CHAPITRE VI
LA BIENHEUREUSE THËODORA
En Tannée 829, Michel II d'Amorium, empereur de Byzance, mourait, laissant le trône à son fils Théophile. Le nouveau souverain n'était point marié; aussi rimpératrice douairière .Euphrosyne remplit-elle d'abord dans les cérémonies de la cour le rôle que rétiquette réservait à TAugusta. Mais Euphrosyne détestait le monde. Fille de cet infortuné Constantin VI, si cruellement aveuglé par Tordre de sa mère Irène, et de sa première femme Marie, elle s'était, lors de la catastrophe qui renversa les siens, retirée dans un monastère et elle vivait, tranquille et cachée, dans Tun des couvents de Prinkipo, lorsque, non sans quelque scandale, Tardente passion du basileus Michel avait tiré du cloître la belle religieuse pour l'asseoir sur le trône des Césars. Mais, son mari mort, Euphrosyne n'avait plus qu'un désir, de rentrer au plus tôt en quelque saint asile, et tous ses soins s'appliquaient à marier sans retard le jeune empereur son beau-fils«
Pour trouver une femme au basileus, on envoya, selon Tusage traditionnel du palais byzantin, des messagers à travers les provinces, avec mission de découvrir et d'amener à Constantinople les plus jolies filles de la monarchie, et dans le grand salon de la Perle on rassembla les élues, afin qu'entre elles Théophile désignât la future souveraine. Par une première sélection, le prince en distingua six, les plus charmantes, et ne pouvant se décider entre ces beautés rivales, il remit au lendemain de faire un choix définitif. Ce jour-là il apparut au milieu des jeunes filles, tenant, comme Paris entre les trois déesses, une pomme d'or à la main, gage d'amour qu'il devait offrir à celle qui fixerait son cœur, et ainsi accommodé il commença sa revue. Il s'arrêta d'abord devant une fort jolie femme, de haute naissance, qui s'appelait Kasia, et un peu troublé sans doute et ne sachant trop comment engager l'entretien, sentencieusement il lui débita ce compliment assez discourtois : « C'est par la femme que nous est venu tout le mal ». Kasia avait de l'esprit, elle riposta sans se déconcerter : « Oui, mais c'est par la femme aussi que nous vient tout le bien ». Cette réponse ruina sa fortune. Fort effrayé par cette belle personne si prompte à la repartie et d'humeur aussi féministe, Théophile tourna le dos à Kasia et il alla porter ses hommages et sa pomme à une autre candidate, également fort jolie, et qui se nommait Théodora.
Kasia se consola d'avoir manqué l'empire en fondant, selon une habitude très byzantine, un couvent où elle se retira ; et comme elle était femme d'esprit, elle occupa sa retraite à composer des poèmes religieux et des épigrammes profanes qui sont parvenus
jusqu'à nous et ne sont point dépourvus d'intérêt. Pendant ce temps, son heureuse rivale était couronnée en grande pompe dans Téglise de Saint-Étienne au palais de Daphné et, selon l'usage, toute sa famille participait à sa haute fortune. Sa mère Théoctista reçut la dignité fort enviée de « patricienne à ceinture », ses trois sœurs appelées à la cour épousèrent de grands dignitaires ; ses frères Pétronas et Bardas firent un chemin rapide dans la voie des honneurs. Ils devaient témoigner au reste peu de reconnaissance à celle dont l'élévation imprévue et l'amitié fraternelle les avait approchés ainsi des marches mêmes du trône.
La nouvelle impératrice était une asiatique, née en Paphlagonie, d'une famille de fonctionnaires. Ses parents étaient des gens pieux, fort attachés au culte des images, contre lesquelles, sous les successeurs de la très pieuse Irène, le gouvernement impérial venait de recommencer la lutte, et il semble même qu'ils aient fait preuve d'un zèle assez ardent pour leurs croyances. Élevée en un tel milieu, Théodora était naturellement pieuse et fort respectueuse des saintes icônes; aussi se trouva-t-elle d'abord un peu déconcertée dans ce monde de cour où son mariage l'avait brusquement transportée.
Depuis une vingtaine d'années en effet, la querelle des images s'était rallumée, plus âpre encore peutêtre et plus violente qu'au vni® siècle, maintenant surtout que sur le débat proprement religieux s'était greffée une question politique et que le conflit mettait aux prises l'État réclamant le droit d'intervenir dans les affaires ecclésiastiques et l'Église revendiquant et défendant ses libertés. Michel II avait persécuté
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ses adversaires sans ménagements et sans scrupules ; Théophile, prince intelligent, autoritaire, énergique, suivait Texemple et la politique de son père. Aussi Théodora tenta -t- elle vainement d'employer son influence en faveur de ses amis et de tempérer par ses prières l'excès des rigueurs persécutrices. Théophile n'était point un souverain d'humeur fort commode; quand il fronçait le sourcil, quand il prenait sa voix sévère, sa femme terrifiée n'avait garde d'insister, et elle-même était obligée de dissimuler attentivement ses sentiments et ses sympathies secrètes. Il lui fallut cacher soigneusement sous ses vêtements les saintes images qu'elle s'obstinait à porter sur elle, elle dut prendre mille précautions pour dérober aux regards, dans les coffres de son appartement privé, les icônes proscrites, et ce n'est point sans quelque péril parfois qu'elle put accomplir ses discrètes et prudentes dévotions.
