‹ Figures contemporainesChapitre 26 sur 58 · EDOUARD PAILLERON · texte numérisé non relu

EDOUARD PAILLERON

que c'est un domaine qu'il fait valoir et largement fructifier; un domaine dont il est le bon fermier s'il n'en est pas le propriétaire.

M. Pailleron sait cela fort bien, il sait aussi qu'il n'est pas poète, et que Molière n'est en rien son aïeul. M. Pailleron est, en effet, un homme subtil et très fin, mais sa finesse est apparue surtout une fois à ceux qui la célébraient: c'est lorsqu'on joua le Monde oà l'on s'ennuie. Ce jour-là, M. Pailleron transporta à la scène le Caro que ses auditrices avaient coutume d'entendre à la Sorbonne et celui qu'il leur faisait Jire après dans la Revue des Deux Mondes, et ce fut de sa part finesse de paysan normand vendant deux fois sa vache ou tirant de son grain deux moutures. Il accomplit

ainsi une tâche ardue et difficile, mais productive, car elle rapportait gloire à l'auteur dramatique et double profit à l'actionnaire. Je ne sais si parfois le génie de M. Pailleron fut plus profond, mais jamais il ne fut si pratique.

En tout cas, depuis cette victoire, il fut l'enfant chéri de ses contemporains ; il détrôna le philosophe en se servant de ses propos, et il fit se pâmer les caillettes en imitant ses gestes, comme il sut les émouvoir par une sentimentalité fade et enfantine, et les captiver par quelques dons d'observation qu'il tenait assurément de cette portière que chanta Henri Monnier.

Mais tout change en ce monde, dans le monde où l'on s'ennuie, comme dans le monde où Ton s'amuse. Encore un triomphe

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