PROLDHON ET KARL MARX
Au fond, cela s'est toujours passé à peu près ainsi. Vous auriez été au xviii^ siècle dans la moindre petite cour allemande, chez n'importe quel margrave, landgrave ou burgrave, que vous y auriez trouvé le bus le de Voltaire avec des gens pâmés devant.
Réfléchissez un peu et demandez-vous ce qu'il pouvait y avoir de commun entre le génie de Voltaire, sec comme copeau, sans imagination et sans cœur, quintessence de l'esprit français à l'époque où il était le plus aiguisé et aussi le plus prosaïque, et les Allemands sentimentaux, rêveurs, romanesques, amoureux de leurs belles et poétiques légendes, absolument ignorants de ce que c'est que l'esprit. Ils admiraient parce que la France était alors la première nation du monde, et que Voltaire était son grand homme.
C'était bon ton. Il y a un bon ton dans les cabarets bu dans les réunions faubouriennes comme il y en avait dans les petites cours d'Allemagne ; on y admire Karl Marx qui n'a aucun point de contact avec notre race, comme jadis on admirait Voltaire au delà du Rhin.
Quand ils réfléchissent, les ouvriers intelligents se rendent parfaitement compte qu'il n'y a que les Antisémites qui aient une conception lucide et pré-
<;ise de la question sociale. Ils voient bien que les Juifs comme Rothschild qui possède dix milliards, ou qui, comme Hirsch, peuvent, sans s'appauvrir, faire un cadeau de cent millions à leurs coreligionnaires, ont prélevé des tributs monstrueux sur la collectivité. Ils sont bien convaincus que la première mesure à prendre serait de constituer un Jury national pour faire restituer ce qui a été indûment perçu. Les meneurs détournent les naïfs de ces pensées pratiques et raisonnables, et leur tourneboulent l'entendement avec les formules scientifiques de Karl Marx.
11 y a des gogos parmi les prolétaires comme parmi les actionnaires...
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'impression que j'éprouvai quand je vis pour la première fois de près Gambetta, est une des plus profondes que j'aie ressenties jamais. A cinq ou six reprises différentes, il m'est arrivé de me trouver en présence de personnages en apparence parfaitement heureux, à qui tout réussissait, et d'avoir comme une commotion indéfinissable qui m'avertissait que ces fortunés étaient menacés d'une catastrophe. C'est stupide, si vous voulez, mais c'est comme cela. Cette sensation, d'ailleurs, a la durée d'un éclair. Une fois habitué aux gens, je me prouve par le raisonnement que cette prévision est ridicule et sans fondement, mais la secousse du premier regard n'en est pas moins très vive.
Quand, ù la table de Victor Hugo, je me trouvai assis pour la première fois à côté de Gambetta. que je ne connaissais pas du tout, je fus envahi par une immense tristesse ; j'eus la certitude soudaine, absolue, aiguë, que cet homme plein de santé, de gaieté, de verve, mourrait tout jeune dans une catastrophe. Il était, cependant, presque à l'apogée, c'était quelques mois après l'échec définitif du 16 Mai ; ce triomphateur de quarante ans semblait alors moins l'homme d'un parti que l'homme de la France ; il n'avait pas inspiré encore ces persécutions contre d'inofîensifs religieux, qui ont éloigné de lui tous les esprits généreux et élevés, et c'était plutôt de la sympathie que de l'antipathie qu'éprouvaient pour lui ceux mêmes qui ne partageaient pas ses opinions.
Gambetta fut, d'ailleurs, voisin aimable, causeur charmant, très mesuré dans ce qu'il disait de ses adversaires. Il parla même avec éloge, je m'en souviens, du duc de Broglie, auquel il reconnaissait une des qualités les plus essentielles, selon lui, à un homme politique : la persévérance, la faculté de ne pas se laisser décourager, de recommencer toujours.
J'écoutais distraitement, je l'avoue, tant le pressentiment de la brièveté qu'auraient ces jours me hantait obstinément. Cette impression m'était restée
si nette que j'écrivais, à la date du 3 Mars 1881, dans un article sur la chiromancie : (( Je n'ai jamais vu la main de M. Gambetta, mais il est certain que le mont Jupiter, qui est énorme et presque monstrueux chez Victor Hugo, doit être très considérable chez le président de la Chambre. Il serait très intéressant encore de savoir si l'homme d'Etat a sur sa saturnienne, ainsi que le type le fait pressentir, une croix qui indique toujours une catastrophe ou du moins un événement en dehors des calculs ou des probabilités. »
Je n'ai plus revu l'homme d'État, dans des conditions à le bien voir, que longtemps après, quand le grand ministère venait de tomber. Quelques années avaient fait du jeune homme alerte encore et grisonnant à peine, un homme affaissé, chargé d'embonpoint, presque un vieillard, qui, manifestement, se sentait perdu déjà. Ce qui restait de meilleur en lui, c'était le sourire qui semblait devenu meilleur, un peu triste, presque affectueux pour tous.
