‹ Figaro et ses devanciersChapitre 70 sur 194 · B. A. ms. 10 571, « déposition secrète o (le Tisserand · texte numérisé non relu

B. A. ms. 10 571, « déposition secrète o (le Tisserand

Dit Louis, à titre plus juste.

— « Demandez-les à Villeroy, Il en a plus perdu que moi. »

Le nouvellisme se ramifiait, comme il a été dit Sur les « branches » se formaient des pousses qui croissaient et devenaient « branches » à leur tour. Les commis de Froncé se servaient de ses « mémoires », pour organiser, à leur profit, de nouveaux services de gazetins. L'un d'eux communiquait ces « informations » au nouvelliste Boucher, « qui s'est enrichi dans le commerce des gazettes », rare phénomène. Il était, disent ses confrères, « le fournisseur attitré des grands seigneurs ». Chevalier, que Froncé chargeait de cacheter ses paquets, en tirait la matière de nouvelles feuilles qu'il envoyait dans les provinces; un autre de ces commis, Bosc, en expédiait à Lyon; Lorion faisait distribuer dans tout Paris des gazetins issus de ceux de Froncé.

Le service des abonnés s'effectuait régulièrement le mardi et le samedi, devançant ainsi d'un jour celui de la Gazette de France, — abonnés, parmi lesquels il est piquant de retrouver, une fois de plus, les représentants les plus qualifiés de l'autorité royale, deux intendants, un conseiller d'Etat, l'archevêque d'Arles, le marquis de Simiane... et, comme de coutume, quelques autres nouvellistes, qui tiraient des feuilles de leurs confrères, ellesmêmes alimentées par les feuilles de leur rédacteur en chef, des mémoires pour de nouveaux gazetins, lesquels ne tardaient pas à devenir des

mémoires pour la rédaction d'autres papiers-nouvelles, rédigés par d'autres « feuillistes » pour d'autres abonnés : une chaîne sans fin.

Ce commerce se compliquait encore. Raffin, directeur des postes à Rochefort, recevait deux fois par semaine, de Charles Faucon, vingt-quatre copies de ses papiers-nouvelles, qu'il lui payait à raison de cinq sous pièce et qu'il réexpédiait, moyennant une souscription de dix sous, aux abonnés qu'il s'était procurés; et, parmi ces derniers, il s'en trouvait pour revendre la feuille plus cher encore à des clients du plus haut rang.

Lorion, arrêté le premier, dénonça ses camarades, pour gagner l'indulgence des juges; et tarbier, Faucon, Tisserand, Chevalier, Dumesnil, ^a Pommeraye, Boucher, d'autres encore, furent écroués en octobre 1706. Leur délit était très *rave ; la distribution des nouvelles se compliquait d'infidélité professionnelle — néanmoins ils ne furent pas trop sévèrement punis : des lettres de cachet les exilèrent en province. Pour des Sfens passibles des galères, c'était la grâce.

Dès les premières années du xvme siècle, se lève l'aurore des temps nouveaux. C'est à tort que l'on ienvisage l'histoire du règne de Louis XIV comme un bloc rudement façonné par la main du maître; esprit de l'époque, beaucoup plus que celui de Louis XIV,- régna et gouverna — Montesquieu mrait dit « l'allure générale » — et, dès la fin lu xvne siècle, les idées s'orientent vers d'autres îorizons.

Du moins, pour éviter à son administration le retour de pareilles fuites, Torcy prit-il des mesures énergiques. On en suit le contre-coup jusque dans les lettres de ces observateurs privés, de ces chasseurs de nouvelles aux gages de leurs maîtres, que nous avons vus à l'œuvre. C'est le moment où le service de Mme de Balleroy tombe en détresse. Mais, ici encore, l'autorité fut impuissante. « La licence des écrivains de gazettes à la main — écrit Torcy, le 11 mars 1708 — devient si grande, nonobstant les punitions faites, que la sûreté des lettres du public en souffre considérablement1. » Au point que le Nonce lui-même en arrive à se plaindre : les dépêches qu'il reçoit et celles qu'il expédie sont également décachetées.

Avec la Régence, le mouvement de tolérance, que nous venons d'indiquer, s'accentue. Le duc d'Orléans ne fait plus poursuivre les nouvellistes que pour écrits calomnieux. Ce fut le cas de Perard et de Dosseur. Voici le sensationnel faitdivers que ces deux gazetiers avaient inséré dans leur feuille du 21 avril 1717 :

Un marchand passager s'étant endormi, il y a quelques

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