‹ Fièvres de surmenageChapitre 55 sur 56 · TROISIEME GROUPE · texte numérisé non relu

TROISIEME GROUPE

A. — Adultes.

Observation XV.

(M. Révilliod. In mémoire lu à la Soc. méd. de Genève, 1880).

Surmenage à la suite de changement de métier sédentaire pour un

métier pénible et très fatigant. Manifestations dillérentes à plusieurs reprises alïectant des types variés. Guérison.

Le nommé R..., âgé da 31 ans, entre le 13 octobre 1877, dans le service du professeur Révilliod

Ancien peintre sur cadrans, il fut obligé, par manque d’ouvrage, de se faire porteur de bois, travail d’autant plus fatigant que sa musculature est peu développée, et que jamais il ne s’était livré à des exercices pénibles. A ajouter la misère et des habitudes alcooliques dont il ne porte aucun des attributs.

Le 15 octobre. — Après s’être livré à un travail excessif, couchant dans une écurie où il ne trouvait pas un repos suffisant, il arrive à l’hôpital dans un état de lassitude extrême.

Le mouvement, la parole, la respiration sont gênés par le fait d’une dyspnée intense.

A l’auscultation, on ne constate que quelques râles disséminés et un léger souffle systolique. 11 y a de la bouffissure de la face et du tronc et un peu d’albuminurie. P. 140. T. 39°, 2.

Diarrhée.

Le 3 novembre. — A la suite d’une diurèse de 2.600 grammes tous les symptômes étaient disparus.

Exeat.

Le 17 décembre. — A la suite de nouveaux excès de travail, de nouvelles fatigues, il revient à l’hôpital avec les mêmes symptômes. Il sort de nouveau complètement guéri pour se remettre à l’ouvrage le 2 février.

Au même individu, portant le 2 mars des charges de bois au cinquième étage., au cinquième voyage le souffle a manqué. Il rentre alors dans le même état d’épuisement sauf que le bruit systolique manque et est remplacé par un bruit de galop. L’urine ne contient pas d’albumine. Urée : 9 gr. par jour. Le 13 mars, tous les symptômes ont disparu y compris le bruit de galop. Il y a diurèse 320U gr. Exeat.

Le 10 avril. — Il rentre pour la quatrième fois avec de la dyspnée augmentant par le moindre exercice. Céphalalgie, amblyopie, pas d’anasarque, pas d’albumine, pas de bruit de galop. Rien d' appréciable au cœur. Il est guéri tout à fait le 26 du même mois.

Du 19 au 24 mai un étouffement motive son retour à l’hôpital.

Il se porte très bien ensuite, mais le 13 février 1879, après avoir déchargé un char de foin, il fut pris de faiblesse, lassitude, fièvre, prostration. La langue est sèche, il y a des traces d’albumine, diarrhée continue ; pas d’anasarque.

La fièvre typhoïde est simulée, mais ce diagnostic s’écarte par l’absence de taches d’hypertrophie de la rate et surtout par le tracé thermométrique.

Dans ces six séjours le même malade a présenté successivement en dix-huit mois les symptômes tantôt d’une maladie du cœur, tantôt d’une néphrite et enfin ceux d’une dothiéuuutérie.

Conclusions : 1° c’est toujours un travail fatigant et au-dessus de ses forces qui a été la circonstance déterminante des accidents

plus ou moins graves ; 2° malgré ees atteintes fréquentes et sérieuses il se trouve toujours sain et sauf, guéri par le repos et sans offrir la moindre lésion déterminée des parenchymes. 3° malgré la violence des symptômes, leur durée passagère prouve l’absence d’une altération réelle et permanente du cœur ou des reins ; 4° toute la scène se passait donc dans les liquides de l’organisme (Révilliod. p. 11).

Observation XVI.

(M. Peter, in leçon 22 novembre 1883).

Surmenage chez un vieillard, consécutif à des fatigues de voyage.

Etat typhoïde à forme cardiaque. Myocardite simulant une péricardite. Mort.

Appelé en consultation dans une petite ville de Seine-et-Marne, à Coulommiers, pour pratiquer la ponction du péricarde, M. Peter trouve un malade, âgé, présentant des troubles fonctionnels graves du côté du cœur.

Trois médecins instruits l’avaient examiné et, en présence de l’exagération de la matité, de l’insensibilité du choc et de l’excessive faiblesse des bruits, avaient cru à l’existence d’une péricardite avec épanchement.

L’histoire du malade était la suivante : Industriel, bien portant toujours, âgé de 62 ans, ayant mené une vie active, il se rend à Copenhague pour assister à un congrès ou à une exposition. Là il s’était fatigué, surmené, désirant tout voir dans un court espace de temps.

