‹ Figures contemporainesChapitre 16 sur 58 · EMILE ZOLA · texte numérisé non relu

EMILE ZOLA

promènent d'exsangues grenouilles enfilées à un brin de jonc.

Il fut Révolté, de son état, mais il n'exerce plus guère. Il passe dans la vie comme un pénitent qui se frappe la poitrine et confesse ses erreurs passées. Lui qui faisait fi des distinctions, il les réclame désormais toutes, et volontiers demanderaitil le Mérite agricole parce qu'il écrivit la Terre, et la médaille militaire parce qu'il a fait la Débâcle. Pour avoir ce qu'il désire, il sacrifie volontiers ce qu'il pensa ; il est prêt à tout, aux palinodies et même aux excuses ; et c'est un grand spectacle d'humilité et de modestie qu'il nous donnera le jour où il s'asseoira sous la coupole, dans un fauteuil que secrètement il trouvera trop étroit pour lui.

0 cette après-midi, la verrons-nous?

Certes, et nous devinons les paroles que M. Zola prononcera. Pour plaire à Claretie, il déclarera que les coups de massue d'autrefois étaient sans importance. Il dira que Feuillet était un grand homme, que Cherbuliez est un écrivain, Gaston Boissier un historien, Rousse un orateur, Freycinet un homme d'Etat, Henri de Bornier un poète, et Pingard un profond politique. Il dira tout ce que l'on voudra, et même ce qu'on ne voudra pas, et pour rassurer ses collègues il se tuera avec la grande épée à poignée de nacre : cette épée qui sera le plus beau jour de sa vie, le jour de ses solennelles funérailles. Quant au souvenir de ce qu'il fut, il ne vivra plus que dans les complaintes et l'on oubliera que Zola est encore.

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