‹ Figures contemporainesChapitre 17 sur 58 · JORIS-KARL HUYSMANS · texte numérisé non relu

JORIS-KARL HUYSMANS

On le vit autrefois à Médan, mais un matin il quitta ce pâturage pour n'y plus revenir. La provende qu'on servait chez le maître lui parut sans doute grossière et nauséabonde ; il partit et chercha plus subtile nourriture : des vins plus illustres et de plus nobles mets.

De son séjour dans ces champs, il a gardé des regrets, des rancœurs, et la lecture du Pot-Bouille ne l'a pas porté à l'indulgence. Pour l'avoir vu dans les miroirs naturalistes, il hait son siècle, sans chérir

ceux qui le montrèrent si laid ; mais il n'a jamais pu échapper à la hantise des larves abominables qui l'assaillirent. Toutefois, s'il n'a pu s'abstraire de son siècle, il s'en est vengé par l'invective et la fustigation, et là, malgré sa myopie naturelle, il a atteint le lyrisme, trouvant, pour châtier la tourbe qui le poursuit, des substantifs étonnants et de merveilleux adjectifs. Pendant que M. Zola se faisait interviewer à Lourdes, Huysmans rêvait à la Trappe; il ordonnait des idées, tandis que le président de la Société des gens de lettres prenait les notes dont il nous a menacés et frappés. Il n'a rien vu dans cette solitude; il y a pensé, ce qui est mieux ; il nous fera penser sans doute. Après nous avoir menés Là-bas, il veut nous conduire Là-haut;

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