En revenant il s’arrête encore pour visiter les villes sur son passage, notamment Bruxelles, où il mène une existence de courses et de visites répétées.

A son retour des symptômes graves se déclarent avec prostration, aspect typhoïde et véritable état d’épuisement.

Les conditions étiologiques et l’état du malade font poser à M. Peter le diagnostic de myocardite par surmènement avec affaissement, étalement du cœur, causes de la matité très étendue, de la faiblesse des bruits et du choc de la pointe. En outre, il y avait de la douleur à la pression du myocarde en plein cœur.

Le lendemain le malade mourait.

Observation XVII.

(M. Révilliod, in mémoire lu à la Société medicale de Genève). Surmenage à la suite de métier pénible. — Etat typhoïde avec lièvre.

— Forme cardiaque. — Mort. Autopsie : pas de lésions valvulaires.

Homme, âgé de 52 ans, entre le 7 septembre 1878 à l’hôpital de Genève, service de M. le professeur Révilliod.

Après avoir fait plusieurs métiers cet homme entreprend celui de chiffonnier portant dès l’aube un gros sac sur le dos.

Depuis quelque temps il se sent pris d’une tatigue générale. Il continue néanmoins ses courses qui lui deviennent de plus en plus pénibles.

Une quinzaine de jours avant son entrée il éprouve dé l'oppression d’abord passagère, puis, continue. 11 se met à tousser.

Enfin, ayant complètement perdu ses forces il ne peut plus aller et se traîne à l’hôpilal le 7 septembre 1878.

Etat du malade à son entrée. — Son faciès exprime la fatigue, la somnolence, l’indifférence.

Dans le décubilus dorsal il se plaint de courbature générale,

d’oppression. Les lèvres sont pâles, légèrement cyanosées; la peau est sèche, chaude. T. 39°, A.

Le pouls est faible, mou. La langue saburrale. Pas de vomissement ni de pituite. Il y a de la répugnance pour toute nourriture.

L’urine est rare, foncée, sans albumine. Pas d’anasarque.

Quelques râles disséminés aux deux bases.

Les tons du cœur sont sourds, éloignés, faibles, sans bruit anormal. Le choc ne peut être ni vu, ni palpé.

Les jours suivants même état qui s’aggrave de plus en plus. Le pouls est petit, misérable, irrégulier, ainsi que les bruits du cœur qui ne s’entendent qu’à l’épigastre.

La toux amène quelques crachats muqueux.

La température oscille entre 38° et 39°.

L’état général empire : il y a adynamie, abrutissement, selles et urines involontaires, râle trachéal, crachats muqueux rouillés.

Bruits du cœur inappréciables. — Pouls filiforme. Les extrémités se refroidissent, le teint pâlit, la mort arrive le 3 octobre.

Autopsie. — Constatation d’une myocardite étendue, plus prononcée à la pointe où se trouvent des thrombus multiples.

Aux poumons infarctus hémorrhagiques consécutifs. Pas de lésions valvulaires .

Observation XVIII.

(M. Révilliod, in mémoire lu à la Société médicale de Genève). Surmenage à la suite de changement de profession. — Forme cardiaque. Guérison avec débâcle d’urée. Récidive suivie de mort. — Au

topsie : pas de lésions valvulaires.

Homme, âgé de 43 ans, ayant travaillé chez un boulanger, puis récemment s’étant mis au rude labeur de manœuvre.

Pas d’alcoolisme, pas de rhumatisme, pas de maladie antérieure.

En avril 1878, il travailla plus que de coutume par le froid et la pluie. Peu à peu il éprouve de la lassitude, des frissons, une constriction épigastrique, de l’oppression, des palpitations.

Se senLant incapable de travailler il se rend à l’ Hôtel-de-Ville pour demander son admission à l’hôpital. On la lui refuse parce qu’il n’a pas l’air assez malade.

Il retourne à son chantier, mais ne peut reprendre son travail 11 se couche sur la paille quand il se sent trop fatigué.

Le 22 mai. — Son état s’aggrave. Il s’alite.

Le 23. — Nouvel essai de travail. Vers 4 heures de l’après-midi il doit y renoncer.

Le 24. — Il revient d’Aire-la-Ville à Genève à cause de sa faiblesse et de son oppression. Il se couche en arrivant et le lendemain il se rend à pied, péniblement, à l’hôpital.

25 mai. — État du malade à son entrée. Pâleur blafarde avec bouffissure des extrémités inférieures, orthopnée extrême presque continue. Le pouls est petit, inégal, irrégulier, rapide, incomptable.

Les bruits du cœur de même. Pas de souffle.