Un jour, le bouffon de l'empereur, un nain qui amusait tout le palais de ses malicieuses saillies, la surprit dans ses pieux exercices. Fort curieux de nature, il demanda à voir les objets qui absorbaient à ce point l'attention de la souveraine. « Ce sont mes poupées, lui dit Théodora, elles sont jolies et je les aime beaucoup. » Tout courant, le nain alla conter à l'empereur l'histoire des belles poupées que la basilissa gardait sous son oreiller. Théophile comprit sans peine de quoi il s'agissait, et furieux de voir jusque dans le palais ses ordres méprisés, il se précipita au gynécée et commença à faire à l'impératrice une scène violente. Mais Théodora était femme, elle sut se tirer d'affaire. « Il ne s'agit nullement, dit-elle à son mari, de ce que vous pensez. J'étais tout simplement occupée
à me regarder au miroir avec mes suivantes, et ce sont les formes reflétées dans la glace que votre nain a prises pour des images et dont il est venu vous entretenir assez sottement. » Théophile se calma ou feignit de se laisser convaincre; mais Théodora sut rattï'bper l'indiscret. A quelques jours de là, pour quelque peccadille, elle fît fouetter le nain d'importance, après quoi elle lui recommanda de ne plus jamais à l'avenir parler des poupées du gynécée. Et quand l'empereur, après boire, revenait parfois sur l'incident et interrogeait le bouffon, celui-ci, avec une mimique expressive, mettait une main sur sa bouche, l'autre sur la partie de sa personne qui avait reçu les verges, et très vite : « Non, non. Sire, disait-il, ne parlons plus des poupées ».
Aussi bien, dans toute la haute société de la capitale, la conspiration était générale en faveur des icônes. Dans le cloître où elle achevait sa vie, la vieille impératrice Euphrosyne professait les mêmes sentiments que Théodora, et lorsqu'on lui envoyait en visite les petites filles du basileus, elle ne cessait de leur parler des images vénérées. Théophile, qui se doutait de la chose, s'efforçait au retour de confesser les enfants, sans réussir d'ailleurs à en tirer aucun renseignement précis. Pourtant, une fois, la plus jeune des princesses impériales se trahit et, après avoir raconté à son père les beaux cadeaux dont on les comblait au monastère, les fruits magnifiques qu'on leur offrait à goûter, elle se mit à expliquer que sa grand'mère avait aussi un coffre tout rempli de belles poupées, et que souvent elle les leur appliquait sur le front, à elle et à ses sœurs, et les leur faisait pieusement embrasser. Théophile de nouveau
se fâcha, et il défendit qu'on envoyât désormais les petites chez la vieille basilissa. Mais, jusque dans l'entourage du prince, beaucoup d'hommes politiques pensaient comme les deux impératrices; des ministres, des conseillers intimes demeuraient discrètement mais profondément attachés au culte 'des images, et les choses en étaient à ce point que les devins qu'aimait à consulter l'empereur lui prédisaient ouvertement la ruine prochaine de son œuvre. Lui-même le sentait si bien que, sur son lit de mort, il exigea de sa femme et du logothète Théoctistos, son premier ministre, le serment solennel de ne rien changer après lui à la politique qu'il avait suivie et de ne point toucher à la situation de son ami le patriarche Jean, qui en avait été le principal inspirateur. Rarement précaution suprême devait être plus inutile.
Le successeur de Théophile, son fils Michel III, était un enfant; il avait, en 842, lorsque son père mourut, trois ou quatre ans à peine. Aussi, comme jadis Irène, Théodora prit-elle la régence pendant la minorité du jeune souverain. Auprès d'elle, pour la guider, elle garda les ministres principaux du règne précédent, le logothète Théoctistos, qui exerçait une grande influence sur l'impératrice et le magistros Manuel. Tous deux étaient des hommes pieux, secrètement attachés, comme la basilissa elle-même, au culte des images, des gens de sens aussi, justement soucieux de la trop longue durée d'un conflit inutile
et dangereux : Tidée leur vint donc tout naturellement de restaurer Torthodoxie. Pourtant, malgré leurs suggestions, la souveraine semble avoir d'abord hésité quelque peu à les suivre dans cette voie. Théodora avait fort aimé son mari, elle conservait à sa mémoire un pieux attachement; et puis elle redoutait les difficultés de Tentreprise. Mais tout son entourage s'appliquait à la convaincre; sa mère, ses frères la pressaient de leurs conseils. Vainement la basilissa objectait : « Mon mari, le défunt empereur, était un homme sage ; il savait ce qu'il convenait de faire ; nous ne pouvons vraiment mettre en oubli ses volontés ». On lui représenta le péril de la situation, l'impopularité dont elle se chargerait en s'obstinant dans la politique de Théophile ; on lui fit craindre une révolution où sombrerait le trône de son fils. Sa piété l'encourageait au reste à écouter les avis qu'on lui prodiguait. Elle se décida.
