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RouDHON a été une des victimes de la guerre fatale.
Avant 1870, on n'aurait pas trouvé cinquante Français ayant lu Karl Marx et connaissant ses doctrines. Le protagoniste du 1 socialisme en Europe était Proudhon, parce qu'il l 7 était un grand écrivain français, parce qu'il maniait admirablement cette langue énergique et claire, faite pour répandre aussi facilement des vérités que des paradoxes.
La gloire de Proudhon fut, pendant de longues années, le supplice de Marx qui souffrait cruellement d'être inconnu de tous, tandis que la moindre page du savant logicien attirait l'attention du monde.
Dès 1847, Marx avait publié sous ce titre : Misère
de la Philosophie , das Elend der Philosophie, une brochure violente contre Proudhon.- Proudhon, si prompt aux polémiques, ne daigna même ■ pas répondre. Cinq jours après la mort de Proudhon, le 24 janvier 1865, Marx faisait insérer dans le Sozial Democrat une lettre presque injurieuse contre le socialiste français à peine expiré.
Tout changea après 1870. Une fois de plus se vérifia la loi mystérieuse qui, dans la plupart des cas, donne partout l'hégémonie intellectuelle au peuple qui a eu la victoire matérielle.
Karl Marx fit partie du convoi qui nous amena, pour être les maîtres de la France, tous les Juifs allemands dont le baron de Reinach fut un des plus beaux ornements.
Chacun se partagea ces gloires plus ou moins francfortoises. Les ouvriers socialistes adoptèrent le Juif Marx, que beaucoup, d'ailleurs, ne connaissent que de nom. Les classes dirigeantes acceptèrent avec attendrissement la légende des Rothschild bienfaiteurs de l'humanité et souscrivant, par pure bonté pour nous, cet emprunt de la rançon, qui a rapporté trois cent cinquante millions à la Haute Banque.
PROUDUON ET KAUL MAUX 319
Pour moi, j'ai une profonde reconnaissance intellectuelle à Proudhon, car il m'a appris à bien regarder ces grands coups montés qui s'appellent tantôt l'unité de l'Italie, tantôt le Panama, tantôt l'alTaire Dreyfus, à bien saisir l'appareil complexe qui met ces grosses opérations en mouvement, la combinaison d'éléments divers qui est nécessaire pour échauffer l'opinion et la tenir à la même température pendant des années.
Allez trouver un concierge qui tire le cordon une partie de la nuit, un cordonnier qui s'échine à faire des chaussures, une cuisinière qui se brûle le visage au feu du fourneau. Dites à ces braves gens : « Vous allez verser à vous tous quinze cents millions pour creuser un canal et, sur cet argent, deux cent cinquante millions à peine seront consacrés aux travaux, le reste ira à Arton, à Reinach, à Hugo Oberndœrffer, à Floquet, à Baïhaut, aux sénateurs, aux députés, aux journaux.
Vous n'obtiendrez certainement aucun succès.
Il faut amener le public à accepter cette conception profondément déraisonnable, il faut étourdir les victimes avec de la musique.
Il en est de même pour la politique extérieure. Ces traités de Vienne, qui donnèrent cinquante ans de paix à l'Europe, avaient fait à la France une situation exceptionnelle.
La Confédération germanique était une machine très compliquée qu'il fallait graisser et préparer longtemps avant de la faire fonctionner. L'Italie, divisée en petites principautés, était incapable de gêner personne, et la Vénétie était une cause permanente de difficultés pour l'Autriche, un boulet attaché à son pied. La France unie, centralisée, libre de ses mouvements, avait en Europe un rôle qu'elle ne retrouvera jamais, même si elle était victorieuse de l'Allemagne.
Pour amener la France à commettre cette folie de constituer à ses portes une nation unitaire de trente millions d'hommes, pour la décider à laisser démolir la Confédération germanique et affaiblir l'Autriche qui faisait contrepoids à la Prusse, il a fallu un immense coiisortium, un syndicat gigantesque. Ceci n'a pu se faire qu'avec l'aide des Loges, de la Banque juive et de la Presse.
Le mérite de Proudhon, encore une fois, a été d'analyser merveilleusement cette opération.
Derrière les Viva Garibaldi ! les Viva Vltalia ! les petits pi/ferari et les refrains des cafés-concerts