‹ Figures et choses protestantes; l'apôtreChapitre 9 sur 11 · I.A LUTTIÎ · texte numérisé non relu

I.A LUTTIÎ

Elle ne m'attendait pas, naturellement. Je l'ai surprise dans son boudoir, lisant un volume d'Albert Samaiu. C'est un poète que j'aime. Au moins il ne choque pas l'oreille et je le lui ai dit. « Je le sais par cœur, » a-t-elle répondu en me tendant le livre. Je l'ai ouvert au hasard et, choisissant ce qui tombait sous mes yeux, je l'ai priée, en liant, de me réciter Les Colonie bes. Elle y a consenti de la meilleure grâce. Quelle diction juste et saisissante que la sienne ! Ce sonnet me semble plus beau, depuis lors, et je veux le transcrire ici, pour que sa voix chante encore sous ma plume :

Partout la mer unique élreint l'horizon nu, L'horizon désastreux où la vieille arche flotte ; Au pied du mât penchant l'espérance grelotte. Croisant ses bras transis sur son cœur ingénu.

Depuis mille et mille ans pareils, le soir venu, L'Ame assise à la barre, immobile pilote, Regarde éperdument, dans l'ombre qui sanglote, Les colombes s'enfuir vers le port inconnu.

Elles s'en vont là-bas, éparpillant leurs plumes A travers le vent fou qui les cingle d'écumes, Ivres du vol sublime enfermé dans leurs flancs ;

Et, chaque lendemain, au jour blême et cynique, L'arche voit surnager leurs doux cadavres blancs. Les deux ailes en croix sur la mer ironique.

Quand elle eut fini, comme j'avais cru deviner, dans son accent, un écho de douleur per-

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sonnelle, j'ai murmuré : « Beaucoup de nos espoirs, heureusement, n'ont pas un tel sort. » — « Si, je pense que c'est le sort commun de tous les rêves humiiins, » a-t-elle affirmé doucement, et la tristesse a noyé ses yeux. J'aurais dû répondre que ce n'était pas là une parole chrétienne, j'ai craint de faire le sermonneur et je me suis contenté de remarquer qu'il fallait que Saniain fût soft poète favori, pour qu'elle eût ainsi appris par cœur son œuvre. Elle m'a regardé en souriant, puis, lentement, sans pose littéraire : « Je me suis beaucoup nourrie des parnassiens, en particulier de Leconte de Lisle. Maintenant je leur préfère les symbolistes ; il y a trop de soleil et de netteté chez les autres ; j'ai besoin d'ombre, de nuages, de rêve. Le vers traditionnel même est trop précis. Connaissez-vous Francis Jammes ? C'est un poète délicieux. » J'ai répondu que je ne pouvais pas réussir h goûter le vers libre. Alors, h ma prière, elle m'a lu des vers de ce Francis Jammes que j'ignorais et aussi de Stuart Merrill, de Francis Vielé-Griiïin, d'Emile Verhaeren et, à mon grand étonnemcnt, il me semblait découvrir, en l'écoutant, des rythmes inconnus, des cadences mystérieuses, une harmonie nouvelle, intime et pénétrante qui me remuait l'âme...

Brusquement, elle s'est interrompue pour me demander : « Et, h propos, votre synode ?» — « Je l'ai lâché, je m'y assommais. » «Je vous remercie, c'est flatteur pour moi ! Quand je vous verrai venir dorénavant, je me dirai : Bon, c'est encore la fuite d'une corvée ! » Elle raille divinement. Son rire, comme ses larmes, tout me séduit, tout me captive en elle. Aussi — il faut que j'en fasse l'aveu par écrit, quoi qu'il m'en coûte — ce soir, pendant le sermon, ma pensée est retournée vers cette sœur chérie, et je n'ai rien entendu. Pourtant, c'est mal ! Même un sentiment fraternel ne doit pas absorber à ce point.

Î2 juin.

Madame Garil vient de me faire une nouvelle scène à propos des méthodistes. Elle prétend qu'il se trame quelque chose, qu'un mouvement sectaire est sur le point de se produire, que M. Pomier-Smith continue, par ses lettres, à attiser la flamme dissidente. Elle veut que je visite les nouveaux convertis pour neutraliser auprès d'eux son action. La bonne lemme est une nationaliste enragée, Pour elle, la chapelle à côté du temple, c'est l'abomination de la désolation, comme pour M. le professeur R(»ure

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l'alliance avec les radicaux... Elle ne relrouve pas chez moi son fanatisme, et cela l'irrite et l'aigrit. Elle devient hargneuse, acerbe, mordante. Je ne sens plus en elle la sympathie affectueuse d'avant. Elle m'épie avec malveillance, elle se fait auprès de moi l'écho de tous les racontars désagréables. Enfin, pour tout dire, elle s'occupe de choses qui, jusqu'à maintenant, ne l'intéressaient pas, étaient hors de son champ d'activité et, même, de son horizon intellectuel. Serail-slle le pantin dont une main savante tire la ficelle ? Je souffre de ce changement. Au début, elle observait une neutralité bienveillante qui, à la longue, s'était transformée en attachement véritable; mais, actuellement, il n'y a plus de doute, c'est l'hostilité.

