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CAMILLE LEMONNIER

A l'en croire, M. Camille Lemonnier représente parmi nous les lettres belges ; il met du moins tous ses efforts à nous en persuader. Il ne parvient pas cependant à nous faire oublier Georges Eekhoud, Emile Verhseren, Maurice Maeterlinck, d'autres encore, et je ne parle pas de Georges Rodenbach, qui depuis longtemps est Parisien.

Quant aux lettres françaises, M. Lemonnier est entré chez elles comme on entre en pays conquis. Jadis, les barons pillards

s'installaient dans les bois passagers et détroussaient les passants. M. Lemonnier, lui,, ne s'est pas établi dans une île déserte, et consciencieusement il a détroussé les métaphores et les tropes, forcé les syntaxes, détourné les adjectifs : il a fabriqué je ne sais quelle fausse monnaie à l'effigie rugueuse, à la frappe malhabile.

Nul ne fut à l'abri de ses rapines, et il s'adressa à tous, aux riches comme Hugo, aux pauvres comme Droz, selon les besoins du moment et le goût du jour. Il donnait les Charniers quand le lecteur réclamait du Hugo, comme, en d'autres temps, il fournissait les admirateurs de Monsieur, Madame et Bébé. Lorsque les pacants quercynois de Cladel réjouirent beaucoup d'entre nous, nous vîmes arriver le Mâle. Quand

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