Chevrier, Œuvres, I. vr.s
:.. Bibl. iiat. mis. 22085, p. 160.
LES PAMPHLETAIRES. 253
te temps était contraire à la promenade, j'allais dans un petit café, où quelques Français, qui n'avaient pas d'argent, faisaient des mines et de l'esprit. Et on sent bien qu'avec de pareils originaux, je ne savais tout au plus que la gazette des tables d'hôte où ces Messieurs mangeaient beaucoup et payaient fort mal. »
11 boucle donc sa valise pour se rendre en Hollande ; mais, avant de partir, il met encore au jour un de ses plus piquants libelles, les Amusements des dames de Z>...(ruxelles), que M. Piot trouve spirituel et assez véridique; enfin les Trois C... (coquins), trois confrères nouvellistes, Cosmopol (Maubert), Chauvel (Ch.-Fr. d'Hennezel dit de Champigny) et Chat-huant (Des Essarts), « fripiers de nouvelles, furels d'anti-chambre, ramassant dans la ville les bruits populaires... ».
Les adversaires répliquent : Chevrier, écrit Palissot, « à qui l'impuissance de plaire a donné la fureur de nuire, de temps en temps s'agite sous le mépris public dont il est couvert, pour tâcher d'en rejeter quelque partie sur les autres ».
A La Haye, où la liberté d'écrire était plus grande qu'à Bruxelles, le pamphlétaire publia VObservaleur des Spectacles , en collaboration avec l'abbé Yvon. Le 1er novembre 1761, Choiseul, le croyant à. Paris, avait fait délivrer contre lui une lettre de cachet, avec ordre décrou à la Bastille; et bientôt le gouvernement français réclama des Etats généraux son extradition.
Un policier, venu de Paris, le fila avec soin.
Dans un rapport du milieu de mai 1762, il le peint comme un « mauvais sujet, esprit satirique, ennemi déclaré de sa patrie, en relation avec les frondeurs de Paris, à qui il envoie des vers, des anecdotes contre tout ce qu'il y a de plus respectable en France ' ».
Le jeudi, 24 juin, Chevrier s'en fut célébrer la fête des francs-maçons à la loge de La Haye. 11 rentra sur les deux heures du matin avec un mal de tète — trop de discours — et une indigestion — trop de mangeaille. Le lendemain, vendredi, il rencontra, vers deux heures après midi, l'agent secret du gouvernement français, de qui il ne se méfiait pas. Ils s'arrêtèrent à causer « devant la porte de Mlle Louison », une jeune danseuse; puis, sur les quatre heures, il se rendit chez son libraire, mais ne trouva au magasin que le beau-frère :
« Je vais à Rotterdam au-devant de Sainte-Foix, je vous emmène. »
Le beau-frère s'excusa et Chevrier s'en fut chercher compagnie au Parlement d'Angleterre, auberge voisine, où il rencontra Saint-Martin, un compatriote :
« Venez jusqu'à Rotterdam, je vous y ferai souper avec une jolie fille.
— Volontiers. »
Avant son départ, il chargea encore le docteur Vanhaast, « avec qui il était lié par la maçonnerie », d'aller « insinuer » chez lui son prompt