Qui ne connaît l'eau-forte de Rembrandt, la For-
tune contraire^ A gauche, la foule se précipite vers un temple et en escalade les degrés; au premier plan, sur un chemin qui longe la mer, un cavalier est renversé sous son cheval qui vient de s'abattre ; sur le bord du rivage, la Fortune, debout, attache la voile d'une barque prête à s'éloigner. Absolument nue, la Fortune tourne cyniquement le dos au cavalier désarçonné qui jette en vain un regard suppliant vers elle...
Cet abandon de la Fortune, Gambetta semblait en avoir conscience. Il avait eu foi dans les prédictions qui lui annonçaient ses étonnants succès, il s'inquiétait des prédictions funestes qui se multipliaient autour de lui et dont quelques-unes se sont réalisées avec une telle précision de détails, que si on les rapportait aujourd'hui, on s'imaginerait qu'elles ont été faites après coup. Il allait, a-t-on raconté, interroger le sort dans cette rue de Tournon qui vit Bonaparte et plus tard Napoléon gravir l'escalier obscur de M"^ Lenormand, et ses dernières paroles, on lesai'j ont été pour demander dans combien de jours finirait enfin cette année maudite, qui lui avait été si fatale et qu'il ne devait pas voir finir...
Ce n'est, d'ailleurs, que depuis ces dernières années seulement qu'il a été possible de porter un jugement définitif sur Gambetta et son œuvre. La politique de Gambetta, l'entourage de Gambetta, vous les voyez essayer de revivre chaque premier Janvier dans ces pèlerinages des Jardies qui, après le Panama, les Chemins de fer du Sud et l'affaire Dreyfus, ressemblent de plus en plus à une descente de chienlits funèbres.
Théophile Gautier, en des vers connus de tous, qui ont la netteté et le mordant d'une eau-forte, nous a montré le défilé des vieux grognards devant la colonne :
La chose vaut qu'on la regarde :
Trois fantômes de vieux grognards, En uniforme de l'ex-garde Avec deux ombres de hussards.
On eût dit la lithographie Où dessinés par un rayon, Les morts que RafFet déifie Passent, criant : « Napoléon !.. »
Le pèlerinage à la maison mortuaire de Gambetta évoque, dans des conditions bien différentes, il est vrai, un souvenir analogue.
Tous ces opportunistes de la première licure, tous ces vieux débris de la République française font
Teffet de revenants et de spectres. Abrutis, discrédités, usés, ils vous rappellent quand même une date.
La différence, vous l'apercevez sans qu'il soit nécessaire d'insister. Ces vieux de la vieille avaient été les héros de la plus prodigieuse épopée de tous les temps ; il étaient entrés en vainqueurs dans toutes les capitales de l'Europe.
Ne les raillez pas, camarade, Saluez plutôt, chapeau bas, Les Achilles d'une Iliade Qu'Homère n'inventerait pas.
Les grognards de l'opportunisme, au lieu de victoires ou d'actes héroïques, racontent le lamentable avortement de ce régime judéo-maçonnique qui, après avoir eu l'apparent éclat que donne la jeunesse, est en train de finir dans toutes les hontes et dans toutes les boues.
Ce que nous voyons agoniser sous nos yeux, c'est le monde de Gambetta,'car enfin Gambetta — si humiliant que cela paraisse pour la France — a été le représentant d'un monde, d'un groupe d'hommes si vous le préférez, qui a été le maître de ce pays
pendant de longues années. Et ce monde des batailles du 16 Mai, ce monde des 363 qui luttait soi-disant pour la République et qui posait pour les principes, est devenu presque sans transition le monde des concussionnaires et des chéquards, le monde de von Reinach, de Cornélius Herz et d'Artoii...
Gambetta a été supérieur à ce monde en ce sens qu'il a eu conscience du rôle qu'il jouait. Il avait été initié et instruit de ce qui se préparait par ceux qui, depuis un siècle, dirigent d'une façon occulte la politique de l'Europe.
11 avait été l'être instrumenlaire choisi par la Haute Juiverie pour faire de la P'rance la Terre promise d'Israël, pour permettre à tous les financiers d'opérer de fructueuses razzias, à tous les fils de Sem de s'introduire dans toutes les places, de mettre la main sur tous les ressorts de la vie sociale.
Ainsi s'explique seulement l'inconcevable et subite fortune de ce fils d'Italien qui, pendant la guerre, avait fait preuve d'une si monstrueuse et si bruyante incapacité et qui ne se rattachait en rien à nos traditions françaises.