Un synode fut convoqué à Constantinople. Mais pour qu'il pût mener à bien son œuvre, il importait au préalable de se débarrasser du patriarche. Jean, que Théophile avait en 834 installé sur le trône patriarcal, était l'ancien précepteur du prince; homme intelligent, actif, énergique, il avait puissamment servi les desseins du souverain : aussi les adversaires du parti iconoclaste le détestaient. Ils lui ont fait une sombre réputation de magicien, le surnommant le Lécanomante — ce qui veut dire le sorcier, — le nouvel Apollonius, le nouveau Balaam; ils ont répandu sur son compte les plus effroyables histoires : comment, par ses incantations, il trouvait moyen de détruire les ennemis de l'empereur; comment il s'en venait la nuit, en marmottant de mystérieuses formules, déca-
piter le serpent de bronze qui décorait THippodrome; et comment, dans sa maison des faubourgs, il avait aménagé un antre souterrain et diabolique, où, avec le concours de femmes perdues, généralement de beauté rare, et dont quelques-unes, par un raffinement de scandale, étaient des nonnes consacrées à Dieu, il évoquait les démons par d -impurs sacrifices et interrogeait les morts pour savoir d'eux les secrets de l'avenir. Quoi qu'il en soit de ces commérages, Jean était un homme d'esprit supérieur, de volonté forte, çt par là fort gênant. Pour se défaire de lui, on le somma de consentir au rétablissement de l'orthodoxie ou bien de se démettre, et il semble bien que les soldats chargés de porter cet ultimatum au prélat firent la commission avec quelque brutalité, f oujours est-il que le patriarche fut destitué, enfermé dans un monastère; et comme, enragé de sa chute, il osa manifester sa mauvaise humeur en faisant mutiler les images du couvent qui lui servait de résidence, il fut, par ordre de la régente, battu de verges cruellement. A sa place on installa l'une des victimes du précédent régime. Méthode ; et tout aussitôt une réaction générale commença. Par les soins des évoques, le culte des images fut restauré ; les exilés, les proscrits furent rappelés et reçus en triomphe; les prisonniers furent remis en liberté et honorés comme des martyrs ; sur les murailles des églises les peintures pieuses réapparurent et, de nouveau, comme jadis, au-dessus de la porte de la Chalcé, l'image du Christ, replacée solennellement, attesta la piété des hôtes du palais impérial. Enfin, le 19 février 843, une cérémonie dévote et magnifique rassembla le clergé, la cour et la ville. Toute la nuit, dans l'église des Blachernes,
rimpératrice pieusement pria avec les prêtres; au matin une procession triomphale se déroula à travers Constantinople ; au milieu des évêqueç et des moines, parmi la foule enthousiaste, Théodora alla des Blachernes à Sainte-Sophie et rendit dans la Grande Église grâces au Tout-Puissant. Les vaincus, tenant en main des cierges, durent figurer dans ce cortège qui consacrait leur défaite et se courber humblement sous les anathèmes dont on les accabla. Puis, le soir, au Palais Sacré, la basilissa offrit un festin aux prélats et se félicita avec eux du succès de son entreprise. Ce fut la fête de Forthodoxie. Et depuis lors, en souvenir de ce grand événement, et en mémoire de la bienheureuse Théodora, chaque année, au premier dimanche de carême, TÉglise grecque célébra pompeusement le rétablissement des images et l'écrasement de ses ennemis. Elle le célèbre aujourd'hui encore avec une pieuse et reconnaissante dévotion.
La révolution fit aux morts mêmes leur part.
Triomphalement on ramena dans la capitale les restes des confesseurs illustres, de Théodore de Stoudion, du patriarche Nicéphore, qui avaient souffert pour la foi et étaient morts en de lointains exils. L'empereur et toute la cour, portant en main des cierges, tinrent à honneur d'aller recevoir les reliques vénérées, d'escorter dévotement la châsse que portaient les prêtres et, au milieu d'un immense concours de populaire, de la conduire jusque dans l'église des Saints Apôtres. Inversement on viola le tombeau où dormait Constantin V et^ sans respect de la majesté impériale, on jeta à la voirie les restes du grand adversaire des images, et de son sarcophage de marbre
vert, débité en minces plaques, on fit un revêtement pour décorer Tun des appartements du palais.