L'hostilité, d'ailleurs, je la sens partout. A la dernière séance du conseil, il me semblait que j'étais entouré d'un mur de glace. M. Rinval gardait pour moi une réserve attristée ; la plupart des autres conseillers avaient à mon égard des manières et des mines contraintes. M. Bréquet, seul, était plein d'effusion, multipliait les serrements de mains et on voyait, étant donnée la nature du personnage, que la cause de son amabilité provenait uniquement de la froideur de ses collègues, qu'elle soulignait

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ainsi d'une façon pénible. Je ne parle pas de M. Cénac qui afTecte de m'ignorer. Celui-là, au moins, je sais pourquoi. Quant à Richemun, s'il n'a pas l'attitude railleuse de son beau-père, il n'est pas cependant correct avec moi. On l'a félicité, en ma présence, d'avoir pris la direction du cercle; on l'a remercié chaudement, comme s'il apportait le salut à la jeunesse. On aurait dit que j'étais mort. Pourtant il n'y a rien là d'odiciel, c'est une simple entente entre nous deux. Il a, néanmoins, accepté très naturellement, sans sourciller, les félicitations. J'ai trouvé la chose forte.

i3 Juin.

Je suis allé voir Blanchon, l'anarchiste, qui se meurt de la phtisie. Cet homme-là m'avait plu- -sieurs fois écouté avec intérêt. Aujourd'hui, il a ■été d'une violence et d'un cynisme inouïs, d'une verdeur d'images, d'une brutalité d'expressions telles que je n'ai jamais rien entendu de pareil.

Il a commencé par traiter tous les bourgeois <lc coquins qui exploitent le peuple. Pour lui les pasteurs sont des comédiens comme les -curés, leur bondieuserie est un truc pour «outirer de l'argent au pauvre monde, pour exploiter les imbéciles et faire la noce en secret.

L AI'OTIIE

Nous voulons nourrir le menu frelin de paroles sucrées pour que les gros puissent nian« ger et digérer à leur aise ; nous sommes lesmeilleurs gendarmes des privilégiés, ceux qui les défendent le mieux contre les justes revendications des prolétaires, etc., etc. Il se promenait au milieu de la chambre, encombrée de caisses, de livres, de prospectus et de journaux, sa crinière rousse débordant sur ses épaules, les yeux brillants, les pommettes enflammées, l'haleine saccadée et sifïlante, semblable à un fou furieux. J'ai voulu le calmer par des paroles conciliantes, mais il s'est emporté de plus belle : « Je vous dis que vous êtes tous des jouisseurs infâmes! vous entendez? Vous êtes des anthropophages, vous vivez de notre sueur, vous buvez notre sang. Vous êtes des bouchers, et nous sommes vos éternels moutons ; vous nous écorchez, vous nous écartelez, vous nous débitez par tranches, vous tordez et videz jusqu'à nos entrailles. Mais — et tout à coup il s'est redressé et a pris l'aspect d'un prophète en démence, dont les yeux fauves voient les incendies et les effondrements de l'avenir — mais le jour rouge de la Révolution approche^ où nous détruirons vos palais, pourris par vos débauches, où nous ferons sauter vos églises^

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VOS temples et toutes les blagues dont vous nous bernez ; où nous crèverons vos ventres gonflés de pourceaux à l'engrais, où nous vous écrabouillerons dans vos lits de paillards et dans vos auges de goujats ! » Un flot de sang a jailli de sa bouche et il est retombé sur sa chaise, blanc comme un linge, épuisé. Je lui ai pris la main (jui élait moite et tremblante, et j'ai encore «ssayé de calmer celte âme, exaspérée par les •échecs de la vie, par les privations, par les maladies, par les chimères de l'anarchisme. Je lui al parlé doucement, doucement, comme à un petit enfant : « Voyons, Monsieur Blanchon, vous savez bien (pie je ne suis pas de ceux qui disent que la bourgeoisie est sans reproches, <(ue la société est parfaite, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes ? Pensezvous que j'aie quelque intérêt personnel ii venir vous voir maintenant, que c'est autre chose que la sympathie qui me conduit chez vous ? Répondez-moi franchement, ne me croyez-vous pas sincère? » Il m'a regardé, puis, d'une voix âpre et mauvaise : « Vous, Monsieur Ménard, c'est vrai, je ne vous croyais pas comme les autres, je vous croyais du côté des malheureux. 11 paraît <[ue je me suis trompé. » A ma mine stupéfaite il a vu que je ne comprenais pas, alors il a ajouté.

