Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe
3. C'est au commencement de 1792, à son retour d'Amérique et à la veille de Témigration, que M. de Chateaubriand avait épous6 mademoiselle Céloste de la Vigne-Buisson, petitefille du gouverneur de la Compagnie des IndesàPondichéry. 11 a raconté dans ses Mémoires qu'il avait été marié malgré lui et presque à son insu par sa sœur Lucile, amie de mademoiselle de la Vigne; qu'un oncle maternel de ceUe-ci, grand démocrate, M. de Vauvert, s'était opposé à cette union, bénie par un prêtre non assermenté, et avait fait enlever sa nièce dans un couvent de Saint-Malo ; qu'enfin, la cause ayant été plaidée devant les tribunaux, le mariage avait été reconnu valide au civil. Or, s'il faut en croire M. Yiennet et M. de Pongerville, les choses se seraient pas-
Le Génie du Christianisme^ y compris Atala et René, avait paru en avril 1802 ; les éditions, les traductions s'étaient multipliées ; Tauteur, du premier coup, avait enlevé la renommée. Il fut aussitôt attaché à la diplomatie et envoyé à Rome, comme secrétaire d'ambassade, auprès du cardinal Fesch. On sait comment, à peine arrivé, il se brouilla avec son chef. Fontanes, son grand appui auprès du Premier Consul, écrit à M. Guéncau de iMussy, le S octobre 1803 : « Je crains bien que notre pauvre ami n'ait choisi la carrière qui lui convient le moins... Pour comble de ridicule, madame de Beaumont est en Italie et se rend à Rome. Je suis désolé... » Ce voyage de madame de Beaumont fut violemment exploité contre Chateaubriand. Mais ce qui aurait pu le perdre le
sées de tout autre sorte : M. de Chateaubriand aurait imaginé d'épouser mademoiselle de la Vigne comme dans les comédies, d'une façon postiche, en se servant d'un de ses gens comme prêtre et d'un autre comme témoin. Ce qu'ayant appris, l'oncle ( pas le même, un oncle paternel, M. de la Vigne-Buisson ) serait parti, muni d'une paire de pistolets et accompagné d'un vrai prêtre, et, surprenant les époux de grand matin , il aurait dit à son beau-neveu : « Vous allez inninlenant, monsieur, épouser tout de bon ma nièce, et sur l'heure. » Ce qui fut fait.
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releva dans ropinion : la pauvre femme ne tarda pas à succomber entre ses bras, et il retourna tous les cœurs par la manière dont il remplit envers elle les devoirs de la religion et de ramitié. On connaît la Relation qu'il envoya à Joubert et à madame de Vintimille sur ce triste sujet. Sainte- Beuve la trouve « longue, officielle de ton, et non sans apprêt ». Elle est bien éloquente sans doute, cette Relation ; mais pourquoi faut-il que Chateaubriand lui-môme ait donné d^avance raison à son critique par des mots comme celui-ci ; a Je n*ai jamais pleuré que d'admiration? » Et pourquoi faut-il que madame de Beaumont ait été si vite remplacée ? « Ma douleur, disait Joubert, sera éternelle : quelle place cette femme aimable occu • pait pour moi dans le monde ! Chateaubriand la regrette sûrement autant que moi ; mais elle lui manquera moins, ou moins longtemps*, w Joubert ne disait que trop vrai ! Dès avant la mort de madame de Beaumont, madame de Custine Tavait remplacée. Bientôt le château de Fervacques (août 1804) fait oublier Savigny. Puis le grand infidèle quittera sa nouvelle amie pour aller, en