GUSTAVE KAHN
Dans ses Chansons d'amant, par exemple, il a complètement délaissé l'alexandrin, qui ne joue même pas, dans ses vers, le rôle que l'octosyllabique jouait dans les périodes de Bossuet, et l'on peut dire que, chez lui, l'alexandrin est sporadique, comme il l'est dans la prose de Gautier ou de Flaubert.
Quant à la rime, si elle n'est pas complètement dédaignée, elle est rarement complète, c'est-à-dire à la fois pour l'œil et pour l'oreille. En tous cas, elle n'est pas rigoureusement plate ou alternée, et quelquefois on la retrouve fort loin, simplement pour un rappel de son nécessaire. Elle est remplacée souvent par l'assonance. Fréquemment, peut-être par ironie et pour narguer la rime riche, M. Gustave Kahn se
borne à rappeler plusieurs fois le même mot, procédé emprunté d'ailleurs à la prose rythmée, qui est obligée de l'employer, pour ramener des sons semblables, plus nettement qu'à l'aide des rimes qui se perdraient dans le développement de la phrase.
Un emploi judicieux et sans recherche de l'allitération précise l'harmonie de ces vers, en amenant des ressou venirs de notes déjà entendues. Mais le caractère -le plus curieux, le plus original de cette poésie, celui qui est bien propre à M. Gustave Kahn, par atavisme sans doute, c'est le parallélisme des images et des idées, qui fut la base de la poésie hébraïque, et qui consiste à reprendre les tropes, les images, en aggravant ainsi leur valeur par une