‹ Figures disparuesChapitre 7 sur 38 · AVANT-PROPOS. XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XI

bonne besogne. Qu'importe que ceux dont tu écris aient été nos amis ou nos adversaires; ii faut les traiter avec une égale justice. Après tout, ils ont compté parmi les Français les plus élevés et les plus considérables de notre temps. Ce n'est pas à nous d'amoindrir le patrimoine moral de la patrie. »

Je ne pense pas à ces choses et je n'en écris pas sans une vive et naturelle émotion. Tout écrivain, quel qu'il soit, qui reprend vingt années de sa vie de publiciste pour la remettre sous les yeux du public, doit éprouver une impression de mélancolie que, pour mon compte, je ne songe pas à dissimuler. Depuis vingt ans, que de figures disparue's! que de morts illustres et déjà oubliés! que de fosses ouvertes et fermées, sur lesquelles traînent les ronces de l'ingratitude et dont il devient déjà difficile de lire les noms, sans parler de cette tombe toujours béante qui a englouti, bien avant l'heure, hélas ! l'être privilégié, incomparable, vraiment unique, à qui je m'étais donné tout entie. aux belles heures delà jeunesse, que j'ai aimé, souten /, défendu dans tous les actes de sa glorieuse vie, et qui maintenant n'est plus là pour nous éclairer de ses conseils, nous réchauffer de sa parole, nous assister de son action toute-puissante! Mais je le dis avec une foi profonde, son esprit nous reste. J'entends par là que Gambetta, ce grand fils du peuple, a laissé dans la démocratie française une empreinte, des traces ineffaçables. Il en est parmi nous qui font tout ce qu'ils peuvent pour le faire oublier. Ils ont renié sa méthode politique, comme ils niaient ses services. Ceux qui ont outragé sa personne de son vivant refusent de reconnaître son génie, maintenant qu'il est mort : quoi de plus naturel? Tout cela passera. Ce qui ne passera point, c'est la cause généreuse que Gambetta servait avec une supériorité de vues et de moyens hors de comparaison avec

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