Ce que les historiens byzantins, à qui nous devons ces détails, n'ont point malheureusement su nous dire, c'est comment cette grande révolution put s'accomplir si vite et sans rencontrer en apparence de bien sérieuses difficultés. Une chose surtout semble y avoir contribué : c'est la lassitude que tout le monde éprouvait d'une lutte interminable. Mais une autre considération encore rallia peut-être les politiques aux solutions que fit prévaloir Théodora. Si, au point de vue des dogmes, la victoire de l'Église fut complète, elle dut en revanche renoncer aux velléités d'indépendance qu'avaient manifestées quelques-uns de ses plus illustres défenseurs. Vis-à-vis de l'État elle demeura dans une sujétion absolue; l'autorité impériale en matière de religion s'exerça sur elle plus entière que jamais. Par là, malgré le rétablissement de l'orthodoxie, la politique des empereurs iconoclastes avait porté ses fruits.
Pour la grande œuvre qu'elle accomplit, Théodora a mérité d'être canonisée par l'Église orientale. Poirrtant bien des scrupules avaient au cours de sa tâche troublé l'impératrice. Une chose surtout la préoccupait. Elle avait, on le sait, aimé son mari passionnément; elle se résignait mal à ce qu'il fût englobé dans les terribles anathèmes qui frappaient les persécuteurs des images. Lorsque donc les pères rassemblés au synode vinrent solliciter de sa bienveillance le rétablissement des saintes icônes, elle leur demanda une grâce en échange de son consentement : c'était d'absoudre l'empereur Théophile. Et comme le patriarche Méthode objectait que, si
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l'Église a le droit incontestable de pardonner aux vivants qui font acte de repentance, elle ne pouvait rien pour un homme mort notoirement en état de péché mortel, Théodora fit un pieux mensonge. Elle déclara qu'à Theure suprême le basileus s'était repenti de ses fautes, qu'il avait dévotement embrassé les images que sa femme présentait à ses lèvres et qu'il avait en bon chrétien remis son âme entre les mains de Dieu. Les évêques acceptèrent sans se faire prier cette édifiante histoire, d'autant mieux qu'ils sentaient bien que la restauration de l'orthodoxie était à ce prix; et, se conformant au désir de la régente, ils décidèrent qu'une semaine durant ils feraient, dans toutes les églises de la capitale, des prières pour le salut de l'empereur défunt. Théodora voulut ellemême prendre part à ces pieux exercices, et se flatta d'avoir ainsi obtenu pour le prince pécheur et repen-. tant les miséricordes de Dieu.
La légende a fort embelli plus tard la touchante anecdote de Tamour conjugal de Théodora. On conta que des rêves terribles avaient averti la princesse du sort qui menaçait son époux. Elle avait vu la Vierge tenant entre ses bras le Christ, assise sur un trône qu'environnaient des anges, citant à son tribunal le basileus Théophile et le fais.ant cruellement battre de verges. Une autre fois, il lui avait semblé qu'elle ^tait sur le forum de Constantin, et que tout à coup une grande foule envahissait la place, et qu'un cortège passait de gens portant des instruments de torture et de supplice, et qu'au milieu d'eux, tout nu et chargé de chaînes, était traîné l'infortuné Théophile. Tout éplorée, Théodora avait suivi la foule et avec elle était arrivée sur la place qui précédait le palais.
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devant la porte de la Chalcé. Là, un homme était assis sur un trône, grand, à Tair terrible, à Taspect redoutable d'un juge. Alors Timpératrice, se jetant à ses pieds, lui demandait grâce pour son époux, et 1 homme répondait : « Femme, ta foi est grande. En considération de ta piété et de tes larmes et par égard pour les prières de mes prêtres, je pardonne à Théophile ton mari ». Et il le fit délier. Pendant ce temps, le patriarche Méthode, de son côté, instituait une expérience pour s'assurer des desseins de la Providence. Sur le grand autel de Sainte-Sophie, il déposa un parchemin où il avait écrit les noms de tous les empereurs iconoclastes; puis, s'étant endormi dans Téglise, il vit en songe un ange qui lui annonçait que l'empereur avait trouvé miséricorde auprès de Dieu ; et s'étant reveillé, et ayant repris le parchemin sur la table sainte, il constata en effet que^ là où il avait écrit le nom de Théophile, la place était miraculeusement redevenue blanche, en gage de pardon.
