B. A. ms
Leur association ne laisse [pas d'être intéressante. Chacun y apportait son contingent d'informations. Petit lui-même, comme nous venons de le voir, fournissait les « mémoires » de l'ambassadeur anglais; Nervèze qui, de sa profession, écrivait pour le Palais et pour le public, transmettait les mémoires que lui faisait tenir l'ambassadeur de Savoie; on avait ainsi des nouvelles de Turin; Nervèze donnait également des nouvelles françaises, « qu'il avait d'un homme qui était à M. de la Ferté-Sennectère » ; Leclerc recevait les communications de l'ambassadeur de Venise, dans la rue, par les mains d'un laquais. Tous ces documents, centralisés, étaient complétés par les nouvelles qu'apportait régulièrement une « petite femme » en I robe garnie » , que ces honnêtes gens appelaient « la Cliquette ». La Cliquette était-elle jolie? — du moins son nom l'était. Elle avait un mari qui vivait à Lille en Flandre, mais elle-même demeurait à Paris, rue Judas. La Cliquette tenait ses nouvelles, des « nouvelles fraîches », d'un professionnel nommé Moustel, établi rue Royale, lequel avait « des correspondances ». Ce Moustel vendait ses « mémoires » assez cher; mais à la Cliquette il les donnait pour rien. Pourquoi? — Devinez.
Après avoir ainsi mis en commun les informations fournies par les ambassadeurs d'Angleterre, de Savoie et de Venise, et les nouvelles apportées par la Cliquette, et ce que nos gazetiers euxmêmes avaient recueilli de droite et de gauche, on passait à la rédaction; puis chacun des nou-
vellistes envoyait sa feuille à ses abonnés respectifs, dont le chiffre variait de six à douze par gazetier.
Dans la bande se trouvait un nouvelliste fameux, Delisle, domicilié rue Saint-Dominique, chez le marquis de Monder, qu'il servait en ses affaires. Delisle avait un bureau place de Grève : « C'est le meilleur faiseur de nouvelles de Paris », déclare Nervèze. Delisle dit de son côté : « C'est vrai, j'ai fait et composé des gazettes dont je commerçais. J'en tirais les mémoires, tantôt d'un valet de chambre, tantôt d'un cuisinier, et d'autres sortes de gens; j'ai même tiré des mémoires d'aucuns ambassadeurs. Lorsque je trouvais quelque chose dans les mémoires qui n'était pas autrement considérable, je le rejetais et composais des gazettes de ce que je trouvais de meilleur. Je n'ai jamais rien écrit contre l'État; au contraire, j'ai toujours, dans ma gazette, écrit ce qui était au plus grand avantage de la France l. » Est-ce assez vivant, assez moderne! Notre homme n'est-iLj pas un vrai journaliste?
Le Châtelet eut la main lourde : Delisle fut condamné à neuf années de galères, ainsi que plusieurs de ses confrères; les autres au fouet et au| bannissement; seule la Cliquette se tira du procès indemne. I
Quant à Petit, le gouvernement de la Grande-, Bretagne voulut bien déférer au désir de Louis XIV.,,