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PREFACE XIII

la caricaliire. Mats, toute proportion gardée, l'habitude est une si despotique maîtresse qu'il y faut voir seuletîient V outrance de la routine. Après trente années de pratique quotidienne, le critique dramatique ne peut guère faire un autre geste que celui de cet expéditionnaire pour recopier ses propres articles.

La seule chance quait l'écrivain d'échapper à la routine, ce sont les vues d'ensemble sur son art, et la première, la plus impérieuse, sera une doctrine, qui lui per?nettra de faire le départ entre une production de l'esprit et une tentative purement mercantile. Multiples sont les signes où s'exercera son discernement. Vous connaissez ces peintres qui passent dix années de leur vie à chercher le filon favorable, la veine à exploiter, le genre qui aura quelque chance de s'insinuer dans les faveurs du public, puis qui, l'ayant une fois trouvé, consacrent le restant de cette vie à rééditer cette même formule: telle est asse^ exactement limage de la plupart de nos entreprises dramatiques. Il fut une heure oii la terreur rendait son maximum d'effet sur les nerfs du spectateur : ce fut à qui renchérirait sur ce mode gross'er de conquérir les suffrages. Durant toute une période, la pièce policière, issue des mœurs anglaises et américaines, eut un succès retentissant

XIV PHÉFACE

et garda V affiche pendant plusieurs saisons. Dans les corridors des théâtres, on entendait vanter le Jlair des directeurs qui avaient eu la fortune de mettre la main sur les plus habiles détectives. Il va de soi que l'art dramatique na rien à voir avec ce genre de spéculations .

Le malheur veut que le Théâtre soit, plus que tout autre genre, assei'vi à des exigences matérielles. Les capitaux engagés dans une entreprise qui exige tout tin ensemble d'efforts collectifs, les risques à courir chaque fois qu'une pièce nouvelle s'inscrit sur l'affiche, constituent autant d'empêchements à l'initiative de ceux qui voudraient n'avoir égard qu'aux considérations d'esthétique. Il est exact que la plupart des scènes sont aux mains de syndicats chez qui se confondent intérêts matériels et moraux, puisque leur apport personnel est la garantie de leur tour de rôle devant le public. Quant aux autres, elles ne résistent guère à l'appât de la forte somme qui couvre leur risque en cas d'échec, et, dans l'hypothèse d'un succès, leur assure un supplément de bénéfice. C'est la route à peu près barrée pour qui se présente avec son seul manuscrit dans la main. Que répondre aux justes doléances des Jeunes, qui, fussent ils porteurs d'un chej d' œuvre, n'arriveront même pas à le faire lire des Directeurs,

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