RÉCAPITULATION DES SYMPTOMES
Résumons, maintenant, il n’est que temps, les nombreuses manifestations symptomatiques que nous avons observées dans les exemples cités des divers états pathologiques produits par le surmenage.
Nous avons pu nous apercevoir qu’il y en avait de constantes; telles l’état typhoïde, les douleurs locales et généralisées, l’adynamie, le sentiment de fatigue, de courbature ; presqu’aussi fréquente est la fièvre avec son allure spéciale.
Le faciès typhoïde ne manque jamais. Il révèle la stupeur, l’indifférence, l’hébétement et l’apathie et s’accompagne de prostration, d’hésitation dans là marche comme chez l’homme ivre, de somnolence, d’adynamie produite par l’épuisement des forces nerveuses mises en réserve dans l’économie.
Que l’on pose à un surmené la question que M. Peter adresse toujours la première à tout malade qu’il ne connaît pas encore et qu’on lui demande : « De quoi vous plaignez-vous? » Il répondra invariablement : <r Je suis fatigué. »
N’est-ce pas joli et ne manifeste-t-il pas d’une façon exacte la plus haute expression de ce qu’il ressent intimement? Ce ne sera que pressé de questions nouvelles qu'il dira les autres symptômes qu’il éprouve,
La céphalalgie manque rarement dans tous les degrés
clu surmenage. Elle est bien fréquente dans le surmenage dû à des excès de travail physique, mais elle est surtout constante dans le surmenage intellectuel : c’est le <r cri de l’organe qui souffre s> (Peter) tout comme la douleur qui accompagne la courbature est le cri de soufrance du muscle fatigué, <t encombré ».
La douleur est non-seulement localisée à tel ou tel organe, aux zones juxta-épiphysaires chez les enfants, elle est surtout généralisée à tous les plans musculaires, aux articulations qui sont raides. Nous avons insisté en son temps sur l’intensité que présente parfois la rachialgie ; si elle peut induireen erreur en faisant craindre une variole elle pourra parfois mettre sur la voie d’une myélite aigüe.
'L'appareil digestif est constamment atteint. 11 y a du tremblement des lèvres et de la langue qui est sale, saburrale, blanche. L’haleine est fétide. Il y a inappétence, embarras gastrique. La déglutition est difficile parce que le pharynx est embarrassé.
La diarrhée, diarrhée souvent très fétide, est plus fréquente, mais la constipation avec coliques peut s’observer. On trouve du gargouillement iléocœcal ou dans les deux fosses iliaques ce qui indique que les tuniques musculaires de l’intestin participent au trouble fonctionnel de tous les muscles.
Avec l’accentuation de la gravité de tous ces symptômes, en apparaissent d’autre, fuliginosités, soubresauts des tendons. Le délire qui survient avec l’élévation de la température, surtout dans les cas graves de surmenage intellectuel est à peu près toujours un délire profession-
nel. C’est le « délire du candidat » lorsqu’il s’agit de l’élève ou de l’étudiant à la veille des examens (1).
Le nœud musculaire , résultat de l’épuisement du muscle ou du nerf, est un phénomène fréquemment observé dans les fièvres de surmenage comme dans la fièvre typhoïde. Il apparaît lorsqu’on pince une grosse masse charnue, biceps, grand pectoral ; c’est une contraction sous forme de saillie perpendiculaire à l’axe des fibres d’où parlent des ondes qui se dirigent vers les insertions tendineuses.
La fièvre se présente d’emblée Irès élevée. Elle est de 39° ou 40°, mais elle ne s’y maintient qu’exceptionnellement et le retour à la température normale s’observe en peu de jours 4, b ou 6 jours au plus ; très souvent la défervescence a lieu dès la 2e ou 3e journée de repos au lit et coïncide avec des sueurs abondantes, des urines fréquentes et copieuses, parfois chargées de pigments biliaires et renfermant le plus souvent une débâcle d'urée, phénomène critique de la plus grande valeur, qui marque la disparition de l’albumine lorsque les urines en contenaient, ce qui est loin d’être la règle.
La rate est parfois hypertrophiée, mais non d’une façon constante, pas plus que le foie qui n’est congestionnné qu’exceptionnellement et sans douleur, ce qui peut tenir au degré d’intoxication, ainsi que l’apparition des taches rosées qui diffèrent des taches rosées lenticulaires pathognomoniques de la dothiénentérie en ce qu’elles prennent rapidement l’aspect de purpura ou de larges ecchymoses. Elles s accompagnent d’autres hémorrhagies; au premier 1. Peter. Séance de l’Ac. de Médecine du 28 juin 1887.
rang- ï épistaxis, hémorrhagies qui sont toujours sous la dépendance d’un état grave des centres nerveux dont la conséquence est un trouble dans l’activité de fonctionnement des nerfs vaso-moteurs.
Du côté de V appareil respiratoire il y a rarement grand chose, à moins qu’il n’y ait lésions cardiaques, d’où dyspnée. Deux fois pourtant nous avons signalé l’ébauche d’une congestion pleuro-pulmonaire rapidement amendée; elle était accompagnée d’un peu de dyspnée, très peu de toux, pas d’expectoration. Il y avait un point de côté, de l’herpès labialis. Les symptômes pulmonaires sont bien plus marqués dans l’obs. XXXI.
Les affections pulmonaires, nous nous empressons de le dire, nous semblent devoir être rares et probablement causées par une influence concomitante au surmenage, le froid surtout.
Mais c’est l'appareil circulatoire qui est le plus profondément atteint dans les cas graves de surmenage.
En première ligne le cœur et surtout son tissu musculaire. Nous voyons ainsi que cet organe n’échappe pas à l’influence de la fatigue qui impressionne de préférence le système musculaire en général.
Sous l’influence du surmenage lent le myocarde s'étale et s'élargit et tout le monde a pu souvent le voir s’aplatir sur la table d’amphithéâtre lorsqu'il était dégénéré ou qu’il avait été surmené (1).
Au lieu du choc de la pointe c’est toute sa face antérieure qui se laisse voir à chaque systole dans les 3e, 4e, 5e espaces intercostaux. Le cœur bat mollement.