MICHELET G
muniquée l'artiste qui les avait créés. De tout cela sortait une lumière non point éblouissante, mais impressionnante et subite, comme une lumière éclairant des apparitions.
Nul effort, nul travail visible, nulle déduction. Les résurrections historiques de Michelet n'avaient aucun rapport, en apparence, avec les laborieuses investigations grâce auxquelles tant d'esprits ingénieux sont parvenus à reconstituer une époque patiemment étudiée. Il semblait que tout obéît spontanément à la parole de cet enchanteur. On eût dit que le moine, le grand seigneur, le vilain se dres saient à un signe que ce magicien avait retrouvé dans les lointaines Kabales.
(( Maître, que nous veux-tu ? » paraissaient demander tous ces personnages si vivants, si réels, si accusés dans tout le relief de leurs caractéristiques physionomies.
Michelet possédait dans cet ordre une puissance véritablement prodigieuse. Il traduisait, il communiquait plutôt à ceux qui le lisaient jusqu'à cet état d'âme particulier que produisent certaines époques, cet état fait de rumeurs qui circulent, de légendes qui vous poursuivent, d'inquiétudes et de pressentiments.
On entend dans son Histoire romaine les voix de
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fantômes qui hurlent dans les rues d'Alexandrie à l'heure où le vieux monde, prêt à finir, se vautre dans les orgies de la vie inimitable avec Gléopâtre et Antoine.
On voit s'en aller vers Actium ces galères à voile de pourpre, à cordages dorés, à rames d'ivoire emplies d'histrions, de musiciens et de devins.
On entend de même dans son Histoire de France les grands silences des villes du Moyen Age, la nuit, puis soudain, quelque duc d'Orléans qu'on assassine, les torches, la vieille épouvantée qui ouvre sa fenêtre aux carreaux étroits.
Quand on a lu les quelques pages qu'il a consacrées à la crise des esprits au moment de la venue de Jeanne d'Arc, on a vécu en plein xv^ siècle ; on a éprouvé, tant est irrésistible la force de cet évocateur, la fatigue de ces temps maudits, et l'amertume de ces années de désespérance vous monte aux lèvres.
Voulez-vous avoir une idée de ce que fut la vie des prisons sous la Terreur? Quelques lignes de Michelet vous en apprendront plus que de gros volumes :
(( Les prisons ne savaient rien dans la nuit du 9 au 10 Thermidor. Les communications avec le dehors, faciles en 93, furent impossibles en 94. Les