avec un sifflement qui m'a semblé celui d'une vipère : « Faites pas l'innocent, on le sait, allez, que vous n'en sortez plus de l'hôtel de Cournon. Vous préférez la compagnie des vicomtes et des vicomtesses à la nôtre; vous aussi, vous êtes un farceur et un cafard, pardessus le marché ! » J'ai senti les larmes envahir mes yeux et il m'a semblé que je recevais au cœur un coup de poignard.

15 Juin.

M. Pomier-Smith vient de m'écrire loyalement ce qui se passe. Plusieurs personnes de Brémon le prient de fonder ici une congrégation métkodiste. Il ne veut pas saisir la Conférence de leur requête sans me prévenir. Il proteste qu'il ne s'attendait pas à ce qui arrive. Il n'avait, afiirme-t-il, aucun dessein ecclésiastique, lorsqu'il m'a engagé à me joindre à lui. Maintenant, il désire connaître mon avis sur l'opportunité de cette demande et déclare qu'au cas où je serais hostile à ce que la Conférence y réponde favorablement, il la combattra de tout son pouvoir. Je suis perplexe. Quel conseil lui donner? Parmi ces néophytes wesleyens, il y a pas mal d'oiseaux migrateurs, je le sais, de natures inconsistantes, d'esprits

changeants, qui ont été salutistes, baptistes, darbistes, qui éprouvent conlinuellement le besoin d'aller ailleurs, qui confondent le nouveau et le vrai, qui sont tour i\ tour de Paul, d'Apollos, de Céphas, mais qui sont moins sûrement de Christ. D'autre part, il peut se faire que la froideur de notre grand temple ne suffise pas h certaines âmes. Et puis, quoi ? c'est la liberté de conscience ! Si des gens veulent nous quitter pour aller chez les méthodistes, ils sont bien libres ! Le malheur est que j'ai prête un concours actif h M. Pomier-Smith pour tenir des réunions qui aboutissent h un tel résultat. J'irai, demain ou après-demain, quand j'aurai mieux réfléchi, communiquer sa lettre à M. r^avoulte. Il faut s'attendre, selon toute apparence, au déchaînement d'une belle tempête.

n Juin.

Je suis atterré ; Fesquet avait complètement raison: M. Lavoulte n'a de chrétien que le nom. Il est diplomate, habile homme, charmeur, voire orgueilleux, autoritaire et cassant h ses heures; il est tout ce qu'on voudra. Mais jamais, au grand jamais, la moindre parcelle de christianisme n'a pénétré en lui. L'égoïsmc le constitue et l'Evangile n'a servi qu'à le badigeonner.

C'est le loup revêtu de la peau du berger et animé de IVime du renard. Il prêche en chaire les sentiments que Jésus-Christ a eus, et il a le cœur plein des ruses de Satan. Son attitude h mon égnrd est vraiment inqualifiable. Il interprète jésuitiquement mes intentions, il incrimine déloyalement mes actes. Il m'accuse d'être infidèle à mon église, de chercher les dissensions et les querelles par amour du bruit, de troubler la paix de la paroisse par des procédés d'anarchiste, d'être un mauvais caractère, un brouillon, un esprit déséquilibré, chimérique et faux. Il est, désormais, résolu h combattre énergiquement mes folies et leurs conséquences. Il fera tout au monde pour que les wesleyens n'érigent pas une chapelle àBrémon, et la seule perspective d'une pareille éventualité le remplit de rage et d'une furibonde indignation. Mais son opposition absolue vient moins des raisons graves qu'il m'a données l'autre fois, que delà crainte de paraître un jobard, un naïf, un maladroit, comme tant de ses collègues. Pourquoi l'église nationale est-elle seule maîtresse du terrain dans Brémon? Pourquoi une masse de dix mille protestants a-t-elle évité le pullulement des sectes jusqu'à ce jour ? Ce n'est pas parce que le culte officiel a suffisamment répan-

