‹ Figaro et ses devanciersChapitre 67 sur 194 · B. A. ms. 10 335; Ravaisson. VII · texte numérisé non relu

B. A. ms. 10 335; Ravaisson. VII

nombre et en audace. A peine le grand roi, en s'irritant de ces résistances plus fortes que son pouvoir absolu, conserve-t-il son calme. Il s'acharne sur les nouvellistes condamnés aux galères. « Le roi veut que la sentence soit entièrement exécutée1 », écrit spécialement le ministre de sa maison au lieutenant de police, en lui envoyant Tordre de ! les attacher à la première « chaîne » dirigée sur j Toulon.

Lutte dramatique : d'une part le monarque tout puissant, de l'autre ces pauvres hères, écrivant leurs gazettes dans de misérables réduits, sous les arcades de la Place Royale, ou sur les tombes dm charnier des Innocents, sans relations, sans appui, sans crédit, méprisés de ceux-là mêmes qui les emploient. Et quel dénouement! les humbles triomphent. Louis XIV doit reculer. Vers la fin du xvne siècle, il fermera les yeux, il tolérera tacitement les gazettes manuscrites et, tout aussitôt, que de nouveaux essaims et quel essor! Au début du xvme siècle, on voit les gaze tins se répandre par la ville. Les colporteurs les débitent dans les rues et les promenades, dans les cafés; on les vend dans les boutiques; le public lit les

1. Il s'agit de Bourdin et Dubois condamnés par le Châtelet en 1683.

fouilles manuscrites et les commente « généralement partout1 ».

En juin 1705, soit qu'il fût effrayé par ce pullulement, ou bien impressionné par les difficultés croissantes de la guerre de Succession, Louis XIV, par un brusque retour, fit renouveler les « défenses de rédiger ou de publier aucunes nouvelles à la main2». Mais, en cette poussée de la pensée, moni tant vers une liberté sans horizon, le flot avait déjà conquis trop de terrain pour qu'il fût possible de le ramener à ses anciennes limites. « Quelque soin que l'on ait pris pour empêcher cet abus (nouvelles à la main), il n'a été que suspendu et, tout au plus pendant quinze jours, et encore ce n'a été que dans Paris, où ceux qui les distribuaient ont aussitôt recommencé à le faire, en plus grande quantité qu'auparavant, d'autant que la défense n'a fait 'qu'augmenter la curiosité des uns et a fait naître en même temps celle des autres, en sorte que tout le monde voit les nouvelles manuscrites plus que jamais. »

Nous devons ces renseignements au directeur i'un bureau d'adresse, Le Prestre de Rosnay, qui îvait, à l'exemple de son illustre prédécesseur Théophraste Renaudot, adjoint à son industrie le ïommercc des nouvelles à la main.

Au cours du mémoire qu'il envoie, en 1706, au lieutenant de police, tout en n'envisageant que la

1. Placct de Le Prestre do Rosnay, directeur du bureau d'adresse, • A. ms. 10 571.

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