L’urine est rare, chargée d’urates, légèrement albumineuse. Etat fébrile..

Après quelques journées de repos, principal traitement, tous ' les symptômes à allure si grave disparaissent complètement. Tout rentre dans l’état normal ; les forces sont revenues et le malade retourne à son travail aussi vigoureux que dans ses plus beaux jours.

Le même individu s’expose de nouveau à des travaux au-des. sus de ses forces.

Il fait des déménagements. Une fois un fourneau lui tombe sur le nez, il s’ensuit une forte hémorrhagie et un étourdissement qui dure vingt minutes. Depuis lors, palpitations.

La dyspnée augmente. L’œdème des extrémités inférieures reparaît et notre malade cesse forcément tout travail pour rentrer à l’hôpital le 11 décembre. On constate que le cœur est en pleine ataxo-adynamie ne battant qu’à l’épigastre. Léger souffle mitral.

Pouls faible, petit, misérable, irrégulier.

La dyspnée est extrême, les forces sont déprimées ; anémie anorexie, urine rare, légèrement albumineuse, chargée d’urates.

C’est tout le tableau d’une lésion mitrale, avec état fébrile. T. 38°.

Quatre jours après son entrée à l’hôpital le 15 décembre avec le repos, la chaleur et un peu de digitale, le souffle cardiaque avait disparu ; le pouls était régularisé ; la diurèse s’était établie.

Les premiers jours de son séjour à l’hôpital la quantité d’urine rendue en 24 heures s’élevait de 1700 à 700 gr. contenant 8 gr. d’albumine et 12 à 14 gr. d’urée.

Dès que l’amélioration s’accentue, l’albumine diminue, l’urée arrive à 50 gr. Le 1er janvier elle arrivait à 70 gr. et le 3 janvier à 126 gr., il y a débâcle d'urée.

Le malade complètement guéri reprend son travail vers le 20 mars.

Deux ans après s’élant de nouveau exposé aux mêmes conditions étiologiques, le cœur du malade ne peut plus soutenir la lutte. La mort le surprend dans un accès d’asystolie moins aigu mais plus prolongé.

Autopsie. — Le cœur était dégénéré sans lésions valvulaires.

Observation XIX.

(M. Révilliod, in mém. lu à la Soc. méd. de Genève). Surmenage par marches forcées, forme cardiaque. Guérison en trois

jours. Débâcle d’urée.

Garçon solide et robuste en apparence, âgé de 20 ans, jeune recrue depuis le 2 juillet a commencé courageusement son service.

Plusieurs journées de marche forcée dans les premiers jours d’août l’ont mis à bas. Il est essoufflé dès qu’il fait quelques pa-. Il se plaint de lassitude générale et d’angoisse précordiale.

L’analyse de l’urine indique o gr. d’urée en 24 heures.

Le cœur bat mollement sur une grande surface. Après trois jours de repos sans alimentation abondante, l’urée arrive à 80 gr. puis descend à30gr. Les forces sont revenues.

Le troupier regagne son poste le 14 août.

B. — Enfants.

Observation XX (résumée).

(M. Bouilly, in Gazette des hôpitaux, 29 novembre 1883). Surmenage à la suite de marche prolongée. Etal typhoïde avec fièvre.

Guérison rapide et accroissement de la taille.

Il s’agit d’une grande fillette de seize ans dont le père est goutteux et la mère rhumatisante.

Après une longue course à pied, la veille, un accès de lièvre aigu éclate avec sensation de courbature extrême, douleur lombaire assez vive et douleurs vagues dans les membres.

Toul le rachis surtout depuis la fin de la région dorsale est très douloureux à la pression. Au niveau des épiphyses inférieures du fémur, du col de cet os, du tibia, des os du côté du coude, du collet du péroné, etc., la pression est fort douloureuse encore.

Les articulations sont saines.

La fièvre était tombée dès le lendemain à l’arrivée de M. Bouilly. L'accroissement de quelques centimètres fut consécutif.

Observation XXI (résumée).

(M. Guillier, in Gaz. des hôp., 13 novembre 1883).

Surmenage produit par marche démesurément prolongée. Etat typhoïde avec fièvre. Guérie au quatrième jour. Convalescence pénible et longue.

Mlle M..., fillette, âgée de onze ans, de constitution délicate, strumeuse, passe l’après-midi du 30 mars à jouer avec une petite amie au jardin du Luxembourg où elles courent, sautent et jouent plus que de coutume.

A la sortie du jardin, l’enfant fait avec ses parents la promenade suivante, à pied; l’itinéraire est d’un grand intérêt.

