‹ Figures du théâtre contemporainChapitre 12 sur 49 · M. EDMOND ROSTAND · texte numérisé non relu

M. EDMOND ROSTAND

C'est une figure — incontestablement une figure — et la plus populaire qui ait paru dans la littérature dramatique de ce temps. Le lendemain du jour où, par l'organe d'un interprète fameux, M. Edmond Rostand claironnait son Cyrano aux quatre coins de l'Europe, ce fut comme s'il venait de livrer un assaut pour conquérir une place qui semblait vacante depuis la mort de Victor Hugo Si, pratiquement, en effet, la palme du Théâtre moderne appartient à des écrivains divers, dont les trois plus célèbres, MM. Hervieu, Lavedan et Donnay, se partagent la faveur dont bénéficiait autrefois Dumas fils, il n'est, à l'heure présente, qu'un seul prestige incontesté dans le domaine du Théâtre en vers, et c'est celui de l'auteur de Cyrano. Depuis lors, la Renommée, cette enjôleuse, qui pour tant d'autres est une courtisane, se donnantpuis se reprenant tour à tour, lui dispensa ses faveurs avec une constance inlassable. Ses moindres vers furent attendus, escomptés, portés aux nues... Ses

plus petits gestes, commentés, photographiés; ses déplacements prirent une importance comparable à celle des Souverains qui voyagent pour régler le sort des Etats. Enfin, prodige sans précédent dans l'histoire littéraire, l'œuvre qu'il préparait, et depuis des années remettait à donner, s'auréola, dès avant même qu'on en connût une ligtie, d'une manière de légende entretenue par les mille voix de la Renommée, et conquit une faveur comparable à celle dont bénéficièrent, mais seulement après la période des amertumes et des luttes, les plus authentiques chefs d'œuvre de l'esprit humain. Heureux homme ! Homme trop heureux ! à qui tout fut aisé, qui ne connut même pas une fois dans sa vie l'épreuve fertilisante de l'infortune!.. Si toutefois la puissance d'illusion poétique n'est point parvenue à abolir toute clairvoyance en lui, songea-t-il à esquisser le geste symbolique par où l'on conjure le destin, forcément jaloux de tant de chances accumulées.^ Ou, pour parler un langage plus prosaïque, prononça-t-il jamais, en son for intérieur, les brèves et simples paroles que le bon sens dictait à la mère du grand Empereur : « Pourvu que cela dure ! »

Question que chacun se pose... amis enthou-

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