G*ôtait an eommencement de
Lévis, de Vintimille ; et des esprits les plus éminents de la génération du Consulat : Joubert, Fontanes, Mole, Guéneau de Mussy, Chênedollé, BonaJd, - et Chateaubriand ^ Les relations affectueuses d'autrefois avec madame Hocquart, avec madame de Krtidner, s'étaient aussi renou6es. Madame de Staël et sa cousine, madame Necker de Saussure, apparaissaient entre deux voyages en Suisse, à de trop rares intervalles ; Tintimité de madame de Staël avec Benjamin Constant, que ni madame de Beaumont ni Joubert ne pouvaient
1 . Chacun avait un surnom : Chateaubriand était le Chat, soit par abréviation de son nom, soit à cause de son écriture illisible ; madame de Chateaubriand était la Chatte : Chénedoiïéy le grand Corbeau, et Guéneau, le petit Corbeau^ sans doute à cause de leur humeur mélancolique. Quelquefois aussi on appelait Chateaubriand Villmtre Corbeau des Cordillères, par allusion à son voyage en Amérique. Fontanes était le Sanglier. Joubert, grand promeneur et amoureux des sommets, le Csrf; sa femme, un peu sauvage, le Loup; madame de Beaumont, V Hirondelle, — « C'était, en effet, Thirondelle de la légende païenne, celle qu'occupe pour toujours le souvenir de la mort des siens et du sang répandu. » (Paul Bourget, Études et Portraits^ 1. 1, p. 59.) Le jeune et brillant écrivain a mis dans cette étude toute sa finesse de psychologue et son âme de poète.) — C'est ainsi qu'au tviv siècle, les sobriquets de société faisaient de madame Scarron, le Dégel; de madame de la
souffrir S avait refroidi l'amitié des deux femmes. « C'était l'heure, dit Sainte-Beuve, où la société entière renaissait, et bien des salons offraient alors aux exilés et aux naufragés de la veille les jouissances si désirées de la conversation et de l'esprit. Il y avait les cercles philosophiques et littéraires de madame Suard, de madame d*Houdetot, celui de l'abbé Morellet (que tenait sa nièce, madame Chéron) ; là dominaient, à proprement parler, les gens de lettres et les philosophes, continuateurs directs du dernier siècle. Il y avait les salons du monde proprement dit, d'une composition plus variée et plus diverse, le salon de madame de la Briche, celui de madame de Vergennes, où se distinguait sa fille, madame de Rémusat, celui de madame de Pastoret, de ma-
Fayette, le Brouillard; de Golbert, le Nord; de M. de Pomponne, la Pluie, etc.
1. « Je me désole, dit-elle, de voir le sort d une femme que j'aime lié à celui de cet homme vraiment haïssable. > EUe va jusqu'à l'appeler un êlre venimeux. Et Joubert écrit à madame de Sérilly, cousine de madame de Beaumont : ce Quiconque chante pouilles à Benjamin Constant semble prendre une peine et se donner un soin dont j'étais chargé Cet homme est pour moi
Comme un violon faux qui jure sous rarchet.
Tout ce qu'il me dit me blesse l'esprit. »
dame de Staël quand elle était à Paris, et d'autres encore, dont chacun avait son ton dominant et sa nuance. Mais, dans un coin de ia rue Neuve-du-Luxembourg, un salon bien moins en vue, bien moins éclairé, réunissait dans Tintimité quelques amis autour d'une personne d'élite. De ce côté, se trouvaient alors la jeunesse, le sentiment nouveau et l'avenir...... On aimait, on
adoptait avec bonheur tout génie, tout talent nouveau; on en jouissait comme d'un enchanteur; l'imagination avait refleuri, et on aurait pu inscrire sur la porte du lieu le mot de Joubert : Vadmiratùm a reparu et réjoui une terre attristée^. »
Essayons de nous replacer au point, et de saisir en quelques traits la physionomie du salon et des principaux personnages.
1. Causeries du Lundifi. I, article sur Joubert (1849). — Ailleurs, à propos du salon de madame de VintimiUe, il dit : « La société de madame de Vintimille était plus et mieux qu'une suite du xviii* siècle. En ce temps où tout renaissait, il y avait, en certain coin, comme une reflorescence, et, si l'on peut dire, un regain de pur Louis XIV.» Portraits de Femmes ^ article sur madame de Rémusat(1842).
Ce fut M. Joubert qui présenta son meilleur ami, le poète Fontanes, à madame de Beaumont; et Fontanes, à son tour, lui amena un jeune officier breton encore inconnu, le vicomte de Chateaubriand, qu'il avait rencontré à Paris en 89, puis retrouvé à Londres en 97, pauvre et luttant contre la misère. Nous saisissons L^i, au moment où le salon de madame de Beaumont commence à se former, un Fontanes et un Chateaubriand au naturel, dans la liberté des causeries familières, avant le rôle officiel, à la veille
(lu jour OÙ ils vont entrer tout d'un coup dans la célébrité,run par Y Éloge de Washington, l'autre par le Génie du Christianisme. Jusqu'ici Fontanes, âgé déjà de quarante-trois ans, a vécu un peu en bohôme, à la pointe de la plurae, écrivant d'agréables poèmes, la Chartreuse, le Jour des morts, semant çà et là des articles politiques fau Modérateur en 89, au Mémorial en 97). Il lui faudra rencontrer Chateaubriand pour devenir éminent critique S et Napoléon pour devenir l'orateur, accompli dans son genre, que nous connaissons. Au moment où nous sommes, il n'a encore rencontré que la charmante mademoiselle des Garcins, à qui il a fait de bien Jolis vers :
Oui, Tamour veut que je te chante ; Le premier j'ai senti le charme de tes pleurs.
U s'est amusé, il a battu les buissons. « Ne soyez pas aussi paresseux que moi, écrit-il à M. Guéneau de Mussy ; j'ai perdu quinze ans de ma vie à des niaiseries et à pis encore. Le passé m'offre des regrets ; l'avenir, de faibles espérances... » Mais il