du de chaleur sur les âmes, c'est parce que l'incomparable stratège Lavoulte, manœuvrant avec une adresse infinie, a su maintenir intact le troupeau somnolent dans l'herbe rare, a su empêcher, par sa finesse, ses procédés, ses trucs, les désagrégations menaçantes. Et, s'il y est parvenu jusqu'ici, grâce h son art suprême, ce n'est pas afin de conserver la force par l'unité, afin d'accroître la puissance d'expansion par la concorde intérieure — ■ il s'en moque bien de l'expansion protestante ! — non, c'est afin de montrer, dans sa personne, au corps sacerdotal ébloui, le premier tacticien ecclésiastique du siècle et le pasteur excellent qui ne perd pas une de ses brebis. C'est, aussi, parce que les dissidences sont souvent des stimulants ennuyeux. Il faut lutter, il faut déployer du zèle pour empêcher qu'elles ne s'accroissent, il faut £nultiplier les réunions, les visites, que sais-je encore ! Il faut subir les tracas de la concurrence, et Monsieur n'en veut pas. D'où son irritation terrible contre moi, espèce de touche-àtout qui viens mêler les cartes et compromettre un si beau jeu, qui n'écoute rien, qui n'agis que par coups de tête et fourre toujours les pieds dans quelque plat. Eh bien ! il m'a assez supporté ! Maintenant il met un point final h son

indulgence, h ses conseils, à ses exhortations, à ses prières. Il va employer la manière forte : Ou je plierai, ou il me brisera. Je suis averti. Blanc-bec, qui prétends faire la leçon aux favoris expérimentés, j'aurai le fouet, si je ne me tais pas; écervelé, qui prétends mener les sages, on me douchera pour me calmer, emballé qui rue dans les brancards, on me serrera le mors de la belle façon. Le temps de me mater est venu. M. Lavoulte retrousse ses manches et, belluaire intrépide, s'apprête h dompter ou à tuer la bête fauve qui ravage les champs du Seigneur. Un ultimatum formel a clos notre entrevi e. J'écrirai h M. Pomier-Smith de rester chez lui, de nous ficher la paix, en le prévenant qu'au cas où il ne suivrait pas mon avis, je le traiterai publiquement d'hypocrite et d'infâme menteur, je l'accuserai de s'être servi de moi déloyalement. Voilà ce que j'écrirai h M. Pomier-Smith, ou bien M. Lavoulte convoquera le conseil, le saisira oiricicllemcnt de ce qui s'est passe et je serai le bouc émissaire, l'âne galeux d'où viendra tout le mal, l'infortuné baudet harcelé par les haros de la paroisse entière...

Si M. Lavoulte a cru me faire marcher par la menace, il s'est trompé. Jamais la peur n'a dicté ma conduite, elle ne commencera pas aujour-

d'hui. J'étais perplexe, je l'avoue ; j'hésitais, je ne savais pas trop ce qu'il fallait répondre. Mais, maintenant, je le sais. J'écrirai à M. Potnier- Smith d'agir selon sa conscience, sous le regard de Dieu, au mieux des intérêts de l'Evangile. J'ai signifié ma résolution à M. Lavoulte, avant de le quitter. Alors il est devenu rouge de colère, et il m'a dit : « Ah ! c'est comme ça ! ah ! vous ne voulez jamais accepter le moindre avis, vous êtes un agité dangereux, eh bien ! nous vous mettrons la camisole de force ! » Puis, avec des yeux mauvais, au fond desquels a passé un éclair de haine railleuse : « Au fait, je devais m'y attendre, car vous ne m'avez écouté qu'une seule fois, Monsieur le chapelain ; mais, cette fois-là par exemple, il faut que j'en convienne, vous avez admirablement suivi mon conseil ; vous êtes même en train de le dépasser. »

21 juin.

Voilà le jour de ma plus grande épreuve. Les événements m'ont à ce point ébranlé que je me demande si je suis encore pour moi-môme, si M. Lavoulte n'a pas, en partie du moins, raison contre moi. Mais ce que je constate, une fois de plus, c'est sa souplesse et sa dextérité, c'est aussi son art merveilleux d'avocat et d'accusateur, sa

puissance satanique de charmer et de convaincre, sa fascination de serpent...

'J'étais l'accusé, et M. Lavoulte le ministère public. Quel réquisitoire, mes amis ! Le plus loyal, le plus modéré, le plus bienveillant, le plus simple en apparence ; le plus fourbe, le plus violent, le plus haineux, le plus habile en réalité. Il a produit une impression désastreuse pour moi et même sur moi. Il me semblait ■([u'une main caressante m'effleurait et que, cependant, par un prodige incroyable, elle me laboarait les chairs impitoyablement... Jamais paroles ne m'ont h ce point ému ; aussi pour ne pas les oublier, pour pouvoir les juger impartialement, lorsque j'aurai recouvré mon sang-froid, je veux les écrire, ici, maintenant, avec autant de fidélité que ma mémoire, toute vibrante encore, me le permettra.