Partie du Luxembourg, elle parcourt, à pied , le boulevard Montparnasse jusqu’à la rue de Sèvres, suit cette rue jusqu’à la Croix-Ftouge, puis la rue du Jour, la rue de Rennes, la rue Bonaparte, les quais jusqu’à la place Saint-Michel et enfin la rue Saint- André-des-Arts.

C’est à la suite de cet excès de fatigue que dans la nuit du 30 au 31 mars apparaissent chez cette enfant les accidents suivants que constate le médecin.

Chaleur mordicante, face très animée, par instants contracturée, langue sèche et saburrale, cris de douleurs poussés par la ma-

lade qui « souffre partout » et ne peut faire aucun mouvement.

Vers onze heures du soir, elle s était réveillée, se plaignant de vives douleurs dans la tête et dans tout le corps. Fièvre et délire. P. 120. .

Le 31 mars. — De 4 à 7 heures du matin, sommeil calme. Pouls normal. T. 37°o. Seul, le sentiment de courbature persiste.

Le soir, on constate que les douleurs siègent surtout au niveau des épiphyses de l’extrémité inférieur du fémure et de la malléole interne; elles sont plus légères à l’épicondyle et à l’épitrochlée.

La nuit du 31 mars au l,r avril est bonne jusqu’à trois heures du matin, heure à laquelle apparaissent les mêmes phénomènes avec plus d’intensité. Les genoux sont tuméfiés.

P. 120. T. 39°8. Un peu de délire.

1er avril. — Même état : hyperesthésie générale.

Les battements du cœur sont désordonnés. T. 40°, P. 120, encore du délire.

2 avril. — Sommeil à partir de deux heures du matin. P. 105, T. 39°.

Le soir, amélioration sensible. P. 100. T. 39°.

3 avril. — Nuit bonne; défervescence complète. Appétit revenu. Les mouvements sont faciles. L’enfant babille et mange seule. P. 76, T. 37°S.

4 avril. — Etat général tout à fait satisfaisant. Tous les symptômes ont disparu sauf la douleur aux genoux.

De ce côté la convalescence se continue pénible avec un accroissement notable de la taille.

Observation XXII.

(M. Bouilly, in Gazette des hôpitaux, 27-29 novembre 1883).

Surmenage à la suite de leçon de natation. Etat typhoïde avec fièvre. Guérison rapide.

Jeune garçon, âgé de 13 ans, fort intelligent, prend un bain le 5 août. Avant de prendre le bain il était très bien portant.

Dans le bain, il prend une leçon de natation, après quelques instants d’efforts de natation il se sent courbaturé. Il n’a pourtant pas éprouvé l’impression de froid.

Le lendemain, 6 août, fièvre intense : la peau est brûlante, les douleurs sont vives dans les jambes et dans les genoux. La maladie dure neuf jours environ. La température, au début variait entre 39°5 et 40°.

Le lo août. — Le malade se lève guéri, très faible et très grandi.

L’examen le plus minutieux n’avait rien découvert à la gorge, à la peau, ni aux poumons.

Observation XXIII

(M. Bouilly, in (jazclte des hôpitaux, 13 nov. 83).

Surmenage à la suite d’une première leçon de natation pendant laquelle un petit garçon est maintenu par une ceinture et fait de violents efforts musculaires pour se soutenir sur l'eau.

Forme grave avec étal typhoïde. Après quelques jours de maladie la scène change et le calme renaît.

Observation XIY

(M. liouiliy, in gazette des hôpitaux, 13 novembre 83). Surmenage chez un polit garçon de 5 ans, d’une belle santé habituelle, mais très turbulent et très joueur, se fatiguant beaucoup à courir et à jouer.

Le 9 août 1880. — Il est pris de frisson violent. Déjà la veille, il se plaignait de malaise et de fatigue, mais il joue néanmoins tout une après midi au parc de la Muette. Il était sujet à des accès fébriles depuis peu.

Très rapidement état adynamique. Douleurs partout, surtout au voisinage des articulations. T. 39°,5 ; -10° et même 4 1°.

Etat typhoïde très notable avec fuliginosités, langue sèche, léger ballonnement du ventre, gargouillement fugace dans la fosse iliaque droite, rate volumineuse.

Quelques râles sibilants aux poumons. Léger souffle d’endocardite vite disparu.

Au neuvième jour de la maladie, même état à peu près. Le onzième, chute brusque de la température et enLrée d’emblée dans la convalescence.

QUATRIÈME GROUPE Observation XXV (résumée).

(M. Foucault, in Ballet. Soc. Anat., novembre 1869). Surmenage dû aux fatigues de la profession (raboteur de parquets). Etat typhoïde avec lièvre. — Myosite suppurée du triceps brachial. Mort.

