‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 115 sur 178 · Œuvres cjmjilùtcs de C/ievi\er, Londres, 1771, L ÔS · texte numérisé non relu

Œuvres cjmjilùtcs de C/ievi\er, Londres, 1771, L ÔS

malgré ses serments. Les femmes de la Halle se précipitent chez Mouhy, rue Saint-Honoré, où elles rencontrent Augier. « On leur fit comprendre qu'elles ne devaient être qu'à la joie do recevoir leur roi sauvé par la Providence. »

Les feuilles destinées à chaque « ordinaire » étaient régulièrement portées aux bureaux de la police, qui les retournait, avec ou sans corrections. Mouhy avait un assez grand nombre d'abonnés; et il faut reconnaître que, pour dépourvus de valeur littéraire que soient généralement ses romans, tout au contraire ses papiers-nouvelles révèlent un anccdotier amusant, un observateur diligent et attentif, un chroniqueur averti. Il avait la passion de Tinformation . Partout il courait lui-même, ayant appris, dit-il, « tous les détours de Paris et tous les passages de maisons qu'on ne reconnaît que par une longue expérience ». Avec une audace inouïe, il s'introduisait dans les demeures particulières, écoutait aux portes, regardait par le trou des serrures. « Mme de B... avait au moins quarante ans, elle en paraissait tout au plus vingthuit, par les secrets admirables qu'elle mettait en usage pour conserver son teint. Un jour que je regardais par le trou de la serrure de son cabinet, je la vis en chemise devant son miroir. Elle s'était levée par précaution pour enjoliver son visage; elle avait un pied de pommade sur la peau.... »

LE CHEVALIER DE MOIHY. glT)

On a dit le goût de Voltaire pour le commerce des nouvelles. Mouhy entra en rapports avec lui pour lui emprunter de Targent. De Cirey, le célèbre philosophe écrit à l'abbé jMoussinot :

« Il y a un chevalier de Mouhy qui demeure à Ihôtel Dauphin, rue des Orties. Ce chevalier veut

m'emprunter cent pistoles Je vous prie de lui

dire cjue mon plaisir est d'obliger les gens de lettres, quand je le peux; mais que je suis actuellement très mal dans mes affaires, que cependant vous ferez vos efforts pour trouver cet argent et que vous espérez que le remboursement en sera délégué de façon qu'il n'y ait rien à risquer, après quoi vous aurez la bonté de me dire ce que c'est que ce chevalier'. »

Ainsi se noua le service des nouvelles par l'intermédiaire de ce même Moussinot :

« Je vous prie de donner 130 francs au chevalier de Mouhy... Dites lui que je suis charmé de l'avoir pour correspondant littéraire, mais que je demande des nouvelles très courtes, des faits sans réflexion et plutôt rien que des faits hasardés-. »

Les « petites nouvelles » seront donc envoyées à Cirey deux fois par semaine. Voltaire recommande

1. Voltaire, Œucres, éd. Didot, LII, 304-35. ■2. Juin 1736, ibid., LU, 230.

d'être « infiniment secret * » ; mais, dès le mois de novembre, ces informations n'ont plus l'heur de lui plaire.

« Je remercie le chevalier de Mouhy de ses nouvelles et je n'en veux plus recevoir. En trois mois de temps, il ne m'a pas écrit trois vérités. Je ne connais ce chevalier que par ce qu'il m'emprunte-. » Boutade d'un homme irritable, impatient des requêtes incessantes du gazetier besoigneux. En 1738, les relations se sont renouées. Voltaire assure Mouhy de sa « tendre amitié' ». Il est vrai qu'il remploie aux fonctions les plus diverses ; car il ne lui demande pas seulement de lui envoyer des feuilles de nouvelles , mais des nouveautés littéraires, de lui dénicher les libelles et les pamphlets prohibés, d'exécuter ses commissions. Voltaire fait de lui « le solliciteur de ses procès et son chef de meute au parterre »; il le charge de ses démarches dans les bureaux de la police, où, comme on sait, ce philosophe ne cessait de réclamer l'incarcération de ses contradicteurs.

Éclate le différend entre Voltaire et l'abbé Desfontaines. Mouhy saisit la balle au bond. Il se range du côté de celui qui occupe déjà la première place dans la République des Lettres; et le voilà, en ce débat retentissant, aux échos scandaleux, qui devient Valler ego de Voltaire, portant ses « Mémoires » à l'impression, endossant la pater-

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