« Messieurs, a dit M. Lavoulte, une congrégation méthodiste est en train de s'organiser à Brémon. Je tiens à dégager ma responsabilité devant vous. Jusqu'ici les tentatives de dissidence ont échoué, grâce h la fidélité évangélique de vos pasteurs, grâce a leurs efforts pour conduire ix la source d'eau vive les âmes altérées. Comment se falt-il donc qu'il n'en soit plus ainsi ? Ai-je apporté moins de zèle et de vigi-

lance dans l'exercice de ma charge pastorale ? Ai-je commis quelque imprudence? Ai-je froissé certains membres du troupeau ? Je crois pouvoir répondre : Non, avec une entière certitude. Quelle est donc la cause de ce qui arrive, Messieurs ? Il m'est pénible de le dire, et, cependant, il le faut. Ce qui provoque le mouvement actuel hors de notre église, c'est la conduite de M. Ménard. Je suis absolument navré d'avoir à le constater devant vous, car vous savez l'afTeclion que j'ai pour lui. 11 a gagné mon cœur dès le commencement. C'est à moi, je pense opportun de le rappeler maintenant, qu'il doit d'être aujourd'hui pasteur h Brémon. Je l'ai guidé, avec une constante sollicitude, dès le début de son ministère, je lui ai montré les écueils, je lui ai conquis les sympathies, j'ai travaillé de mon mieux à réparer ses imprudences, h combattre le mauvais effet de certains de ses actes inconsidérés, h faire agréer certaines innovations qui lui tenaient particulièrement à cœur et qui, pourtant, ne me convenaient guère. Personne n'a plus que moi rendu justice h son talent qui est de premier ordre, il son zèle eti\ sa piété que j'admire. Je lui ai ouvert ma maison comme au plus intime ami, je l'ai aimé, je l'aime encore comme mon enfant. Aussi, Messieurs, c'est pour moi un très^

douloureux devoir que de lui adresser des reproches devant vous, et il ne faut rien moins que la plus impérieuse des nécessités, pour me résoudre h user de ce moyen extrême.

« Lorsque M. Ménard est venu me confier que M. Pomier-Smith l'invitait à tenir avec lui des réunions ici, j'ai fait le possible et l'impossible pour le décider h refuser, je lui ai montré les dangers — ([ui, hélas, n'étaient pas chimériques, nous le voyons malheureusement — d'une telle entreprise, comment on se servirait de lui pour tirer les marrons du feu. Et, quand j'ai compris que raisonnements et prières ne suffisaient pas pour le convaincre, je suis allé jusqu'à la menace. Tout a été inutile. Mes services passés, •mon amitié infatigable, mes supplications et mes gronderies, rien n'a prévalu contre son entêtement. 11 s'est précipité, aveugle et sourd, dans le piège qu'on lui tendait. Lorsque les résultats déplorables de cette x^onduile téméraire ont commencé à se produire, M. Pomier- Smith lui a écrit, hypocritement, qu'on sollicitait son intervention ecclésiastique, que des membres de l'église de Brémon demandaient î» passer au méthodisme et h se constituer en paroisse distincte. Seulement, comme M. Smith avait, au début de ses réunions com-

mîmes avec M. Ménard, déclaré solennellement qu'il faisait de l'évangélisation pure, force lui était d'ajouter, dans sa lettre, que, si M. Ménard le désirait, il travaillerait ii enrayer le mouvement et h l'arrêter. M. Ménard est venu me communiquer cette lettre. J'ai cru que, cette fois pourtant, docile à mes conseils, il allait répondre h M. Pomier-Smitli comme il fallait, pour tâcher de le contraindre moralement h réparer le mal dont il était la cause. Mais M. Ménard s'est refusé à rien écrire dans ce sens. Et alors, Messieurs, je vous ai réunis pour dégager ma responsabilité, pour vous soumettre la conduite de mon jeune collègue et, enfin, pourvous en laisser les seuls juges; car, en ce qui me concerne, je sens bien que, malgré mon indignation, les sentiments alTcctueux, que j'ai éprouvés et que j'éprouve encore pour lui, demeurent les plus forts et m'inclinent, quand même, à l'indulgence. »

Je n'ai pas pu d'abord répondre un mot. J'étais comme médusé. Je voyais mes imprudences, je voyais mes fautes, je déplorais mon entêtement. Il me semblait que M.

Lavoulte avait entièrement raison et qu'il était même très modéré dans son réquisitoire. J'avais évidemment la figure d'un cou-

pable, ce qui a rendu encore plus accablantes les paroles de mon accusateur. M. Cénac m'a appelé traître, M. Rinval, dont je sais la droiture, m'a hautement désapprouvé. Et cet imbécile de M. Bréquet, en voulant me défendre, n'a fait qu'aggraver la situation. N'est-il pas allé soutenir que ma conduite se justifiait par le libre examen ! Ah ! le crétin ! Mon mutisme a fini par les étonner. « Enfin, parlez, me disait-on, par^ lez ! » J'ai péniblement balbutié quelques mots sans suite. J'avais la tète perdue, j'étais assommé, idiot. Conclusion : le conseil m'a très sévèrement blâmé et M. Cénac doit rédiger ça en style de procès-verbal.