Eut-il, à une certaine époque de sa vie, la velléité de s'arracher à ceux dont il était l'instrument pour se mettre vraiment avec nous ? Songea-t-il à aban donner ceux qui l'avaient pris dans les estaminets du Quartier Latin et, à force de réclames, avaient fait de lui la personnification charlatanesque de l'homme de l'État et du patriote français? Fut-il brisé par ceux qu'il avait projeté de trahir? La chose me paraît douteuse, mais elle n'est pas impossible.
Gambetta, malgré son exubérance de surface, restera au fond un de ces personnages énigmatiques que Disraeli excellait à peindre et qu'il pouvait peindre mieux que tout autre, puisqu'il était luimême le porte-parole de cette Juiverie anglaise qui gouverne le monde.
Il suffisait de regarder l'homme d'un peu près pour comprendre qu'il était vraiment en proie à la fatalité, qu'il était un de ces êtres que la vie conduit par des routes inévitables vers un but désigné d'avance.
Sous ce rapport, Dumas a bien compris cette individualité d'un caractère particulier, et le portrait qu'il a tracé de lui, dans sa curieuse Lettre sur les choses du jour, intéressera encore quand depuis longtemps on aura oublié Denise et la Princesse de Bagdad...
« Il n'est marqué d'aucun des signes auxquels on reconnaît le Chef : il est frappé de ceux auxquels on reconnaît l'éternel révolté, et par conséquent, l'éternel vaincu. La nature entière est coupée pour lui, du haut en bas, en deux parties égales : partie de rayons, partie d'ombre.
(( Il y a une moitié des choses et de lui-même où il ne voit rien. C'est de sa propre main, au dire de la Fable, qu'enfant, dans un jour de révolte, il s'est violemment arraché la moitié de la lumière ; et voilà que, tout récemment, Jupiter (il ne faut admettre avec lui que les divinités païennes), Jupiter l'a précipité dans le Tartare, pour le punir de s'être permis de lancer la foudre, qu'il n'avait que reçu l'ordre de forger,
(( Au bout d'un an, dit Platon, ceux qui ont été précipités dans le Tartare peuvent en sortir, si leurs victimes leur pardonnent. On a pardonné momentanément à cet homme, et il est rentré dans sa grotte, dont il croit que le foyer rouge suffit pour éclairer l'univers. Son soufflet y fait grand bruit, mais ce n'est que du bruit ; et ce demi-voyant ou ce demi-aveugle est dévolu à l'impuissance finale, comme tous ceux qui se limitent à la terre.
« Il n'est pas une action, il n'est qu'un mouvement; il ne représente pas même une opinion, il ne représente qu'un âge ; il n'entraîne, et toujours en rond,
que ceux qui ont besoin d'être entraînés, parce qu'ils sont jeunes, turbulents et sans direction propre. Bref, il ne fait appel qu'à des instincts, il ne rallie pas une àme et [il se retrouve toujours au point de départ.
« Il passera sa vie à recommencer. Il s'est enfermé dans la petite boîte noire de l'athéisme ; il y donne de grands coups de tête, croyant crever le ciel : il n'arrive qu'à faire sauter le couvercle, comme un joujou enragé. 11 n'en sortira jamais ; il a les pieds pris dans ce qui est mort. Pour ne pas se soumettre à un principe, il s'est rivé à un système.. 11 est à secousses et immobile; il est effrayant et vide ; il est diabolique et bon enfant.
« Quelle contradiction ! Il prétend à être le maître de ceux qui n'en veulent plus avoir ; il se croit le Dieu de ceux qui n'en ont pas. Rien à craindre et, ce qui est plus triste encore, rien à espérer de cet homme. Il est purement verbal. Il mourra d'un éclair de vérité comme son aïeul, le cyclope Brontès, d'une flèche d'Apollon. »
Que restera-t-il de cet homme qui a tenu quelque temps une place si considérable dans le monde ? Rien.
Le triomphe des Juifs, qu'il a contribué à assurer
momentanément, touche à son terme, et les fureurs populaires grondent déjà autour des hôtels d'Israël.
Le monde dont il a été le guide et qu'il a mené à l'assaut de toutes les caisses et de toutes les jouissances, s'effondre sous la réprobation publique.
Qui s'avisera d'aller chercher le souvenir du démagogue devenu plus tard l'ennemi du peuple dans l'immense hypogée de papier que lui a, élevé Joseph Reinach, gendre et neveu de von Reinach? Comme tout ce qui est d'essence juive, cette existence d'homme d'État ne représente aucune action réelle ; elle se résume dans des boniments et des prospectus électoraux qui n'ont jamais été suivis d'effet, dans des monceaux de papier, qui avaient une certaine valeur au moment de l'émission, et qui maintenant ne sont bons qu'à donner au chiffonnier...
BEMOIT MALOM