DUFAURE
tique de cet austère citoyen; sous ce rapport, M. Dufaure a été un véritable modèle : enfin, l'aversion profonde, à peine dissimulée, même quand cela était commandé par la politique, que cet homme d'État éprouvait pour la démocratie. Voilà tout ce que l'on peut dire aujourd'hui ; peut-être la postérité ne dirat-elle rien de plus, car M. Dufaure n'est pas de ceux que la mort grandit. Hàtons-nous d'inscrire son nom parmi ceux des hoaimes qui ont aidé à fonder la Repu blique, car l'histoire pourrait bien l'oublier.
xxxu JULES FAVRE
M. Jules Favre était né à Lyon le 21 mars 1809, il allait accomplir sa soixante et onzième année quand il est mort à Versailles. Sa carrière publique avait commencé en juillet 1830. Il a été ainsi, pendant un demi-siècle, mêlé aux luttes politiques de son temps et de son pays, et presque toujours dans les premiers rangs. Quel que soit le jugement que portera l'histoire sur l'homme qui a fourni une carrière aussi longue et aussi agitée, la postérité verra en Jules Favre, avec ses mérites et ses défauts, ses services et ses erreurs, une des grandes figures du parti républicain.
II s'était enrôlé dans ce parti dès les temps de sa jeunesse. Le 29 juillet 1830, la bataille des rues à peine terminée, il demandait dans le National l'abolition delà royauté et la convocation d'une assemblée constituante. C'était le programmedes jeunes hommes les plus en vue du parti républicain d'alors, notamment de Godefroy Cavaignàc, de Jules Bastide qu'il
assista plus tard comme sous-secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et qui est toujours resté son ami, A quarante-cinq ans de distance, dans une des séances les plus orageuses de l'Assemblée de Versailles, le 22 janvier 1875, il défendait la Révolution française contre les attaques de l'un des revenants de l'ancien régime, M. de Garayon-Latour, avec une véhémence passionnée, et une éloquence hautaine et terrible : ce fut son dernier effort à la tribune, sur laquelle il avait jeté tant d'éclat. Ses convictions n'avaient pas changé, et la grande flamme des anciens temps embrasait ces suprêmes paroles, dignes de ses plus beaux jours. Il était donc bien du parti, et nul ne saurait prétendre l'en exclure. Il l'a servi sansjamais l'abandonner. Tout en le servant avec un dévouement qui n'a fait défaut en aucune occasion, il lui a causé plus d'une fois, avec des dommages souvent irréparables, des déceptions, des déboires, une irritation qui allaient jusqu'à la colère et au ressentiment. Aussi bien le parti ne saurait le renier, sans renier sa propre histoire et sans la déchirer, à la grande joie de nos ennemis, car le nom de Jules Favre y est inscrit à toutes les pages. Mais, par une sorte de privilège accablant et douloureux, ce nom, qui rappelle tant d'éloquence indignée etamère, mise au service de la plus juste et de la plus noble des causes, se lira en caractères ineffaçables et sinistres aux pages les plus sombres de nos annales républicaines.
Tel il apparut au parti, pour la première fois, dans les circonstances mémorables du procès des accusés d'avril 1834, tel il fut toujours, aussi bien dans les Assemblées que dans le gouvernement : personnel.