‹ Figures contemporainesChapitre 37 sur 58 · SULLY-PRUDHOMME · texte numérisé non relu

SULLY-PRUDHOMME

Au temps jadis, quand M. Alphonse Lemerre prenait le passage Choiseul pour un des vallons du Parnasse, M. Sully-Prudhomme réunissait en bouquet et en gerbes des fleurs pâles, frêles et discrètes, d'un éclat débile et d'un parfum doux et mélancolique. 11 contait les Epreuves, il chantait les Solitudes, et il en savait dire le charme triste et délicat.

Il n'a jamais été un de ces lyriques impétueux qui peuvent guider le flot des images, il n'a pas, non plus, été guidé par

elles, il a voulu les choisir et n'y a pas toujours réussi. C'est un poète distingué, parfois vieillot et souvent élégiaque.

On peut se promener au travers de quelques-uns de ses poèmes comme au travers d'antiques hypogées, et, si quelquefois ses vers paraissent emmaillotés de bandelettes, c'est sans doute que M. Sully- Prudhomme veut nous inciter à la tristesse méditative, restaurer en nous les passions abolies et faire revivre les sensations mortes. Il a mis un jour dans un sonnet doucereux, tendre comme une guitare et triste comme un orgue de Barbarie, toute son âme lénitive et un peu hypocondriaque, et le Vase brisé a incarné et incarne encore les aspirations des cœurs irrémédiablement mais bourgeoisement dolents.

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