Un homme, raboteur de parquets, âgé de 21 ans semblant jouir

d’une santé assez bonne. Absolument indemne d’alcoolisme, est pris d’une douleur dans l’épaule et le bras gauche.

Les deux jours suivants fièvre, sueurs et vomissements.

A son entrée à l’hôpital : violente céphalalgie, un peu de raideur dans le cou. Intelligence troublée. Pas d’épistaxis. Prostration. Météorisme. Albumine dans burine. P. lût). Bruits du cœur voilés. Matité précordiale très étendue.

Rien de visiblement localisé au membre douloureux. Le diagnostic de rhumatisme cérébral est porté.

Les jours suivants : délire, diarrhée, embarras de la parole. T. 40°.

Au cinquième jour seulement devient manifeste une tuméfaction avec les caractères de phlegmon profond du bras et la mort arrive le même jour.

Autopsie. — Cœur, rein, rate, encéphale, veines remplies de sang fluide et poisseux.

Quelques noyaux caséeux anciens, une zone de granulations miliaires et adhérences anciennes aux deux sommets. Surtout myosite interstitielle suppurée du triceps brachial qui a transformé le muscle en éponge gonflée de pus.

Conclusions cle M. Hayem. — La myosite spontanée doit être attribuée à la fatigue musculaire causée par la profession du malade, mais l’intensité des phénomènes généraux est bien remarquable dans une maladie locale.

Observation XXYI

(M. Révilliod, in mcm. lu à la Soc. mèd. de Genève, p. 13). Surmenage à la suite de changement d’une profession sédentaire

pour un métier pénible. État typhoïde avec fièvre. — Thrombose.

— Guérison.

Une femme de 30 ans, entre le 10 octobre 1878 à l'hôpital dans le service de M. le professeur Révilliod.

Antécédents. — Cette femme avait toujours exercé une profession sédentaire. Elle entre en août 1878 comme domestique dans un hôtel et s’astreint avec ardeur à une besogne pénible pour ne pas perdre sa place.

A la fin de septembre elle ressent une extrême fatigue avec épistaxis, frissons, anoréxie.

Elle continue son service jusqu’au 10 octobre.

A son entrée. — État fébrile de 39°, à 40°, langue très saburrale, gencives et lèvres fuligineuses, haleine fétide. Diarrhée et prostraLion générale des forces.

Pas de céphalalgie, pas de ballonnement du ventre, pas de taches, pas d’intumescence de la rate.

Le pouls est très régulier, mou, ainsi que les battements du cœur qui sont faibles, sourds, accompagnés d’un léger souffle au premier temps à la pointe.

L’urine fortement albumineuse. Quatre jours après tous les symptômes sont amendés. Le souffle a disparu, le pouls s’est régularisé, mais reste sujet à des variations dans sa rapidité, de 80 à 140 pulsations.

Plus d’albumine.

Le 17. — Les forces reviennent, la langue s’humecte et se nettoie.

Le 24. — Survient un gonflement douloureux delà jambe gauche qui acquiert 3 centimètres de circonférence de plus que la droite. Cet incident prolonge la convalescence jusqu’en janvier. La malade part en février dans un état tout à fait satisfaisant.

Observation XXVII

(Communiquée par M. le professeur Le Fort, voir in-extenso au chapitre des complications).

Surmenage à la suite des fatigues d'une nuit de bal. — Étal typhoïde avec fièvre. — Gangrène spontanée. — Guérison.

Un jeune homme âgé de 25 à 28 ans, employé chez M. Gaiffe, aimant beaucoup la danse avait été au bal et s’était surmené à danser.

Le lendemain, il était pris d’accidents généraux de forme typhoïde et, en même temps, d’une gangrène spontanée des téguments du dos du pied, gangrène que n’explique aucune cause locale.

Au moment de la chute des eschares, des hémorrhagies apparaissent et se reproduisent malgré tous les moyens ordinairement employés.

La ligature de la pédieuse dans la plaie est faite par le professeur Le Fort avec application du cautère actuel ; l’hémorrhagie cesse et la guérison s’établit.

Observation XXVIII

(Communiquée par M. le professeur Le Fort, voir in-exlensoau chapitre des complications).

Surmenage à la suite de fatigues, d’une nuit de bal de noces. État typhoïde avec fièvre. Gangrène spontanée. Mort.

Jeune fille de 19 ans jouissant d’une excellente santé, forte, vigoureusement constituée, habitant Nogent-le-Rotrou, en 1872.

Elle avait assisté à un bal de noces où elle s’était livrée au plaisir de la danse avec toute l’ardeur de la jeunesse.

