M. THIERS ET M. JULES SIMON
nément M. ïhiers, à ce qu'il dit; en tous cas, il veut lui rester attaché par la fidélité la plus touchante : pourquoi ne le défend-il pas mieux? Il ne dira point que c'est par mauvaise volonté, encore moins par impuissance. Tout au plus pourrait-il échapper à ces questions pressantes, en alléguant qu'il n'a pas voulu faire œuvre de polémique. Les faits sont les faits; il se borne à les exposer. Nous avons affaire à un historien, soit; mais où est le philosophe?
C'est là justement ce que l'on est en droit de reprocher à cet habile écrivain qui se targue de philosophie autant que de politique. L'adhésion apportée par M. Thiers à la République, l'invitation adressée par lui à l'Assemblée de Versailles de l'établir sans arrièrepensées ni réticences, la défense qu'il en a présentée quand elle a été menacée, à l'heure même où M. Jules Simon, qui la représentait, était mis hors du pouvoir, toute cette dernière partie de la vie de M. Thiers méritait d'être caractérisée et jugée avec tous les développements que comportent des actes d'une telle importance. C'est l'histoire même de la France qui est intéressée ici. Il ne s'est rien fait de plus grand, de plus décisif en notre pays depuis un siècle, puisque c'est la fin même et le couronnement de notre Révolution bientôt séculaire. Que si l'on se prend à relire les éloges des glorieux survivants de la fin du xvin^ siècle, qui avaient été les premiers et les plus considérables des acteurs de la grande rénovation politique et sociale d'où la France moderne est issue, on voit que M. Mignet, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques, n'a pas hésité, dans ses panégyriques si savants, si judicieux,
si attachants et si solides, dans les notices consacrées h un Sieyès, à un Talleyrand, à Daunou, à Lakanal, à passer en revue les principales réformes accomplies par ces hommes illustres pour en exposer les causes, en justifier la nécessité, en célébrer les bienfaits. Et quand il s'agit de la fondation de la République comme gouvernement nécessaire, légitime et définitif de la démocratie, M. Jules Simon ne trouve rien à dire! Qui donc voulait-il ménager? les amis de M. Thiers ou bien ses ennemis? Ce n'était ni de ceuxci ni de ceux-là qu'il fallait s'occuper, mais du principal titre de ce grand homme à la reconnaissance de ses concitoyens conmie à l'admiration de la postérité. M. Simon y a manqué.
M. Thiers a fondé la République comme il a libéré le terriioire, non pas seul, mais avec le concours de tous les Français dévoués à leur pays. Ce n'est pas l'amour de la démocratie qui l'a déterminé : il n'aimait pas la démocratie, qu'il avait connue trop tard et qu'il confondait avec ce qu'il appelait, d'un mot que l'on voudrait effacer de sa vie, la vile multitude. Ce qui l'a décidé, c'est l'amour de la France, et son patriotisme a toujours été pour lui le meilleur des conseillers. En dehors de la Répubhque, il n'a vu pour ce pays qu'une révolution nouvelle, la pire de toutes, une restauration qui ne ferait que nous mener définitivement à l'abîme d'où l'on ne remonte pas. C'est en quoi il n'a pas cessé d'être conservateur, tout en se déclarant républicain. Encore une chose que M. Jules Simon devait dire, s'il eût osé tenir tête à ceux qui injurient M. Thiers et qui le détestent d'une haine que la mort et la gloire n'ont pu désarmer. Au lieu de tenir eu