FRANCIS POICTEVIN
l'absolu, au travers des voiles qu'il avait tissés.
Il est presque unique dans notre temps à avoir le sens de la mystique. Il en connaît le vocabulaire analogique, mais il Fa transposé, car c'est un mystique hérétique, se rapprochant davantage de Novalis que de Marie d'Agreda. Il chérit les pâles lys que le souffle divin faisait palpiter autrefois au fond des monastères, mais il ne les rejoindrait pas sous les arceaux des cloîtres, et la prière qu'il récite va plutôt à l'ineffable Pan des orphiques qu'au Dieu des bonnes gens.
Toutes les préoccupations contemporaines semblent être indifférentes à ce pérégrin libre et rêveur, qu'inquiète l'âme du
monde. Cependant, il a le cœur humble et
pitoyable comme un de ces petits frères qui vivaient à côté du saint d'Assise, chantaient des cantiques au soleil, aux fleurs des champs, aux oiseaux des bois, et désertaient la richesse qui souille, abaisse et corrompt.
Francis Poictevin est, comme tous les mystiques, un égotiste révolté contre les règles, un individualiste fuyant l'oppression des milieux, des autorités et des règles, un anarchiste religieux. Il est un pèlerin indépendant et vagabond, et c'est peut-être son vagabondage intellectuel qui l'a poussé à ne jamais donner que des marginalia d'un poème et d'une œuvre qui ne vient jamais et que cependant il devrait faire.