‹ Figures de femmesChapitre 51 sur 55 · Voir Adolphe, hap. ni · texte numérisé non relu

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des fautes de goût qu'une femme ne pardonne point lorsque son cœur n'est pas touché.

Ainsi, au début, nous le voyons, trop pressé, se déclarer devant un tiers ; ensuite, il ne sait pas contenir sa jalousie devant ses rivaux; il se donne des torts, et doit se faire petit, humble, pour regagner le terrain qu'il a perdu. Certes, ce ne sont point là des moyens de se faire aimer, et surtout d'une telle femme. Elle veut inspirer des passions, mais elle veut aussi en rester la maîtresse et n'en être point gênée. Elle parle quelque part de « son existence frêle et bien arrangée ». Des passions qu'elle a fait naître, elle veut supprimer le péril.

On l'a vu, les résignations de Benjamin Constant durent peu : il feint de se contenter de l'amitié ; mais bientôt sa nature impétueuse et mobile l'emporte de nouveau. Quand madame Récamier lui a tenu rigueur trop longtemps, il menace de la quitter, de partir ; et, quand ces menaces deviennent telles qu'elles pourraient être suivies d'effet, voici qu'un petit billet arrive qui le rattache. Oh ! qu'il y a d'adresse dans cette honnêteté parfaite 1 Comme on sent bien que, si

elle n'est pas enivrée par l'encens, elle en aime le parfum ! Et que son esprit doit s'attacher à tous ces romans vivants qu'elle crée et qui se poursuivent à la fois sous ses yeux ! Elle ne laisse aucun espoir à ceux qui l'aiment, mais prend trop de plaisir à leurs sentiments pour y couper court.

Est-ce diminuer le prestige de cette idéale beauté, que de reconnaître sous tant de grâce une volonté très ferme, une habileté consommée, une diplomatie toujours en éveil? A coup sûr, elle est une des rares femmes à qui ne se puisse appliquer le mot de La Rochefoucauld : « L'esprit de la plupart des femmes sert plus à fortifier leur folie que leur raison. » Si elle ne sait pas aimer, elle n'en sait que mieux se faire aimer. On a voulu en faire une sorte d^ôtre énigmatique, surnaturel, n'ayant d'une créature humaine que la forme. La réalité est bien plus intéressante (et plus irritante) que ces arrangements factice».

On peut croire qu'elle était capable de sentiments plus forts que ceux qu'elle a connus :

« Je soupçonne, disait M. Guizot, que sa nature était moins superficielle que ne Ta été sa vie. »

M. Guizot n'avait jamais vécu sous le charme de madame Récamier, et cependant, il en a tracé un portrait dont voici quelques lignes : « Cette admiration passionnée, cette affection constante^ ce goût insatiable pour sa société, sa conversation, son amitié, madame Récamier les a inspirés... à tous ceux qui Font approchée et connue, aux femmes comme aux hommes,, aux étrangers comme aux Français, aux princes et aux bourgeois, aux saints et aux mondains, aux philosophes et aux artistes, aux adversaires comme aux partisans des idées et des causes qui avaient sa préférence, bien plus, à ses rivales dans les affaires de cœur presque autant qu'à ceux-là mêmes dont elle leur enlevait la possession *. » A coup sûr, elle avait des qualités supérieures, et qui se rencontrent rarement ensemble, de tact, de générosité, et, à certains égards, beaucoup d'élévation dans l'âme. De là, cette situation privilégiée, unique dans le monde, que ni les violences de la politique ni les revers de fortune ne purent atteindre; elle demeura toute

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