- Suis-je vraiment coupable ? Eh bien, non l non ! Certes, je le serais, peut-être, si M. Lavoulte ne m'avait pas poussé dans le piège. Seulement il ne m'y a que trop poussé je le vois un peu tard. Il est probable que, s'il m'avait parlé autrement dès le début de cette aventure, je ne m'y serais pas engagé. Il sait si adroitement convaincre, si admirablement persuader, quand il le désire ! Et, cette fois, les raisons étaient si nombreuses ! Mais, au contraire, par un ton tranchant et absolu, dont j'ai été surpris et blessé parce que je ne le lui connaissais pas jusque-là, par son attitude intolérante, il s'est

efforcé, h dessein, de m'exciter ii la conlradiction et h la résistance. J'ai clé son panlin, moi aussi, je le suis sans doute depuis longtemps î Oui, plus j'y réfléchis, plus je compi'cnds que j'ai été un jouet entre ses mains. Pour m'arrêter, il n'avait qu'à réunir le conseil, dès notre premier entretien. Voilà ce qu'il aurait fait sûrement, s'il avait été loyal dans son opposition, s'il avait réellement tenté de me retenir, au lieu d'en avoir simplement l'air... Eh ! que seulement, l'autre jour, il eût tenu le langage d'aujourd'hui, et je l'aurais écouté î Mais il ne voulait pas que je l'écoute ! Non, il voulait ce qui est arrivé ; car, par suite d'un revirement que je ne m'explique pas, il me hait et cherche à me perdre. Ah ! le fourbe ! le fourbe î et pas moyen de le prouver !...

Minuit, même jour.

Je suis allé promener mon angoisse et ma fièvre sur les boulevards. La nuit est brûlante €t sans soufllcs. Pas la plus petite brise pour rafraîchir mes tempes enflammées. On dirait que les fournaises de juillet et d'août commencent déjà. On ne peut pas respirer, on étoufle, et la poussière des chemins vous emplit la gorge. Mon cœur est lourd comme un morceau

de plomb. Je suis sans force et sans courage. Il me semble que je vais m'évanouir. Ah ! si je pouvais pleurer sur le sein d'un ami, lui confier ma colère, mes remords et mon désespoir... Hélas ! je suis seul, seul, et le vide autour de moi ne fait que grandir. M. Lavoulte me poursuit d'une haine implacable; le conseil méjuge et me condamne ; au cercle de jeunes gens, o» me reçoit comme un étranger ; mon auditoire diminue d'une manière sensible; les riches me tournent le dos et les pauvres deviennent défiants. Ce soir même, j'ai reçu une lettre anonyme, m'engageant h donner ma démission, si j'ai quelque dignité. Avec quel plaisir je la donnerai, en effet, pourvu que le devoir me le permette ! Oh ! un conseil d'ami pour décider de la conduite h tenir ! Oh ! une parole sympathique pour mon pauvre creur, au milieu de ce concert de blâmes et d'insultes !... Mais j'y pense ! ce conseil je puis le trouver quelque part, cette parole réconfortante quelqu'un me la dira. Eperdu au milieu de la tempête, voilà qu'enfin je me souviens du refuge assuré, du port tranquille où les flots déchaînés ne me secoueront plus ! Oui, même si tout le monde m'abandonne, elle me reste ! Quelle joie de le savoir ! J'irai, dès demain, lui confier ma peine.

je mettrai mon âme h nu devant elle. Elle calmera ma fièvre, elle endormira ma douleur, elle dissipera mes inquiétudes. O mon amie, ma sœur ! puisque je trébuche dans l'enfer, nouvelle Béatrix, iutroduis-moi dans le ciel !

18 Juin.

Lorsque je suis entré, elle s'est avancée vers moi avec un empressement plus grand qu'à l'ordinaire, les mains tendues, le regard plein d'afTectueux reproches, et elle m'a dit : « Pourquoi n'êtes vous pas venu me voir après cette affreuse séance ? Je vous attendais. Il faut se souvenir des amis aux jours d'épreuve J'ai eu la fièvre toute la nuit, tant il me tardait d'apprendre de votre bouche la vraie vérité. » Elle a, un instant, tenu mes mains pressées dans les siennes, et la chaleur qui s'en dégageait montait, comme un cordial, jusqu'à mon cœur pour le réconforter. Ensuite, elle m'a fait asseoir auprès d'elle, versant la douceur de ses yeux dans les miens pendant qu'elle ajoutait : « J'allais vous écrire un billet, au moment de votre arrivée. Je ne pouvais plus demeurer sans vous voir. )) Au contact de cette sympathie, de cette sollicitude, de cette affection fraternelle qui l'abritait, qui l'enveloppait comme un nid.

