ET GRIMM
Août 1882 et Septembre 1883.
11 y a eu trois éditions des Mémoires de madame d'Épinay : celle de MM. Brunet et Parison on 1818; celle de M. Louis Énault, qui n'est qu'une reproduction littérale de la première, en 1834; et celle de M. Paul Roiteau en 1863. Or, dans toutes, il manquai! un quart du manuscrit :
1. Une Femme du monde au XVI II" siècle. — La Jeunesse de madame d'Épinay ^ d'après des lettres et des documents inéditSy par Lucien Perey et Gaston Maugras. — 1 vol. in-8". Galmann Lévy (1882). — Dernières années de madame d'Épina/yy son salon et ses amis, par Lucien Perey et Gaston Maugras. — 1 vol. in-8". Galmann Lévy (1883J
les trente premiers cahiers, qui contiennent des détails fort curieux sur la famille et la jeunesse de madame d'Épinay jusqu'à son mariage, étaient restés enfouis aux Archives. Deux érudits, qui se sont déjà fait connaître par une publication nouvelle des lettres de Galiani, MM. Lucien Perey et Gaston Maugras, viennent de les mettre au jour.
De plus, en relisant la suite du manuscrit, ils ont trouvé plusieurs lettres et épisodes inédits, qu'ils ont reliés par un récit rapide, résumé d'après le texte déjà paru ; ils ont rétabli les passages, assez nombreux, qui avaient été tronqués, altérés ou intervertis ; ils ont achevé de rendre au prétendu roman son caractère biographique en prouvant que pas un seul des héros n'est imaginaire et en levant les masques. On sait, en effet, que madame d'Épinay ne désignait jamais ses personnages sous leurs noms véritables : c'était la mode du temps. Les amants donnaient des noms de fantaisie à leurs maîtresses : madame d'Épinay s'appelait Emilie pour Francueil, comme madame d'Houdetot et mademoiselle Voland s'appelaient Sophie, l'une pour Jean-Jacques et l'autre pour
Diderot. C'est ainsi que M. de Lisieux, qui est censé raconter l'histoire de sa pupille et qu'on avait toujours pris pour un tuteur fictif, n'est autre que le co-tuteur réel de Louise d'Esclavelles, M. d'Ajffry.
Elle ne se contentait pas de changer les noms, elle changeait même les professions et inventait certaines particularités physiques ; on a trouvé dans ses papiers une note ainsi conçue : « Faire perdre un bras à Grange; le faire comte au lieu d'homme de robe. » Grange, c'était M. de Lucé, qui n'était point manchot, et qui le lui prouva. Et cela est d'autant plus curieux que, n'ayant en aucune façon l'idée d'imprimer ses Mémoires, elle ne se préoccupait pas de dérouter le lecteur ; Grimm lui-même, à qui eHe^es légua, ne pensa jamais à les livrer au public ; non, c'était un besoin, une manie que tout ce monde avait alors, d'écrire son roman, de faire de la littérature avec sa vie. On voit d'ici toute la distance qui sépare madame d'Épinay de madame Du Delfand.
Les nouveaux éditeurs ont puisé aussi des renseignements et des faits intéressants dans les papiers de famille obligeamment mis à leur dis-
positioû par les descendants de madame d'Epinay. Ils ont eu la bonne fortcme d'y découvrir la correspondance de Saint-Lambert avec madame dlïoudetot, que nous attendons avec impatience.
Dans le premier volume, qui comprend la vie de madame d'Épinay depuis sa naissance jusqu'à son voyage à Genève (1726 à 1757), ce sont les parties inédites des Mémoires qui tiennent la plus grande place ; dans le second (1758 à 1783), ce sont les lettres et les papiers de famille.
Nous n'avons pas à revenir sur ce que tout le monde connaît et sur ce qui a été si bien dit par Sainte-Beuve* et par M. Scherer * ; nous voulons seulement jeter un coup d'œil sur les nouveautés imprévues et piquantes qui complètent heureusement les Mémoires : car il n'est pas d'ouvrage qui éclaire d'une lumière plus vive la société et la vie parisiennes au siècle dernier.