‹ Figures d'hier et d'aujourd'huiChapitre 18 sur 31 · UN BIBLIQUE · texte numérisé non relu

UN BIBLIQUE

Tellement de critiques se sont rendus ridicules en s'instituant les précurseurs et les barnums de génies poétiques qu'on a toujours quelque scrupule à en découvrir à son tour. Cependant je ne crois pas me tromper en déclarant que M. André Spire est un poète, un authentique poète, et qu'il apporte un frisson nouveau.

Ce n'est pas tout à fait un inconnu. M. Jean de Gourmont l'a signalé naguère comme un des jeunes les plus intéressants d'aujourd'hui, mais, si je ne me trompe, c'était surtout au point de vue rythmique qu'il se plaçait : à une époque, il est vrai, où M. Spire, encore inédit en volume, ne pouvait pas s'être révélé entièrement. Mais l'apparition des Versets nous oblige à une tout autre attitude envers lui.

M. André Spire est juif, et il l'est avec violence et avec fierté. Au lieu, comme la plupart de ses coreligionnaires, de céder à l'esprit de la race au milieu de laquelle il vit, il s'y oppose fortement. Il prétend bien résister jusqu'au bout

à l'emprise aimable et douce du pays où le hasard l'a fait venir. Obstiné, farouche, c'est vers Sion que se tournent ses regards. C'est une nouvelle Jérusalem qu'il veut rebâtir, non pas peut-être justement où se trouvait l'ancienne — les événements de la politique ont trop changé la surface du monde — mais quelque part dans l'Univers; en une terre vierge, dure nécessairement puisque neuve, mais où Israël, redevenu libre, peuple de pasteurs et d'agriculteurs, reprendra conscience de sa noblesse et de sa fierté.

C'est le rêve sioniste, mais avec quelque chose de plus beau, à mon avis. Les Sionistes veulent rétablir la Jérusalem réelle, là-bas, en Palestine, et telle qu'elle était. Maniaques et entêtés, ils ne veulent pas voir que l'on ne peut pas faire des retours en arrière de deux mille ans, ils s'imaginent qu'à coups de millions la chose est possible et ils en veulent mortellement aux Israélites nantis, riches, gavés, qui, satisfaits de la position qu'ils se sont faite parmi les Infidèles, s'endorment dans ces coupables délices. C'est un idéal de vengeance qu'ils poursuivent, une rancune de peuple sans patrie qu'ils veulent assouvir.

Mais M. André Spire ne cherche pas ces représailles. S'il prêche l'exode, c'est parce qu'il ne trouve pas digne pour une race de végéter en parasite sur le dos des autres races. Bien plus, s'il désire le combat, c'est parce qu'il trouve plus beau d'être guerrier que commerçant.

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