‹ Figures d'hier et d'aujourd'huiChapitre 2 sur 31 · L'INGÉNUITÉ D'OSCAR WILDE · texte numérisé non relu

L'INGÉNUITÉ D'OSCAR WILDE

On a beaucoup parlé d'Oscar Wilde, et il me semble que ce fut toujours avec partialité. Du temps de sa célébrité et même jusqu'après sa mort, c'était le concert des éloges. Depuis quelques années, c'est la cacophonie des restrictions ; jamais, je pense, ce n'a été la justice.

Ah! il était trop séduisant, voilà! trop charmeur! On ne pardonne pas aux gens de s'être sacrifiés à plaire, et lorsqu'ils sont disparus, on n'a pas assez de mépris.

Parfaitement! de mépris. Croyez-vous que ce soit (secret, je le veux bien, mais d'autant plus perfide) un autre sentiment qui ait dicté les phrases de la critique au sujet d'Oscar Wilde? En substance, et sauf d'honorables exceptions, voici à peu près ce qu'elles ont dit : « C'était un amuseur public. Il a amusé et donc a recueilli sa gloire. Nous ne voulons pas lui en donner d'autre. Et pour prouver que nous avons raison, nous allons dépouiller page à page son œuvre écrite. On verra ce qu'il en restera, quand nous y aurons passé! »

Hélas! Bien certainement, il ne reste jamais grand'chose après ces messieurs de la critique. Le plus ingénu des gazons ne peut guère repousser après la poignée de sel de leurs discours. Mais je suis sûr aussi qu'ils ont mal choisi s'ils se sont proposé de démolir Oscar Wilde. Il résiste.

Et d'abord, ce n'est pas vrai du tout qu'un causeur soit nécessairement un écrivain de second ordre. Un boulevardier, peut-être, pas un causeur. Chamfort et Rivarol supportent la comparaison (je ne parle que de qualité, non de quantité) avec Voltaire, un causeur aussi, je suppose. Qui a mieux écrit le français que Mallarmé? Qui causait mieux? Bien au contraire, un causeur et un conteur est nécessairement un écrivain. S'il ne laisse pas d'œuvre, ce n'est pas impuissance, c'est manque de temps.

Oscar Wilde était précisément un homme qui, s'il aimait causer, aimait aussi écrire. Il a, somme toute, beaucoup écrit. Et comme il était poète, en outre, vous voyez qu'il avait des chances pour composer des œuvres durables.

Que ces œuvres, quoique durables, subissent pendant quelque temps une sorte de crise de dépréciation, rien de moins étonnant, mais cela n'infirme pas leur valeur, au contraire. Toutes les belles œuvres ont passé par cette époque ingrate, par ce sommeil et ce silence. Epreuve nécessaire, après laquelle, réduites en même temps que purifiées, elles ressortent, ressuscitent, prêtes à la gloire.

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