Quelques hommes pourtant se montrèrent plus rigoureux que Dieu. Le peintre Lazare, un des plus célèbres enlumineurs d'icônes, avait eu la main droite tranchée par ordre du défunt empereur; et bien que, d'après la légende, cette main coupée eût repoussé par miracle, le martyr gardait âprement sa rancune contre son bourreau, et à toutes les observations de l'impératrice il répondait obstinément : <c Dieu n'est point assez injuste pour oublier nos misères et honorer notre persécuteur ». Au dîner de cour qui termina la fête de l'orthodoxie, tin autre confesseur ne se montra pas moins intraitable. C'était Théodore Graptos, qu'on appelait ainsi parce que, en manière de châtiment, Théophile lui avait fait
inscrire sur le front au moyen d'un fer rouge quatre vers injurieux. L'impératrice, très soucieuse de flatter les martyrs, fit demander au saint homme le nom de celui qui lui avait infligé un si atroce supplice. « De cette inscription, répondit Tautre avec solennité, j'aurai à demander compte devant le tribunal de Dieu à l'empereur ton mari. » A cette sortie imprévue, Théodora tout en larmes, s'adressant aux évoques, voulut savoir si c'est ainsi qu'ils entendaient tenir leurs engagements; fort heureusement le patriarche. Méthode s'interposa et non sans peine il parvint à calmer l'irascible confesseur et à rassurer la souveraine : « Nos promesses, déclara-t-il, subsistent tout entières, et le mépris que quelques-uns en font est chose sans importance ». Mais ce qui, en revanche, n'est point indifférent, c'est de constater par ces anecdotes tout ce qu'il entra de considérations politiques et humaines dans la restauration de l'orthodoxie, et à quels compromis de conscience se prêtèrent avec une égale facilité les saints évêques et la très pieuse Théodora.
« La première des vertus, dit un chroniqueur de l'époque, c'est d'avoir l'âme orthodoxe. » Théodora possédait cette vertu pleinement. Mais elle avait d'autres qualités encore. Les historiens byzantins vantent son intelligence politique, son énergie, son courage ; ils lui prêtent des mots héroïques, comme celui-ci, par lequel elle arrêta, dit-on, une invasion du roi des Bulgares : « Si tu triopipheg d'une femme,
lui manda-t-elle, ta gloire sera nulle; mais si tu te fais batlre par une femme, tu seras la risée du monde entier ». En tout cas, pendant les quatorze années qu'elle détint le pouvoir, elle gouverna bien. Assurément, comme on pouvait s'y attendre, son gouvernement eut un tour assez dévot. Très fîère d'avoir restauré Torthodoxie, elle n'eut pas moins à cœur de combattre Fhérésie; par son ordre, les Pauliciens furent sommés d'opter entre la conversion et la mort; et comme ils ne cédèrent point, le. sang coula à flots dans les parties de l'Asie Mineure où ils étaient établis. Les inquisiteurs impériaux chargés de dompter leur résistance firent merveille : par leurs soins, plus de cent mille personnes périrent dans les supplices : chose grave, et qui devait avoir des conséquences plus graves encore; en jetant ces désespérés dans les bras des musulmans, le gouvernement impérial se préparait bien des malheurs pour l'avenir. Mais par ailleurs le zèle pieux qui animait la régente lui inspira d'heureuses initiatives ; ce fut elle qui préluda à la grande œuvre des missions qui devaient, quelques années plus tard, porter l'Évangile chez les Khazars, les Moraves, les Bulgares. Elle eut la gloire aussi de remporter sur les Arabes quelques succès durables, et de réprimer vigoureusement l'insurrection des Slaves de THellade. Mais surtout elle prit à tâche la bonne administration financière de la monarchie. Elle s'entendait, dit-on, aux questions d'argent, et la légende raconte à ce propos une anecdote assez piquante. L'empereur Théophile était un jour à une des fenêtres du palais, lorsqu'il vit entrer dans le port de la Corne d'Or un grand et magnifique vaisseau de commerce. S'étant informé à qui appartenait
ce beau bâtiment, il apprit qu'il était à Fimpéralrice. A cette réponse, le souverain garda le silence; mais le lendemain, comme il se rendait aux Blachernes, il descendit au port, et ayant fait décharger la cargaison du navire, il ordonna d'y mettre le feu. Puis, se retournant vers ses familiers : « Vous ne saviez pas, leur dit-il, que l'impératrice ma* femme eût fait de moi un marchand I Jamais jusqu'ici on n'avait vu un empereur romain faire métier de négociant ». Quoi qu'il en soit de l'aventure, Théodora sut gérer la fortune de l'État non moins bien que la sienne. Quand elle quitta le pouvoir, elle laissait dans le trésor une réserve considérable. Et par tout cela elle eût été sans doute une assez grande souveraine, sans les intrigues de cour et les rivalités de palais, toujours promptes à se former sous un gouvernement de femme, et sans le fils déplorable que le ciel lui avait donné.