De retour chez elle avec sa famille, elle se couche, mais seplaint bientôt d’un grand malaise suivi rapidement d’abattement profond avec apparition de fièvre assez forte et d’altération des traits.

M. le Dr Hamel, appelé, constate un véritable état typhoïde inexplicable et en même temps un refroidissement complet delà jambe gauche avec un peu de cyanose du pied.

M. Le Fort, appelé à son tour, constate le faciès très altéré, l’aspect typhoïde très accentué. La langue est sèche, l’abattement profond voisin du coma. Le pouls petit et fréquent.

La cyanose au membre gauche remontait jusqu’au genou. La cuisse toute entière était pâle, décolorée, un peu tuméfiée. Des phlyclènes existaient sur la jambe et sur le pied avec sérosité rougeâtre. Le refroidissement du membre était complet : les battements de la fémorale n’étaient plus perçus. Il y avait donc gangrène de tout le membre gauche.

Au membre droit les battements de la fémorale avaient cessé aussi. Le membre était froid, le pied et la partie inférieure de la jambe étaient cyanosés ; à son tour le membre droit se sphacélait.

La mort survint 24 heures après.

Observation XXIX,

(M. Bergeron, — in Bul. Ac. de méd. Séance du 24 sept. 1878). Surmenage par excès île travail. Suffusions sanguines. Mort.

Putréfaction rapide.

En 1853, à l’hôpital Necker un infirmier surmené par des veilles répétées et le frottage de plusieurs salles fut pris d’une rachialgie atroce avec suffusions sanguines des muqueuses et delà peau. Il succomba en moins de 36 heures. Tout son corps n’était qu’une vaste ecchymose. La putréfaction du cadavre fut très rapide.

Observation XXX.

[ (M. Hérard — rapportée par M. Bergeron, même séance).

Vers 1858, M. Hérard a publié l’observation d’un malade qui à la suite de fatigues excessives était tombé dans un collapsus profond et avait succombé rapidement en présentant sur plusieurs points du tégument de larges ecchymoses.

, Observation XXXI

(Résumée. Traduction personnelle).

M. Stark. — InEdimburg N et S. J. — 1850 case ofovcrdrivinrj in the human sabjcct

Surmenage à la suite de deux heures passées constamment à courir pour rattraper des animaux dispersés. — Etat typhoïde avec lièvre. — Tous les organes sont plus ou moins atteints. Hémorrhagies de tous côtés. — Symptômes des plus alarmants. — Guérison complète.

J. S... conducteur de bestiaux, âgé de 30 ans, de eonstilu-

tion herculéenne conduisait un troupeau de gros bétail le lundi 22 octobre 1850 quand un certain nombre de ces animaux devint furieux et s’échappa. J. W.. se surmena considérablement à essayer de les ratLraper et courut constamment, après eux, pendant deux heures environ.

Après avoir rattrapé tout son troupeau il était si harassé de fatigue qu’il tomba comme une masse. On fut obligé de le transporter chez lui en voiture. Il fut mis au lit et comme il était sans connaissance et sans parole et que le cocher n’avait pas de renseignements sur lui, ses amis crurent qu’il était ivre-mort et ne pensèrent plus à lui.

Il passa une nuit misérable, sans repos, gémissant la plupart du temps et dans un grand état de souffrance.

Le jour suivant, comme il n’allait pas mieux ses amis lui admisnistrent une dose de sel qu’il vomit. Son visage commence à devenir pourpre, ses souffrances empirent. Il gémit sans cesse ; délire pendant la nuit.

Le lendemain , 24 octobre , mercredi , M. Stark est appelé auprès du malade qu’il trouve dans l’état suivant :

Étendu dans le lit, gémissant, il ne peut même pas supporter le poids des draps sur la poitrine : sa tête et ses épaules sont relevées par des oreillers pour faciliter le mouvement respiratoire.

Chaleur excessive à la peau. — Rash cramoisi à la figure et sur la poitrine. Douleurs excessives dans la poitrine et à l'abdomen.

Le pouls fort et plein battait 170 fois à la minute et s’accompagnait de battements tumultueux du cœur.

La respiration courte et difficile, 50 à 56 inspirations à la minute. Toux pénible, incessante, saccadée. Crachats sanguins. La respiration abdominale.

A la partie inférieure des poumons,’ matité. Partout il y a des râles sous crépitants généralisés. On n’entendait pas de murmure vésiculaire autre que ce que les grosses bronches transmettaient.

Le matin il y avait eu une selle très abondante, très fétide et profondément colorée de sang.

Les yeux sont rouges, injectées. La langue saburrale, épaisse, blanche.

