‹ Figures et choses protestantes; l'apôtreChapitre 2 sur 11 · PREFACE III · texte numérisé non relu

PREFACE III

car je de fie un lecteur impartial, ne sachant rien de moi, de dècoui'rir, en lisant l'Apôtre, à quel groupement ecclésiastique f appartiens. Le Protestant, d'ailleurs, Va loyalement reconnu, et même il me Va reproché. Ce reproche ni a été infiniment agréable car il prouve qu'en cela, dit moins, /'ai atteint mon but. J'ai voulu, en effet, peindre les défauts de notre protestantisme, non pas en me plaçant au point de vue d'un parti, mais en me plaçant au-dessus des partis.

Un reproche autrement grave, c'est celui qu'on m'a fait d'avoir écrit un roman à clés. Je ne puis que protester, une fois de plus, contre une pareille accusation. Il n'y a pas de photographies dans mon livre. Milieux et personnages, tout est purement fictif La ville de Brémon est une ville de fantaisie. Le président Lavoulte est un président absolument imaginaire, dont les traits physiques ont été, cependant, modifiés avec soin dans cette deuxième édition, parce qu'ils avaient malencontreusement rappelé, à certains lecteurs, une figure connue du Midi cévenol. T/Apôtrc est un tableau de vie protestante dont les éléments sont tirés de Vcipérience, mais après avoir été, au préalable dissociés, entièrement séparés de leurs groupements primitifs, pour être organisés de façon différente, pour servir de matière constitutive à des décors et à des êtres sans lien

IV PHEPACE

apec le réel, scnipnleiisenient iiweniès selon les lois du roman.

Reste, de tontes les accusations, celle que f ai troin'èe la plus cruelle et la plus grave, V accusation d' ininior alite. Je ne pense pas qu'il y en ait de plus sou<i>erainement injuste. — Certes, je n'ai pas voulu écrire pour la Société des livres religieux de Toulouse, je ii ai pas voulu écrire — du moins au sens ordinaire du mot — un livre d'édification. J'ai voulu tenter une peinture de V amour hors de la légalité, mais liaute, morale et saine. Par une double analyse psychologique parfaitement décente, j'ai voulu montrer les appuis (pie nous trouvons dans la foi cJuétienne contre nos propres passions et les effroyables dangers que courent les plus nobles et les plus spiritualisés d'entre nous lorsqu'ils s'avancent sur le sable mouvant du scepticisme. J'ai voulu montrer que le vieil homme dont parle saint Paul a beau être fardé, paré et vêtu comme un ange, il a tôt fait, par ses impulsions charnelles, de jeter ses parures et de déchirer ses vêtements; tandis que l'homme nouveau, quoique faible et vacillant encore, dompte, presque toujours, les terribles bêtes ancestrales que nous portons en nous et qu'Epiclète appelle avec effroi : le lion de Némée, le taureau d' ErymantJie .

Après la lecture de ces déclarations on aurait

tort, toutefois, de me prendre pour un auteur sottement satisfait de lui. Tout en cojistalant que mon livre a produit (juelque bien — des lettres particulières me le prouvent — tout en espérant (pie mon œuvre n'est pas une erreur, Je crois (juil y a des erreurs dans mon œuvre. Je crois /ju'elle manrjue de sérénité, d'ampleur et de perspective. Je crois (jumelle est trop systématiquement sombre, trop partielle^ enfin, pour nêtre pas un peu partiale. Avec plus de prudence, de modération, f aurais probablement provoque moins de colère. Aussi, oubliant les reproches amers et injustes qui m'ont été adressés, je ne veux me souvenir, désormais, que des conseils judicieux, des avis excellents, des critiques marquées au coin de la vérité et de la ^ai^esse. Ils ne m'ont pas fait défaut non plus. Que ceu.v à qui Je les dois reçoivent ici, publi- /juement, l'expression de ma reconnaissance.

Charles COMBE.

La Baslide-sur-lIIcrs, 29 janvier 1903.

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