B. A. ms. 10632, t
main fut tolérée pendant la Régence. Pour plus de sûreté, les gazetiers envoyaient un exemplaire de leurs feuilles au bureau du lieutenant de police, où Déon — l'oncle de celui qui sera plus tard la chevalière Déon — était chargé de les lire et de leur donner l'approbation officielle. Grâce à ce contrôle, nos feuillistes purent écrire librement, si bien que nous voyons l'abbé Buchet, depuis janvier 1717 rédacteur du Mercure galant — qu'il a nommé le Nouveau Mercure — adjoindre à sa feuille un envoi régulier de gazetins manuscrits, tant le goût du public donnait à ces derniers la préférence sur les journaux imprimés.
Le duc de Bourbon, qui présida aux destinées de la France depuis la mort du Régent (2 décembre 1723) jusqu'en 1726, poursuivit à l'égard des nouvellistes la politique de son prédécesseur. C'était en somme, mais étendu à tous, le système que préconisait Le Prestre de Rosnay, le système des « manuscrits autorisés ». Une note, rédigée en 1724, par la lieutenance de police elle-même, nous renseigne sur la manière dont fonctionnait cette institution :
« Les particuliers, qui veulent donner des nouvelles au public, sont obligés d'en apporter deux exemplaires au lieutenant général de police, qui
en prend lecture, y retranche ce qu'il juge à propos; après quoi il en délivre au particulier un exemplaire approuvé de lui et en garde un de son côté pour le confronter sur les copies que Ton en délivre au public1. »
De nombreuses feuilles, ayant subi cette sorte de censure, nous ont passé sous les yeux; plusieurs alinéas portent en accolade l'adjectif « bon »; d'autres ne sont accompagnés d'aucune mention; certains sont biffés : c'est le petit nombre.
Les résultats donnés par cette manière de procéder ne laissèrent d'ailleurs pas que d'être assez satisfaisants, à en juger par un rapport de police de 1725 2.
Ajoutons que ce contrôle semble avoir entraîné comme une garantie du gouvernement s'étendant jusqu'à la qualité des gazettes, car nous voyons la lieutenance de police veiller à la fraîcheur des nouvelles publiées sous son estampille et à la manière dont elles sont rédigées. Un « nouvelliste approuvé », l'abbé Faure, perd le bénéfice de cette autorisation , parce que ses informations sont « trop vieilles » ; un autre, Du Breuil, doit s'excuser : si ses nouvelles ne sont pas de première qualité, c'est qu'il est en prison, — excellente excuse pour un publiciste de qui les fonctions consistent à être renseigné des premiers sur ce qui se passe3.
Quant aux nouvellistes autorisés qui n'opèrent