Sous le règne de Théophile, le palais impérial, depuis tant de siècles résidence des basileis byzantins, avait pris une splendeur nouvelle. L'empereur aimait les bâtiments : aux anciens appartements des Constantin et des Justinien, il avait ajouté toute une suite de constructions somptueuses, décorées avec le luxe le plus élégant et le plus recherché. Il aimait la pompe et la magnificence : pour rehausser l'éclat des réceptions palatines, il avait commandé à ses artistes des merveilles d'orfèvrerie et de mécanique, le Pentapyrgion, célèbre armoire d'or où l'on exposait les
joyaux de la couronne, les orgues d'or qui jouaient aux jours d'audiences solennelles, le platane d'or dressé auprès du trône impérial, et sur lequel des oiseaux mécaniques voletaient et chantaient, les lions d'or couchés aux pieds du prince et qui à certains moments se dressaient, battaient de la queue et rugissaient, et les griffons d'or à Taspect mystérieux qui semblaient, comme dans les palais des rois asiatiques, veiller sur la sécurité de l'empereur. Il avait en outre fait remettre à neuf toute la «garde-robe impériale, les beaux habits tout étincelants d'or que portait le basileus dans les cérémonies de cour, les vêtements splendides, tissés d'or et constellés de pierreries, dont se parait l'Âugusta. Il aimait enfin les lettres, les sciences et les arts. Il avait comblé de faveurs le grand mathématicien Léon de Thessalonique, et il avait, dans son palais de la Magnaure, installé l'école où le savant donnait à ses disciples cet enseignement qui était une des gloires de Byzance; il s'était même, lui l'iconoclaste farouche, montré plein de tolérance pour Méthode le confesseur, du jour où il l'avait trouvé capable de résoudre certaines difficultés scientifiques qui le préoccupaient. Fort épris des chefs-d'œuvre de l'architecture arabe, très soucieux de remplacer le pieux décor des images proscrites par des représentations d'un style plus libre et plus profane, il avait orienté vers des voies nouvelles l'art byzantin de son temps; et grâce à ses efforts et à son intelligente protection, dans ce merveilleux Palais Sacré, tout plein de splendeur raffinée et de luxe rare, dans ce décor incomparable de pavillons, de terrasses, de jardins largement ouverts sur les horizons iumiaeux de Marmara, Ist via
de' cour avait pris un nouvel et magnifique éclat. Mais maintenant que l'empereur était mort, c'est de disputes surtout et d'intrigues qu'était rempli et troublé ce somptueux palais.
Le véritable chef du gouvernement était, sous la régence de Théodora, le logothète Théoctistos. C'était un homme d'assez médiocre valeur, général incapable et toujours malheureux, politique d'intelligence ordinaire, de caractère froid, triste et dur. Peu sympathique el peu aimé, il se maintenait grâce à la faveur que lui témoignait l'impératrice. Il avait obtenu d'être logé à l'intérieur même du palais, il exerçait sur la souveraine une influence prodigieuse, et tel était son crédit auprès d'elle, que d'assez mauvais bruits couraient à Byzance sur la nature des relations que le ministre entretenait avec la basilissa. On le savait am'bitieux, on se rappelait avec quelle hâte fébrile, à l'annonce d'une prétendue révolution de palais, il avait quitté l'armée de Crète pour venir surveiller les événements dans la capitale ; on le soupçonnait d'aspirer au trône, et on allait jusqu'à dire que Théodora, favorisant ses désirs, songeait à l'épouser ou à lui donner une de ses filles en mariage, toute prête, pour lui frayer le chemin du pouvoir, à renverser, comme jadis avait fait la grande Irène, et à faire aveugler son propre fils. En tout cas, très profondément dévoué à la régente et tout-puissant sur son esprit, le logothète s'efforçait d'exciter sa défiance contre tous les conseillers qui partageaient le pouvoir avec lui.
Il eut vite fait par ses intrigues d'écarter ses rivaux. Le magistros Manuel qui était, avec Théoctistos, tuteur du jeune Michel III, fut accusé de conspirer
contre la famille impériale et obligé de se démettre de ses fonctions. Les frères de l'impératrice, Pétronas et Bardas, étaient plus redoutables, le second surtout, dont rintelligence supérieure était servie par une prodigieuse absence de scrupules et de moralité. Avec le consentement de Théodora elle-même, Bardas fut, sous quelque prétexte, éloigné de la cour, et le logothète crut avoir définitivement assuré sa puissance. Il n'avait point prévu qu'il allait avoir à compter avec le jeune empereur.
Michel III en effet grandissait, et en grandissant il s'annonçait déplorable. Vainement sa mère et le ministre s'étaient appliqués à lui faire donner une éducation excellente ; vainement on l'avait confié aux soins des meilleurs maîtres, on l'avait entouré des meilleurs camarades; la légende nomme, parmi les compagnons d'études du prince impérial, Cyrille, qui devait plus tard être l'apôtre des Slaves. Tout avait été inutile : le fond chez Michel était mauvais. A quinze ou seize ans, — c'était Tâge qu'il avait à présent, — il aimait surtout la chasse, les chevaux, les courses, les spectacles, les luttes d'athlètes, et lui-môme ne dédaignait pas, dans l'hippodrome du palais, de monter sur un char et de se produire devant ses familiers. Ses mœurs privées étaient plus fâcheuses encore. Il fréquentait la pire société, passait à boire une partie de ses nuits ; il avait une maîtresse en titre, Eudocie Ingerina.
