‹ Figures disparuesChapitre 27 sur 38 · LOUIS VEUILLOT · texte numérisé non relu

LOUIS VEUILLOT

Quand M. Louis Veuillot, rédacteur en chef de Vù'nivers, est mort, pour bien des gens cette nouvelle a été une véritable surprise, car il y a déjà des années qu'une maladie terrible et impitoyable le tenait éloigné de son journal, et certainement on pouvait le croire parti depuis longtemps. Après une carrière bruyante et agitée de près d'un demi-siècle, celte longue agonie dans le silence et l'isolement ne laisse pas d'être saisissante. Si M. Veuillot avait conservé ses facultés jusqu'à la fin, il aurait eu tout le temps de repasser sa vie et de se reconnaître ; mais il n'existait plus qu'à l'état de masse inconsciente et inerte : la piété seule de ses proches lui attribuait quelques restes d'une vague intelligence, et c'est une grande et douloureuse épreuve qui s"esl terminée hier pour ceux qui lui étaient attachés.

M. Veuillot laisse un nom qui ne grandira point, mais qui restera lie à l'histoire de l'Église catholique

au dix-neuvième siècle. Il a joui pleinement de sa renommée comme de l'influence qu'il avait conquise par son talent, dans le monde où il a vécu et dans le parti qu'il a servi. Cette renommée, que le pieux journaliste catholique ne dédaignait pas de courtiser à son heure, s'était étendue jusqu'au grand public, à celui qui est aussi étranger aux bonnes lettres qu'aux controverses religieuses. M. Louis Veuillot était un journaliste de premier ordre, avec de rares et fortes qualités d'écrivain; il faisait beaucoup de bruit; et ses retentissantes polémiques attiraient l'atlention; il s'était fait, pour parler des hommes et des choses les plus respectables, une manière qui n'appartenait qu'à lui, avec une verve hardie et sottisière, et une langue rude, saine, puissante, merveilleusement propre à la satire et à l'ironie flétrissante : il n'en fallut pas davantage pour faire crier, un peu vite et un peu haut ptMit-ètre, au génie sans rival d'un Saint-Simon de sacristie. Il y aura beaucoup à rabattre de ces exagérations. Sans doute, dans son parti, M. Louis Veuillot a été un lutteur hors de pair, pourvu de dons précieux; et cet improvisateur quotidien livrait souvent à sa feuille des pages admirables dont plus d'une mérite de rester. Mais la critique sérieuse a déjà démêlé les qualités et les défauts de cette prose si souvent monotone dans ses effets, où l'on ne sent ni souplesse ni finesse, qui n'a jamais servi à exposer une idée, à poursuivre une discussion, mais uniquement à peindre des ridicules, à flageller des personnalités, à jeter à tout venant l'injure et l'outrage. Il y a dix-huit volumes d'articles de M. Veuillot réimprimés : qui les lit aujourd'hui? On y trouve cependant des chefsd'œuvre, quand on va les y chercher. Mais, encore une fois, qui, dans la postérité, se donnera celle peine?

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