Céphalalgie profonde. Douleurs généralisées dans tout le corps et dans les membres.

L’urine est à peine sécrétée. En 24 heures il n’a rendu que la quantité d’un verre à vin d’un liquide entièrement rouge dont la moitié était du sang.

Ses réponses sont nettes, mais à peine est-il seul qu’il délire et parle sans cesse.

On l’asseoit sur son lit et une saignée au bras est pratiquée jusqu’à la syncope, 57 centilitres environ (a pint) de sang sont retirés.

« Jamais, dit M. Stark, je ne vis sang pareil, ni auparavant, ni depuis! »

Dix minutes après son extraction il n’était pas encore coagulé^ Les globules rouges s’étaient séparés et étaient tombés au fond du vase. Les trois quarts du sang qui restait étaient fluides, incolores, séreux ; ce liquide fut séparé desglobules rouges en un vase à part où en peu de temps il se sépara en un caillot de fibrine et en une quantité de sérum pur.

La fibrine avait donc été séparée ainsi tout-à-fait des globules rouges qui ne formaient pas de caillot et restaient fluides comme d’abord

J’étais malheureusement si pressé que je n’eus le loisir d’exami-

ner le sang, soit chimiquement, soit au microscope, ce qui est très regrettable car semblable opportunité peut ne plus se présenter.

La saignée soulagea le malade. 11 semblequece qu’il y a de mieux c’est de soumettre tout l’organisme à l’action du mercure et 0,25 centigr. de calomel furent ordonnés toutes les deux heures etvingl gouttes de laudanum toutes les trois heures, un vésicatoire fut appliqué au bas de la poitrine.

25 octobre. — Nuilmauvaise, délire, touxavec crachats sanguinolents.

Toutes les sécrétions sont colorées de sang : les urines, les fèces, la salive et même le mucus nasal, R. 50, courte et rapide. P. 160 fort et plein, saccadé.

En 24 heures les urines rendues équivalent au contenu d’une tasse à thé et laissent un dépôt de sang considérable. Les selles sont formées de mucus ctde sang. Intelligence conservée; délire quand il est seul, soif vive. Douleur extrême aux côtes inférieure et surtout dans la région du foie.

Peu d’effet du vésicatoire. Sinapisme sur le côté opposé. Calomel et laudanum porté à 30 gouttes toutes les 3 heures.

26 octobre. — Pas d’amélioration, même état. Du sang dans toutes les sécrétions. Souffrances vives ; 60 gouttes de laudanum en une dose ne donnent qu'un soulagement passager. Le soir les gencives sont attaquées par le mercure. Même traitement ; fomentation chaude au ventre.

27 octobre. — Vu en consultation avec le Dr Scott : Même matité à la poitrine, même absence de murmure vésiculaire ; même incohérence des battements du cœur. La coloration rouge des sécrétions a légèrement diminué. L’urine a augmenté de quantité mais reste aussi colorée de sang qu’auparavant.

Le Dr Scott faille même diagnostic, approuve le traitement. Vésicatoire sur le foie.

28 octobre. — Les gencives et toute la bouche sont attaquées fortement par le mercure. Salivation très abondante. Une garderobe bilieuse peu colorée. L’urine est encore rare, rouge, mais laisse déposer moins de globules sanguins. — Le mucus nasal n’est plus sanguinolent ; les crachats le sont légèrement.

Encore délire, douleurs partout : Réponses nettes. — Le rash cramoisi du visage et de la poitrine disparaît en laissant à sa place une teinte couleur de plomb.

P. 120, faible. Extrême faiblesse générale, toujours céphalalgie violente. Traitement : Wisky avec du laudanum toutes les 3 heures. Calomel toutes les 4 heures. Embrocation stimulante à la poitrine et sur l’abdomen.

3 novembre. — P. 96 à 1 04 R. 30 un peu courte et abdominale. Les crachats parfois colorés : les sécrétions ne le sont plus, grand malaise. — Les poumons dans leur tiers inférieur sont encore engoués et imperméables à l’air. Toux sans grande expectoration. — Nuits mauvaises encore ; rêves effrayants. Délire.

10 novembre. — P. 90. R. 24. Calomel supprimé. — Des symptômes de dépression se manifestent pendant la nuit, puis, agitation, mouvements désordonnés, soubresauts des tendons, incontinence d’urine, pouls imperceptible, délire en marmottant ; sueurs excessives qui ne donnent pas même le temps de changer ses vêtements.

Potion stimulante toutes les heures et sulfate de quinine avec 20 gouttes d’ac. suif, dilué jusqu’à suppression des sueurs. A la troisièmedose arrêt des sueurs; abattement, sommeil profondd’où il sort très amélioré.