Théodora et Théoctictos se dirent que, dans ces conditions, il n'y avait qu'une chose à faire, c'était de marier au plus tôt le jeune empereur. De nouveau, selon l'usage, les messagers du palais parcoururent les provinces, pour amener à Constantinople les plus
belles filles de la monarchie : entre elles, Eudocie, fille du Décapolite, fut choisie et tout aussitôt couronnée basilissa. Mais au bout de quelques semaines, Michel III, vite lassé de sa femme et de la vie conjugale, revenait à ses habitudes, à ses amis, à sa maîtresse, et reprenait le cours de ses folies. Et sans doute il faut se garder de prendre à la lettre tous les actes ridicules ou odieux que les historiens byzantins ont attribués à Michel III : les chroniqueurs dévoués à la maison de Macédoine étaient trop intéressés à excuser et à justifier l'assassinat qui mit Basile I" sur le trône pour n'avoir point la tentation de noircir un peu sa victime. Mais, malgré ces réserves, des faits certains attestent tout ce qu'il y avait de démence dans la conduite du misérable empereur. Constamment entouré d'histrions, de débauchés, de bouffons, il s'amusait avec ses indignes familiers à des farces grotesques ou obscènes, il scandalisait le palais par ses facéties de mauvais goût, où il ne respectait rien, ni la famille, ni la religion. Un de ses grands divertissements était d'habiller ses amis en évêques; l'un figurait le patriarche, les autres les métropolitains; le prince lui-même se parait du titre d'archevêque de Colonée ; et, ainsi costumés, ils s'en allaient en mascarade par la ville, chantant des cantiques orduriers ou grotesques, parodiant les cérémonies sacrées. Un jour, pour faire comme le Christ, Michel s'en allait dîner chez une pauvre femme, tout ahurie de recevoir le basileus de façon aussi inopinée; une autre fois, ayant croisé sur sa route le patriarche Ignace et ses clercs, l'empereur s'amusait à lui donner un charivari, et avec son cortège d'histrions il Tescortait longuement, chantant à ses oreilles des chan-
sons licencieuses, avec accompagnement de cymbales et de tambourins.
Puis, c'était à sa mère qu'il faisait des plaisanteries détestables. Il lui manda un jour que le patriarche se trouvait au palais, et qu'elle serait heureuse sans doute de recevoir sa bénédiction. La pieuse Théodora accourut en toute hâte, et, en effet, dans le grand Triclinium d'Or, elle trouva, assis sur un trône à côté du souverain, le prélat en grand habit sacerdotal, son capuchon rabattu sur le visage, et qui semblait, silencieux et grave, perdu en de profondes méditations. La régente tombe aux pieds du saint homme et le supplie de vouloir bien penser à elle dans ses prières, lorsque tout à coup le patriarche se lève, pirouette sur les talons, présente le dos à l'impératrice... et il faut aller voir dans le texte des chroniqueurs ce qu'il laissa échapper au visage de Théodora. Puis se retournant : « Vous ne direz point. Madame, déclara-t-il, qu'en ceci même nous n'ayons tâché de vous faire honneur », et, rejetant son capuchon, il montre sa figure : le prétendu patriarche n'était autre que le bouffon favori de l'empereur. A cette facétie de haut goût, Michel éclate de rire. Théodora indignée accable son fils de malédictions : « Ah! méchant enfant I Dieu en ce jour a retiré sa main de toil » et elle quitte la salle tout en larmes. Mais, malgré tant de grossières inconvenances, les tuteurs n'osaient intervenir et ils se gardaient de blâmer le basileus, soit par un excès d'indulgence, soit parce qu'ils pensaient par ces complaisances ménager leur crédit.
C'est en se montrant plein de tolérance pour les amusements de son neveu que Bardas en particulier
s'efTorçait de prendre sur lui de Tinfluence. Il avait, grâce à rintervention de son ami le grand chambellan Damianos, réussi à se faire rappeler d'exil par l'empereur, et très vite il était arrivé à se faire bienvenir de Michel IIL Naturellement il détestait Théoctistos, qui faisait obstacle à ses ambitions ; aussi excitait-il sans cesse contre le ministre la défiance du basileus. Il lui faisait craindre que le logothète ne préparât quelque coup d'Etat, il ne se faisait pas même scrupule de calomnier sa sœur la régente Théodora, et de représenter au. fils sous le jour le plus fâcheux la conduite de sa mère. Il fit si bien qu'à propos d'un incident futile (il s'agissait d'un ami personnel du prince, auquel le ministre refusait quelque avancement) un conflit assez violent éclata entre le souverain et Théoctistos. C'était en 856. Bardas, profitant de son avantage, s'attacha à aigrir encore davantage les rancunes de Michel : il lui fit remarquer qu'on le tenait à l'écart des affaires ; par de brutales déclarations il piqua son amour-propre. « Tant que Théoctistos, lui disait-il, sera avec l'Augusta, le basileus sera sans pouvoir; » surtout il trouva moyen de lui faire croire qu'on en voulait à sa vie. Un complot fut ourdi contre le logothète. Une bonne partie des gens du palais étaient gagnés aux intérêts de Bardas ; le prince consentait à tout, et, contre Théodora et son favori, une sœur même de l'impératrice s'associait à Bardas son frère. L'attentat réussit donc sans grandes difficultés.
