‹ Figures d'hier et d'aujourd'huiChapitre 12 sur 31 · UN LYRIQUE DE L'ANALYSE · texte numérisé non relu

UN LYRIQUE DE L'ANALYSE

Parler de Meredith sans savoir l'anglais est une entreprise difficile, outrecuidante même. Qu'on me pardonne d'avance de la tenter.

Et pourtant il reste tant de choses, — même pour qui n'a lu que ses rares traductions, — tant de choses que ces traductions, malgré leur insuffisance, laissent perceptibles, que l'on peut, il me semble, en parlant seulement de ces choses, esquisser une critique ayant toutes les apparences d'être juste, dans l'essentiel tout au moins.

Il est bien entendu que du styliste je ne dirai pas un mot. Je sens bien que cet homme devait écrire d'une façon merveilleuse, en savant et en poète, et les témoignages de sa maîtrise en ce sens sont nombreux et irréfutables. Mais je ne parlerai que du romancier. Pour peu qu'une traduction ne soit pas une adaptation, on y suit aisément la marche de l'action, la psychologie des personnages, tout, en un mot, de

ce qui constitue le roman, et les démarches de l'imagination de l'auteur sont également perceptibles. Je prétends retrouver le Meredith essentiel dans les deux seules traductions de YEgoïste et de Tragi-comédie d'amour et je prétends aussi que ce qui m'en échappe ne concerne que mon plaisir (le plaisir artiste ressenti devant les belles phrases), mais ne saurait en rien trahir ma compréhension.

George Meredith, mort récemment, pour le plus grand dommage des lettres anglaises, et après une œuvre considérable et qui lui avait valu la gloire, George Meredith représentait là-bas quelque chose dont personne n'offre ici l'équivalent. Imaginez, si vous voulez — mais quelle grossière approximation! — la force et l'ingéniosité d'analyse d'un Bourget avec le raffinement d'images et de présentation verbale d'un Mallarmé, et tout cela lié ensemble d'une façon indissoluble, native, fatale, et mêlé de je ne sais quel humour et quelle âpreté du genre de ceux de Stendhal.

Encore une fois il ne s'agit que d'approximations. Car comment exprimer la légèreté d'une fantaisie si vive, si rapide, si puissante, si profondément naturelle qu'elle se joue des développements les plus longs, des explications les plus serrées, et subsiste à travers eux, et les anime même, les transfigure, les allège? Cela est proprement inexplicable. Il faut lire un ouvrage de Meredith pour se rendre compte. Il y a là quelque chose de véritablement mystérieux et dont

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