‹ Figures contemporainesChapitre 34 sur 58 · JEAN AICARD · texte numérisé non relu

JEAN AICARD

qu'il ait saisi la foule par l'éclat de ses triomphes et la splendeur de ses œuvres. Non, car M. Aicard est un auteur à insuccès, et sa gloire est faite de ses revers. Il doit beaucoup à Smilis, presque autant qu'à Mireille, et le Père Lebonnard n'a pas nui à sa renommée. On connaît moins ses romans, mais on les estime quand même. On les lit peu, mais on lui sait gré de les écrire ; on le tient pour un champion de l'idéalisme, un de ces champions sans doute dont le rôle consiste à faire chérir les pires odeurs réalistes, car il est de ceux dont la pauvre imagination rend la vertu si plate, qu'on lui préfère le vice pimpant. Il existe une école morale classique qui veut mener ses disciples au bien en leur présentant le mal. M, Aicard

sait provoquer au mal en peignant le bien. C'est un romancier doux et même fade, lénitif et en même temps bruyant, un Méridional qui aspire au lakisme et veut marier le tambourin de Valmajour à la guitare d'Ossian. Il voudrait être un conteur populaire, quelque chose comme le Feuillet des petites gens; peut-être atteindra-t-il son but, et rien ne manquera alors à son ambition, sinon l'Académie et un peu de cette originalité qui fait les bons poètes, car, si M. Jean Aicard a ravi quelques rayons de miel dans la ruche de Mistral, dérobé à Aubanel quelques grains de grenade et cueilli au jardin provençal des fleurs dont il s'est paré, il n'a pas su ordonner son butin et n'a rien ajouté à -ses conquêtes.

Page 1