ANDRÉ THEURIET
a été un de ces bénisseurs de peu d'importance, dont la louange est fâcheuse et dont on fuit l'approbation, car, si M. Theuriet ne sait pas haïr, il ne sait pas davantage aimer : il ondoie sans enthousiasme et bénit sans entrain.
Cependant, comme romancier, il occupe une situation spéciale et qui n'est pas à dédaigner. Il réjouit et émeut les familles, plaît aux jeunes filles, captive les gens du monde et charme la petite bourgeoisie. On trouve chez lui les classiques personnages des vieux mélodrames : les vierges candides, les jeunes hommes chevaleresques, les doux vieillards, les traîtres farouches, les philosophes ironiquement bienveillants, les sceptiques désabusés et bourrus, tous les héros qui étaient déjà démodés au temps
des Deux Orphelines, mais que Ton chérit toujours comme de vieux amis que Ton ne veut pas avouer. On reconnaît leurs phrases toutes faites, leurs conventionnelles pensées, leurs sentiments vulgaires et théâtraux, et leurs passions édulcorées.
C'est là une des causes de la discrète renommée de M. André Theuriet : il permet à quelques-uns de fréquenter sans honte ce monde suranné et aimable ; il leur procure, à peu de frais, l'illusion de la modernité, et même celle de la littérature. A ce jeu il ne gagnera sans doute pas la gloire éternelle, mais il aura été un des petits bienfaiteurs de l'humanité. N'y a-t-il pas là de quoi satisfaire un cœur simple et une ambition honnête?