‹ Figures disparuesChapitre 10 sur 38 · M. THIERS ET M. JULES SIMON. H · texte numérisé non relu

M. THIERS ET M. JULES SIMON. H

à l'heure de nos désastres, quand il s'en alla plaider la cause de la France dans toutes les chancelleries, auprès de tous les souverains de l'Europe avec l'espoir qu'ils nous aideraient à soutenir l'agression et le choc dont nous allions être victimes? M. Jules Simon rappelle que M. Thiers a été l'élu de vingt-six départements et qu'il a été porté pour la dernière fois aux affaires, investi d'une véritable dictature, par un mouvement unanime de l'opinion dans l'Assemblée et dans le pays. C'est ainsi qu'il a été le négociateur des préliminaires de Versailles, acte douloureux qui lui a fait verser les larmes les plus sincères et les plus patriotiques ; mais c'est ainsi qu'il est devenu non seulement le sauveur de Belfort, mais le libérateur du territoire. Que dit M, Simon de ceux qui ont aidé M. Thiers dans cette dernière et noble tâche? Rien. Que dit-il au moins de ceux qui ont tout fait pour l'empêcher de l'accomplir ? Pas davantage. Franchement, c'est trop d'impartialité. M. Thiers est encore au gouvernail; la tempête est loin d'être apaisée; la France a plus que jamais besoin de lui ; les factions monarchiques se coalisent pour le chasser. Elles y réussissent : que dit M. Jules Simon? Il relate les faits sans les juger. Pour le coup, tant d'indifférence dans la comtemplation des événements excite l'impatience autant que la surprise.

Le tableau si éloquent, si vivant, si parfait, que M. Simon nous donne de la vie laborieuse de M. Thiers pendant sa magistrature, l'énumération de ses services, l'exposé de ses travaux à peine croyables à un âge aussi avancé, tout cela est traité de main de mai Ire dans le discours prononcé à l'Institut : c'est

un abrégé des livres si attachants que l'orateur a composés sur ce sujet il y a quelques années; mais on pouvait s'attendre à ce qu'après avoir si bien raconté les faits, il en donnerait la philosophie. M. Jules Simon paraît s'en être gardé comme du plus dangereux écueil. Il y a, dans la vie de M. Thiers, un acte décisif : c'est à peine s'il en est dit quelques mots dans ce discours. Tout le monde comprend que nous voulons parler de l'adhésion que M. Thiers, monarchiste déclaré, a jugé nécessaire d'apporter à la République, adhésion qui a si puissamment aidé à la fondation du régime sous lequel la France est appelée à poursuivre son orageuse et glorieuse carrière. Selon M. Simon, ce serait l'apparition et la menace du drapeau blanc qui auraient déterminé M. Thiers à prendre parti pour cette forme supérieure du gouvernement chez les peuples modernes. Est-ce là tout? Et M. Thiers n'a-t-il pas eu d'autres raisons de se décider? Qui pourrait le croire? M. Jules Simon a dit, en finissant et non sans quelque emphase, que M. Thiers avait été l'un des hommes les plus admirés et les plus injuriés de son siècle : qui l'injurie, maintenant qu'il n'est plus là, comme dit M. Simon? qui, sinon ceux qui l'accusent de les avoir trompés et qui ne lancent cette accusation à sa mémoire que parce qu'il s'est refusé à rétablir la monarchie, comme il s'y était engagé, à la veille de la réunion de l'Assemblée nationale à Bordeaux? Qu'y a-t-il de vrai dans ces prétendues promesses? A supposer que M. Thiers les ait faites, pourquoi ne les a-t-il pas tenues? Qui l'en a empêché? Il était tout puissant. Devant quels obstacles s'est-il arrêté? On affirme qu'il a voulu fonder la République pour en être le président : ce serait une bien mesquine raison. Pourquoi ne point relever cette basse insinuation, qui n'est qu'une calomnie? M, Jules Simon aime passion-

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