qui la réveillait de son engourdissement comme la tiédenr caressante d'une aile, mon âme glacée, rigide, presque morte de (Void a soudain repris vie. Alors, dans un élan d'expansion spontanée et de complet abandon, j'ai tout raconté, sans crainte, sans réticence, sans fausse honte, avec Li sincérité la plus absolue, avec les plus minutieux détails, ne scellant rien de mes pensées les plus secrètes, de mes sentiments les plus intimes, laissant pénétrer, jusqu'aux replis les plus cachés, jusqu'au tréfonds de mon être, le confesseur candide et pur que Dieu m'avait donné...

J'ai commencé par raconter les origines de la séance d'hier, comment M. Lavoulte avait manœivré pour me jeter dans le piège que le hasard lui fournissait, et comment il avait réussi ; ensuite j'ai dit mon trouble, mes remords, mon incertitude sur la sagesse de ma conduite, depuis qu'il avait pris la parole en plein conseil pour m'accuser et me confondre. J'ai avoué que je me sentais coupable d'imprudence et de légèreté, peut-être même de plus que cela. Seulement, j'ai affirmé aussi que je n'avais pas agi de mon propre mouvement, que j'avais été poussé, et poussé par celui qui, jus([uc-l;i, avait été pour moi, malgré son égoïsme et ses des-

seins profanes, un appui solide et permanent, un conseiller ulile, un guide éclaire, un ami. Pendant que je parlais de la sorte, f]uel(|iic chose de railleur souriait sur ses lèvres et brillait dans SOS yeux. Enfin, elle m'a demandé si je m'expliquais le brusque changement de M. Lavoulte à mon égard. J'ai répondu que non, mais qu'il s'était produit depuis peu. Comme je cherchais h préciser, elle a déclaré que le moment, elle le savait, que c'était sûrement après le mariage de sa fille. Et, pendant que je la regardais abasourdi, ne comprenant pas, elle a continué en éclatant de rire : « Mais oui, mais oui, c'était le gendre possible qu'on aimait et qu'on ménageait en vous. ^lainlenant le gendre n'est plus possible, il est réel, et ce n'est pas vous. Vous, vous êtes le gendre raté, c'est-à-dire un personnage fort peu agréable h M. Lavoulte, nalurellcment. \ous ne servez plus l'égoïsme et les desseins profanes, — avec quelle charmante ironie elle a imité luon ton en répétant ma phrase ! — vous n'êtes plus bon h rien, et on voudrait beaucoup vous envoyer promener. On y travaille ferme, à ce que je vois. » Cette révélation m'expliquait tant de choses, cadrait si complètement avec une foule de faits, cjul me sont revenus en mémoire aussi

tdt et parmi lesquels il y a pas mal d'incidents comiques ou même burlesques, que j'ai éclaté de rire à mon tour. Pourtant, un doute m'a saisi. Elle était peut-être seule à risquer cette supposition. Immédiatement, elle m'a rassuré. La paroisse entière en parlait depuis un an, on en papotait des salons aux loges de portiers. Aussi, le mariage Richemun avait-il absolument dérouté tout le monde. Alors, j'ai demandé, avec une anxiété légitime, et que je n'ai pas essayé de dissimuler, si elle faisait partie de tout le monde, si elle avait cru à l'autre mariage. Elle m'a regardé avec une expression que je ne saurais définir, tant elle était complexe et profonde, puis, d'une voix ferme, où vibrait la sincérité du cœur, elle m'a répondu : « Non, jamais ! » Et, pendant qu'une allégresse triomphante se levait sur mon âme, je n'ai pas pu m'empêcher de lui exprimer le regret de l'avoir connue si tard, puisque je trouvais en elle ce qui m'a si longtemps manqué : une amitié loyale, clairvoyante et fidèle. Redevenue mutine, elle m'a objecté que, pourtant, je n'ai pas été très pressé de faire sa connaissance, durant les six mois où je l'ai fuie. Alors, une force irrésistible m'a entraîné il aller plus avant dans mes confidences. J'ai osé lui avouer des choses que je