A partir de cette date il se remet lentement.

Le 28 novembre. — 11 peut s’asseoir sur son lit.

Le 25 décembre, seulement il le quitte avec un peu de toux encore et des crachats clairs, muqueux.

Submatité persiste, mais diminuée. P. 80 à 86. R. 20. L’appétit renaîL.

Alimentation réconfortante et fer tous les jours.

Fin janvier. — Plus rien que de la faiblesse : il engraisse mais le moindre travail l’essouffle et le fatigue.

Fin février. — Complètement revenu à la santé. Force recouvrées. R. normale 10 à la minute, P. 45 fort et régulier. 11 reprend son pénible métier de conducteur de bestiaux.

Réflexions. Malgré l’inflammation aiguë du poumon ce cas présente bien d’autres caractères qui l’éloignent du cadre des maladies inflammatoires du poumon. C'était incontestablement un cas de surmenage chez l'homme.

C’est un fait connu que les animaux surmenés tombent rapidement victimes de l'inflammation de tous les organes. Cette action leur est si funeste que l’expérience a appris aux marchands de bestiaux que le seul moyen de sauver la valeur de la bête c’est de l’abattre sans retard. Dans ces cas le sang perd le pouvoir de se coaguler et semble si infiltré dans le tissu musculaire que le sang ne coule pas comme d’habitude et que la chair se putréfie rapidement.

Notre cas est tout à fait analogue. Il était évident que l’inflammation avait atteint chaque organe, foie, poumon, reins, intestins cerveau. La fluidité et l’absence de coagulation du sang étaient prouvées par le sang de la saignée et par celui qui colorait toutes les sécrétions, même le mucus nasal. Ce cas est encore très curieux par le complet retour à la santé du malade qui avaitprésen-

té des symptômes si alarmants, des souffrances si aiguës et si longues que nous l’avons cru perdu.

Observation XXXII (Personnelle).

(Supplément aux observations du 2" groupe)

Surmenage chez une domestique de seize ans garde malade et bonne d’enfant. — Exposition à la contagion de la lièvre typhoïde. — Etat typhoïde fébrile ; guérison rapide.

Léontine G., âgée de 16 ans, est entrée le 3 janvier 1888 dans le service de M. Rigal, à l’hôpital Necker, salle Sainte-Anne, n° 13.

Domestique chez des employés elle se lève à 6 heures 1 /2 et ne se couche jamais avant minuit, une heure et même deux heures du matin, surtout depuis six semaines que son maître est souffrant, atteint, dit-elle, de fièvre typhoïde. Elle est constamment obligée de descendre quatre étages pour faire des courses, chercher les médicaments et monter de l’eau qui se trouve au bas de l’escalier Presque toujours elle a sur les bras un gros enfant très lourd qu’elle est obligée de promener.

Vers le 30 décembre elle commence à se sentir très fatiguée, toute courbaturée.

Le 31 décembre. — Elle est prise de fièvre, nausées, frissons avec épistaxis considérable que rien n’arrête et qui nécessite le tamponnement. Elle continue de plus en plus endolorie de tous les membres, sans appétit avec insomnie et léger délire la nuit. Pas de mal de tête. Un peu de diarrhée.

Le 3 janvier. — Elle est amenée à l’hôpital ou M. Rigal constate son aspect typhoïde, sa prostration et hésite entre le diagnostic de fièvre typhoïde ou de fièvre de surmenage. M. Rigal constate l’absence de taches, d’intumescence de la rate, de

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douleur à la pression dans l’hypochondre droit ; quelques râles sibilants sont disséminés dans la poitrine. Rien au cœur. Pas d’albumine dans les urines sauf le premier jour ; douleurs musculaires généralisées . La langue est saburrale. Pas de céphalalgie. T . la veille au soir 39°, le matin 38°.

Les jours suivants. — L’état général va en s’améliorant : il y a toujours insomnie, manque d’appétit. L'épistaxis se reproduit très abondante le 9 janvier au soir. Point d’autres signes qui puissent faire penser encore à la dothiénentérie. Le diagnostic fièvre de surmenage est finalement posé parM. Rigal, se basant surtout sur la marche de la température.

La malade entre en convalescence ne se plaignant que de grande lassitude.

Le 10 janvier. — L’appétit revient avec les forces mais la guérison est retardée par l’apparition de bulles pemphigoïdes dans la région fessière et d’un panaris léger au pouce.

3 janvier T. soir 39°

4 janvier m. 38° s. 39°

5 janvier m. 38°, 5 s. 38°

6 janvier m. 37°, s. 37°

7 janvier 37°, 4 et jours suivants autour de 37*

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