumé, d’après cette théorie de V extrac lihémie , le surmenage est la cause occasionnelle, la rétention dans le sang des produits de désassimilation par accumulation et par élimination insuffisante momentanée des émonctoires, est la conséquence, et, le résultat, c’est l’état typhoïde avec ou sans lésions suivant les degrés de la fatigue.
La guérison, favorisée par le repos et le sommeil, surviendra par élémination, après oxydation complète, élimination qui se présentera sous forme de débâcle d’urée, ce phénomène critique des fièvres de surmenage.
Il y aura aggravation et danger quand les recettes continueront à s’élever sans que les dépenses augmentent,
1. Boully Gazette des hôpitaux 27 nov. 1883. p. 1082. Fièvre de croissance.
ç’est-à-dire tant que la production de la fatigue persistera ou ira en croissant malgré tous les symptômes qui commandent l’arrêt, tant que le travail chimique d’oxydation n'est pas favorisé ce qui permettra à l’accumulation des matières toxiques d’atteindre son maximum sans que l’aptitude éliminatoire des émonctoires puisse augmenter.
Des expériences déjà anciennes viennent consolider cette doctrine de l’empoisonnement par matières extractives.
Chalvet dans certains cas, a démontré l’augmentation des matières extractives dans le sang (1). Ranke (2) a prouvé que le muscle, alcalin à l’état de repos, devient acide par l’exercice etque cette acidité résulte de la formation d’acide lactique ; que cet acide en excès a une action délétère sur l’organisme qui se traduit subjectivement par la sensation de fatigue à laquelle succède le sommeil.
Ranke a affirmé encore que l’injection du sang d’un animal surmené produit le phénomène de fatigue dans le membre qui le reçoit. Ce sang altéré introduit dans la grande circulation ne produirait-il sur tout l’organisme les phénomènes et les altérations de fatigue ? (Révilliod) L’hypothèse est très plausible.
Liebig, d’après ses expériences a incriminé spécialement la créatine, cette autre scorie de l’usure musculaire, comme produisant des effets qui se rapprochent de ceux qu’on connaît dans l’urémie. Il a constaté que la
1. Chalvet. Note sur Icsallêr. des humeurs par les mat. dites extractives , in bullet. delà Soc. de biologie , 1867. t. IV, p 149.
2. Ranke. Recherches sur les condit. chim. de la fatigue des muscles, arch. fur anat. und physiol, 1864.
créatine était dix fois plus abondante dans les muscles d’un renard forcé, surmené, que dans ceux d’un renard sacrifié dans le laboratoire (1).
Depuis, M. C u fier (2), à la suite d’injections de créatine dans le sang a reproduit la dyspnée dite urémique.
Nous pourrions multiplier les citations et rappeler que de son côté M. Keim a continué les expériences de Preyer et a réussi à produire chez des cobayes des symptômes analogues à ceux du surmenage aigu par les injections de lactate de soude (3), ce qui justifie encore une fois les assertions de Ranke. Nous croyons préférable de chercher dans les savantes leçons de M. le professeur Bouchard sur les auto-intoxications dans les maladies ce qui pourrait être utile à notre théorie.
Dans sa leçon sur la toxicité des éléments de l’organisme (4), M. Bouchard déclare que de l’augmentation absolue des matières normales ou de la produclion des matières anormales peut naître l’intoxication et que les substances les plus essentielles à la constitution du corps peuvent devenir nuisibles quand elles s’accumulent. L’organisme, dit M. Bouchard, est un laboratoire de poisons à l’état normal comme à l’état pathologique (5).
Nous sommes d’accord avec M. Bouchard; mais, nous