LOUIS VEUILLOT
Ce n'est donc pas comme écrivain, n'en néplaise à ses flatteurs, que le nom de M. Louis Veuillot est assuré de ne point périr, mais comme homme de parti, comme chef de la petite troupe vaillante et fidèle qui, ayant arboré en France le drapeau de l'ultramonlanisme militant, a fini par vaincre toutes les résistances : elle a réduit au silence et à la subordination les laïques, le clergé, l'épiscopat, toute l'Église de France et l'a jetée aux pieds du pontife romain! M. Louis Veuillotn'a point le mérite d'avoir ouvert la voie. M. de Lamennais, qui avait un bien autre génie, l'avait indiquée avant lui, et l'on sait comment ses nouveautés efFrayèrent la vieille curie du Vatican. Le journaliste, de V Univers, un néophyte tard venu qui n'en fut que plus ardent, comprit qu'il ne fallait pas alarmerRome, mais la servir selon l'esprit romain, en choisissant bien ses guides, ses patrons, son heure et son moment, sans rien céder, sans biaiser, en allant droit aux difficultés. Le même jour vit M. Louis Veuillot chrétien, catholique et ultramontain. Il se trouva tout cela sans biensHvoir ceque tout cela signifiait, car la théologie n'était pas son fort, tant s'en faut, et il avait mieux à faire qu'à s'instruire pour livrer les combats salissants où il excellait. Du moment qu'il se savait dans le sens de l'Église romaine, il n'avait rien à demander de plus. Quel que fût l'adversaire, il frappait, quand même les coups devaient tomber sur un évêque. Il fut plusieurs fois repris, tanc<^, averti, réprimandé : finalement, il eut toujours gain de cause. Rome était pour lui, il pouvait aller aussi loin que sa fougue injurieuse l'entraînait; il était sûr qu'au bout du compte il ne perdrait rien, pas même sa cause que souvent
il compromit dans d'indignes débats et de répugnantes personnalités. C'est là qu'est le caractère de la vie de journaliste catholique de M, Louis Veuillot, et le viî attrait de sa carrière si orageusement môlée de bons et de mauvais jours, où on le voit tour à tour parmi les défenseurs d'une liberté religieuse qui va plus loin que les thèses les plus audacieuses de M. de Lamennais, et parmi les abjects panégyristes de l'Inquisition, du pouvoir absolu, des coups d'Etat accomplis parla force et le crime au service de l'Église. A travers toutes ces transformations, toutes ces métamorphoses, M. Louis Veuillot marchait à son but, qui était le triomphe delà Compagnie de Jésus par la proclamation de l'infaillibilité personnelle et séparée du pontife romain, en dehors du consentement de l'Église. Cette proclamation a eu lieu le 16 juillet 1870, au concile du Vatican, pendant un orage qui frappa tous les assistants. Pie IX put lire lui-même, à la veille d'être le prisonnier du Vatican, cette formule du nouveau dogme, qui changera tout dans l'Eglise. Ce jour-là, M. Louis Veuillot aurait pu rendre l'esprit ; il n'avait plus rien à faire, et sa tâche était accomplie. Le pape selon son idéal était sur le trône de Pierre, et l'univers catholique était courbé sous sa main. Mais l'Église était ébranlée jusqu'en ses derniers fondements, et toutes les conséquences de cette politique d'orgueil ne se sont pas déroulées encore. C'est là le secret de l'avenir.
Pour en arriver là, M. Louis Veuillot, travaillant en France, c'est-à-dire dans le pays le plus hostile aux plans ambitieux de la curie romaine avait dû ne nculer devant rien. Son talent plein de haine et de liei ,