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L APOTBE
la foule des médiocres qui auraient des velléités de s'y risquer. Quand on en est là, on berne les deux concurrents l'un par l'autre, en leur faisant croire réciproquement que l'adversaire va triompher. On les amène alors, parla crainte du succès du rival, à un compromis qui consiste dans la retraite de tous les deux. Reste le troisième candidat; il est maintenant seul dans rantichambre : on l'introduit, et il est agréé.
Quelle maîtrise dans l'art de duper ses semblables ! Mais ce n'est point de l'art pour l'art. Si M. Perraut-Magnin refuse, si MM. Cross et Huubourdin, après avoir occupé la galerie le temps nécessaire, se retirent, ce n'est pas uniquement pour que M. de Richemun devienne pasteur de Brénion, c'est aussi, et surtout, pour qu'il épouse Mademoiselle Lavoulte. Oui, mon ami, les fiançailles sont officielles. Ah! j'étais bien aveugle, mais on m'a opérée de la cataracte.
Pierre t'écrit en même temps que moi. Il te parlera d'nutre chose, moi je ne puis pas.
Je t'embrasse.
Bl.AN'CHB.
Madame la Vicomtesse Bcrlhe dé Colp.xon, à Monsieur Louis MÉNAno.
Brémon, le 21 avril.
Monsieur le Pasteur,
Je ne suis pas de celles qui blâment la rareté de voire présence dans les salons. L'accent de vos prédications du dimanche est trop sincère pour que vos actes ne soient pas en accord avec vos paroles. Et si vous faisiez passer l'insignifiance des relations mondaines avant les sérieux devoirs de votre ministère, je serais la première à m'en étonner. J'ai donc parfaitement compris pourquoi, malgré notre insistance, vous avez décliné nos invitations successives de Saint-Gérald et de Brémon, pourquoi, pendant tout l'hiver, vous n'êtes venu nous voir qu'une seule fois, et dans une très courte visite ofTicielle.
Cependant, permettez-moi de vous avertir qu'en persistant à vous tenir loin de nous, vous ne vous déroberiez pas simplement, comme vous pouvez le croire, au néant des obligations de société, mais à une des charges les plus indispensables, me semble-t-il, du pastorat. — Entrée dans le protestantisme sous l'influence
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de vos prédications et par la voie du mariage, j'ai besoin de recevoir une instruction doctrinale plus complète. Mon cœur a été ému, mais mon esprit n'est pas suffisamment éclairé. Il faut que vous m'aidiez h apprendre ce que j'ai seulement deviné et tout ce que j'ignore encore de la Réforme protestante. Il faut que vous fassiez de moi votre catéchumène.
Je voulais vous adresser cette demande de vive voix : l'occasion et le courage m'ont manqué dans votre trop courte visite. Conseillée par mon mari, je me décide à vous écrire, sûre que vous répondrez favorablement à ma requête, parce que vous tiendrez à me confirmer dans la foi h laquelle, sans le savoir, vous m'avez gagnée.
Lorsque vos multiples occupations vous le permettront, vous me trouverez chez moi, le mercredi, de trois à cinq heures, attendant le maître religieux que je sollicite en vous.
Berthe de Gournon.