Vie de Marianne, éd. Jouaust, I
4. Le Réveil d'Epiménide, comédie en un acte et en vers, par Flins des Oliviers, représentée le \" janvier 1790, sur le théâtre de la Nation, par les Comédiens ordinaires du roi.
52 FIGARO i:t ses devaxcikrs.
GOP.GI.
Pour un journal excellent Qui, le matin, dès qu'on s'éveille.
Apprend dans tout Paris ce qui dans le Braliant S'est, ù coup sûr, passé la veille.
d"harcourt.
Moi je ne puis pas concevoir Comment, de Gand ou de Bruxelles, Vous pouvez le matin nous donner des nouvelles, Tandis que le courrier n'arrive que le soir.
GORGI.
Je n'attends pas les faits, Monsieur, je les devine.
A côté du nouvelliste qui orne, déforme ou exagère, nous trouvons son confrère qui insère, de propos délibéré, des informations sensationnelles, pour se faire valoir et augmenter le chiffre de ses abonnés. Le bruit courut, en 1767, que la servante de Mme Galas était morte, en disant que la famille avait véritablement étranglé la prétendue victime. Voltaire, tout ému, en écrit à Élie de Beaumont ; «. On me mande que cette imposture a été répandue par un folliculaire qui croyait qu'en effet la servante de Mme Calas était morte et qu'il pourrait insérer toute cette fable dans ses feuilles qui, par là, reprendraient quelque crédit et lui procureraient de l'argent » K
Puis les gais farceurs, M. Lemice-Terrieux; car aucune figure moderne ne manque pai-mi nos compagnons -.
1. Nouvelle revue rélrospective, VI (1897), '.'22. ■2. Correspondance secrète, éd. Lescure, I, 19G.
Le feuilliste remettait sa gazette à des copistes qui la transcrivaient au nombre voulu d'exemplaires; ou bien il la dictait simultanément à plusieurs scribes, — c'était parfois toute une petite classe, — auxquels il prenait leurs manuscrits dès qu'ils étaient terminés, certain de la sorte que ses « écrivains » n'en feraient pas à leur tour le commerce. « Je me suis transporté, écrit le commissaire de Rochebrune, rue de la Harpe, dans la chambre de Claudot, qui dictait les nouvelles, pour l'ordinaire prochain, à Mazurier, à Hérault, à Grandville, à Ledoux et à Michel, tous écrivains; à mon arrivée, le trouble et la confusion se sont mis parmi eux... ^ »
Où se tenaient les bureaux des nouvellistes?
Un peu partout; le plus souvent dans leur domicile particulier, de pauvres mansardes, sous les combles, tapissées d'affiches de comédie collées à cru sur les lattes; ou bien dans quelque cabaret.
Nombre de ces gazetiers griffonnaient leurs chefsd'œuvre à la tabagie, ou au café, sur un coin de table, entre une bavaroise et un verre de limonade. En 1724, Rosset est mis au Grand-Châtelet. Quand on lui représente les articles de ses gazettes qui sont
1. Rapport du -25 nov. 175i, 15. A. nis. 11 514, f. 128. Cf. l'interrogatoire de Nogaret (1702), Bibl. nat. ms. franc. 8120, f. 59-60.
particulièrement incriminés, il reconnaît qu'il les a composés au café Rossignol, à la Croix du Tiroir, d'après les conversations du jour « pour achever une page * ».
Quant à la situation sociale de nos compagnons, c'étaient pour la plupart de pauvres hères, des déclassés, épaves de la grande ville. L'avocat Marchand nous les montre « avec des habits noirs, déguenillés, des vestes rouges tannées, des bas troués, des souliers ferrés, du linge sale, et des perruques rousses-». Clercs de la basoche congédiés par le patron, officiers réformés, prêtres interdits, étudiants en quête des ressources exigées par les beaux yeux de Lisette : il faut vivre et parer sa mie.
Nous trouvons dans leurs rangs des écrivains publics, qui leur servent surtout de copistes. Ces derniers occupaient la place des typographes d'aujourd'hui. Charles Renault transcrivait dix-huit feuilles « par ordinaire », travail qui lui rapportait 3 livres 12 sols... par semaine. Encore cette humble besogne lui valut-elle par manière de supplément les cachots du Grand-Châtelet ^
Rédacteurs ou copistes, on ne les estimait guère'*; mais si bafoués, si méprisés que fussent ces besoigneux, du fond de leur misère, quelle influence n'ont-ils pas exercée sur leurs contemporains?