EDMOND ROSTAND IIS
de L'Aiglon, dans la scène qui précède l'irruption de Flambeau :
Oh ! toi, qui que tu sois, ami, c'est à mains jointes Que je te remercie, ô soldat inconnu, Qui je ne sais comment, je ne sais d'où venu A trouvé ]emoyen,danscebagne oùnoussommes. De repeindre pour moi tous ces petits bons-hom-
[mes !
Et ceci encore, après la déclaration de Flam beau, dans l'apostrophe à Marmont :
Dans le livre aux sublimes chapitres.
Majuscules, c'est vous qui composez les titres. Et c'est sur vous toujours que s'arrêtent les yeux ! Mais les mille petites lettres ce sont eux! Et vousne seriez rien sans l'armée humble et noire Qu'il faut pour composer une page d'Histoire!
Il y a ici filiation certaine, sans désaveu possible, et M. Rostand apparaît bien l'authentique héritier du plus prestigieux jongleur de mots qu'ait connu notre langue. Il aurait vraiment mauvaise grâce à s'en plaindre, puisque cet héritage, c'est sa fortune littéraire. Il a triomphé par la Tirade ; à elle il doit sa célébrité. Ne nous y trompons pas : il est le seul auteur vraiment populaire que nous possédions à l'heure présente, et de cette popularité nous tenons un signe certain : comme pour un
Il6 LE THEATRE EN VERS
opéra fameux, dont les connaisseurs fredonnent, avant de l'entendre, les airs saillants, ainsi les fanatiques de M. Rostand savent par cœur les morceaux de bravoure qui font comme le point culminant de ses pièces.
Voilà donc une situation unique, justifiant surabondamment, aux yeux de qui connaît la nature humaine, des jalousies et des rancunes qui ne trouveraient satisfaction que dans une brusque volte-face de la fortune. Nous ne faisons pas ici de critique historique, et n'avons pas à rechercher si tel personnage de troisième plan qui figure dans L'Aiglon, et sert à consolider l'intrigue, pouvait réellement se trouver à la cour de Vienne à la date où M. Rostand l'y plaça : ce sont chicanes d'écrivailleurs^ de farfouilleurs d'archives, de rats de bibliothèque, trop heureux s'ils prennent en flagrant délit d'erreur un écrivain qui a conquis la célébrité : éternel emploi de Beckmesser, qui marque les fautes et les souligne de sa voix de fausset! Le personnage fait-il bien dans le drame ? c'est un motif suffisant pour justifier sa présence. Nous ne faisons pas davantage de critique littéraire, et nous préoccupons assez peu de savoir, si les différentes coteries de poètes qui, d'ailleurs, entre elles,