Un jour que, selon l'usage de sa charge, Théoctistos se présentait, ses papiers à la main, à l'audience de la régente, il trouva dans la galerie du Lausiacos, qui précédait les appartements de la sou-
veraine, Bardas qui, sans se lever devant lui, le toisa d'un air fort insolent. Un peu plus loin, il rencontra l'empereur, qui lui interdit de pénétrer chez l'Augusta et lui donna ordre de lui faire à lui-même son rapport sur lès affaires du jour; et comme le ministre interdit hésitait, le basileus le congédia brusquement. Mais pendant qu'il se retirait, Michel crie aux chambellans de service : « Arrêtez cet homme ». A cet appel, Bardas se jette sur le logothète; l'autre s'enfuit; Bardas le rejoint, le renverse sur le sol, et mettant Fépée à la main, s'apprête à repousser quiconque tenterait de secourir l'infortuné. Il ne semble point pourtant qu'on tînt essentiellement à la mort de Théoctislos : l'empereur ordonna simplement d'abord qu'on l'emmenât sous bonne garde dans le vestibule des Skyla et qu'on attendît ses ordres. Malheureusement pour le logothète, au bruit qui s'était élevé, Théodora était accourue, les cheveux épars, la toilette en désordre, réclamant à grands cris son favori, se déchaînant en injures contre son fils et contre son frère, criant d'une voix menaçante qu'elle défendait de mettre à mort Théoctistos. C'est peut-être cette sollicitude qui perdit le malheureux. On eut peur, dans l'entourage de Michel, que, s'il vivait, la régente ne le rétablît bien vite au pouvoir et qu'il ne se vengeât cruellement de ses ennemis; par mesure de sûreté, on décida sa mort. Vainement quelques officiers des gardes, restés fidèles à sa personne, tentèrent de le défendre : vainement le pauvre homme, se cachant sous les meubles, essayait d'échapper à son destin. D'un grand coup d'épée, un soldat se baissant lui perça le ventre. Bardas l'emportait.
L'assassinat du premier ministre était un coup
droit contre Théodora : elle le sentit bien. Déjà, dans le tumulte qui troublait le palais, elle avait entendu monter contre elle des voix menaçantes : on lui avait crié de prendre garde à elle, et que c'était le jour des meurtres. Aussi, dans son indignation, refusa-t-elle toutes les excuses qu'on lui offrit, toutes les consolations qu'on voulut lui prodiguer; farouche, tragique, elle appelait sur les coupables, et surtout sur son frère Bardas, les vengeances divines, et ouvertement elle souhaitait leur mort. Par cette attitude intransigeante elle acheva de se rendre importune; Bardas, dont elle gênait au reste les ambitions, résolut de se débarrasser d'elle. On commença par lui enlever ses filles qu'on enferma dans un monastère, comptant bien qu'elle ne tarderait pas à les y suivre volontairement. Comme elle hésitait à prendre parti, on la mit en demeure de se retirer au couvent de Gastria. Ne voulant point troubler l'État par une inutile résistance, noblement elle descendit du pouvoir, après avoir officiellement fait remise au Sénat des sommes que sa bonne administration financière avait mises en réserve dans le trésor. C'était la fin de sa vie politique.
Dans le cloître où elle chercha asile, Théodora vécut pieusement, avec ses filles, de longues années encore, pardonnant à son fils, auprès duquel elle semble même avoir plus tard retrouvé quelque crédit, toujours ulcérée contre Bardas, qu'elle rendait justement responsable de la mort de Théoctistos. Elle en vint à ce point, elle la pieuse et orthodoxe impératrice, qu'elle conspira contre ce frère détesté, et tenta, de concert avec plusieurs familiers du palais, de le faire assassiner. Elle échoua dans cette entreprise.
et il semble même qu'elle en fut punie assez sévèrement. C'est à ce moment sans doute qu'on lui confisqua tous ses biens et qu'on lui retira les honneurs qui restaient attachés à son rang impérial. Pour la consoler de sa disgrâce, la destinée allait se charger de lui susciter un vengeur, qui devait satisfaire ses haines au delà môme de ses espérances. C'était Basile, le fondateur illustre de la dynastie des empereurs macédoniens.