‹ Figures contemporainesChapitre 22 sur 58 · ARMAND SILVESTRE · texte numérisé non relu

ARMAND SILVESTRE

que les siens. Il paraît être aussi bon vivant que mauvais écrivain, et c'est déjà quelque chose.

11 est universel ; tous les genres lui sont familiers, depuis le sonnet jusqu'au drame lyrique: il les pratique sans conscience, mais non sans facilité, et son éclectisme sait concilier Vénus Aphrodite avec l'amiral Lekelpudubec et même les unir. Il est moderne, mythologique et parfois mystique ; il conduit Cadet-Bitard sur le Pinde et mène le pétomane à Jérusalem ou à Oberammergau. On voit que, s'il considère généralement l'homme sous une seule face, on le peut voir lui-même sous plusieurs. Toutefois, sa véritable nature apparaît toujours ; quand il offre à ses lecteurs des roses ou lorsqu'il balance ses encensoirs, c'est tou-

jours avec le geste, pour lui plein de charmes, des matassins de M. de Pourceaugnac.

M. Armand Silvestre est un des rares heureux de ce temps. Il peut dire avec fierté que jamais une idée ne trouble sa cervelle. Nulle pensée ne semble l'avoir préoccupé, et il s'est contenté de tirer sa fortune des miasmes et des borborygmes de l'humanité.

En résumé, et si l'on veut être bienveillant pour lui, on peut dire qu'il figure assez bien un vieux colonel en retraite qui débite des gaudrioles scatologiques entremêlées de citations d'Horace ou de Virgile, et joue de la flûte à ses moments perdus. Un de ces vieux colonels qui s'obstinent à ne pas mourir.

JOSÉPHIN PELÀDAN

Monsieur Joséphin Peladan, qui a contemplé la décadence latine d'un œil peu complaisant, quoique perspicace, a trouvé, plus que tout autre romancier de sa génération, des admirateurs enthousiastes et des détracteurs passionnés. Quelques-uns Font hyperboliquement loué, d'autres l'ont outrageusement insulté. Il a connu des triomphes qui ont dû lui être doux, il a subi des avanies qui lui ont été indifférentes sans doute.

Il a défrayé les échotiers et les reporters beaucoup plus que les critiques : cela

prouve que les premiers sont plus consciencieux que les seconds, ce qui n'est d'ailleurs plus à prouver. Je veux dire par là qu'on a généralement considéré M. Peladan sous son aspect extérieur et non en lui-même. On a employé pour parler de lui les termes mêmes dont on se servait pour louer M. Loyal, Auguste, ou M. Febvre; tous ceux, en un mot, qui ne se recommandent que par la façade. Le malheur est que M. Peladan doit s'en prendre à lui, ou plutôt à son attitude, de l'erreur que l'on commet ainsi en l'assimilant à quelques-uns.

Pour un homme que les essences seules intéressent et qui prétend voir le monde sous l'aspect de l'éternité, comme disait Spinoza, M. Peladan attache trop de prix

Page 1