■croyais h jamais enfouies dans mon cœur ou dans les pages closes de ce journal. Je lui ai dit l'impression qu'elle avait produite sur moi le jour de son mariage, la crainte épouvantable qui, par la suite, m'avait hanté, d'être la proie ■d'un amour criminel et insensé. Je lui ai dit mes luttes, mes désespoirs, mes efforts pour l'éviter, ma terreur, mon affolement quand il ■avait fallu me rendre chez elle ; puis la paix, le bonheur qui avaient suivi ; puis, de nouveau, ma tristesse, mon découragement, ma sécheresse religieuse, mon dcgoûtet ma lassitude; et, enfin, ma joie de voir se dissiper définitivement tous les fanlômes et de l'aimer comme une sœur. Dans mes paroles, il restait un frémissement des fièvres passées qui me troublait encore et, presque malgré moi, m'obligeait h baisser les yeux. Brusquement, une plainte m'a interrompu et, levant la tête, je l'ai vue toute en pleurs, comprimant avec peine ses sanglots pour murmurer : « Oh ! si j'avais su ! si j'avais su !... » J'ai cru que je l'avais mortellement blessée et, dans mon angoisse, j'ai murmuré des mots sans suite : « Pardonnez-moi... Je ne pensais pas, je ne voulais pas... Faut-il que je me retire ?... » Mais elle, se dominant par un sursaut violent de volonté, m'a saisi les mains,

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et, doucement, comme un souffle : « Mon ami, mon ficre, soyez béni ! ce jour cimentera indestructiblement notre sainte amitié, l'union en Dieu de nos âmes sœurs. Désormais, nous n'aurons plus rien de caché l'un h l'autre, je vous ferai part de toute ma vie et, vous, de toute la vôtre. » Une exaltation sublime s'est emparée de moi, le frisson de l'amour mystique et pur a secoué mon être. Oui, nous ne serons <[u'un cœur et qu'une âme dans la vertu et le devoir ! Nos corps ne sont rien, n'existent pas. Les liens de famille, les contrats charnels ne peuvent pas être lésés par nous, car nous nous sommes rejoints dans une région plus haute, où ne monte pas la poussière des chemins d'icibas, où ne parvient pas la rumeur tumultueuse des passions et des combats terrestres, où nous puiserons, désormais, la force de vivre et de lutter : « Qu'importe la distance ! me suis-je écrié, môme séparés nous serons encore ensemble. Je vais partir sans doute, mais je ne vous (juille pas !» — « Partir? a-t-elle interrogé, et ses lèvres ont blanchi et ses joues sont devenues de neige, partir ? et pourquoi ? J'ai expliqué que j'y serais probablement contraint par l'attilude du conseil, par la désan'cction générale ; j'ai mentionné aussi la lettre anonyme

d'hier. Les couleurs lui sont lentement revenues et elle a trouvé une nouvelle énergie pour me dire : « Partir, vous ne le devez pas !... Si vous le deviez, je n'aurais pas un mot pour vous retenir, car, comme vous, je sens que nous ne sommes qu'un, et que la plus grande distance ne peut pas nous séparer. Mais vous devez rester, mais c'est votre devoir absolu ! Le mal est ici incarné dans un homme qui est le premier pasteur de la paroisse, et qui avilit les plus saintes choses en les utilisant pour envelopper et cacher les plus viles besognes, qui emploie le minislcre chrétien et la bonne foi protestante à la réalisation des plus basses rancunes, qui détourne du vrai service de Jésus-Christ les forces de toute une paroisse, pour les mettre au service de son orgueil. Voire devoir, à vous qui le savez, n'est pas de fuir comme un lâche; voire devoir est de rester courageusement, afin de démascpier l'hypocrisie de cet homme, pour qu'il soit chassé du temple où il brocante la parole sacrée. Je serai h vos côtés, je veillerai au.\ coups de traîtrise, et, h nous deux. Dieu aidanl, nous vaincrons !» Quelle flamme intrépide dans son regard! Quelle vigueur dans son accent! Quelle vaillance fougueuse et communlcalive dans son attitude ! Elle paraissait Mi-

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nerve au moment du combal. Eh bien ! oui, elle a raison, elle m'a convaincu. Je dois rester, c'est mon devoir. Fuir serait une lâcheté, une trahison. Il faut que je confonde cet homme, non par vengeance personnelle, mais dans l'intérêt supérieur de l'Evangile. C'est l'Esprit du Seigneur lui-même qui a parlé par Madame de Cournon !. ..

Madame de Cournon ! que ce nom me semble bizarre maintenant sous ma plume. Pour moi, il perd sa signification, il désigne trop mal l'ange dont il s'agit, mon ange gardien peutêtre ! car un passage du Nouveau Testament — Matthieu XVIII, 10 — laisse supposer qu'il y a des anges gardiens, et il me semble qu'elle est le mien, qu'elle a quitté le paradis, qu'elle a revêtu une forme humaine et qu'elle est venue prendre place près de moi pour mieux me soutenir dans l'épreuve. Ne dirait-on pas que quelque chose de séraphique et d'idéal flotte sur elle, comme si, messagère du ciel, elle en gardait encore l'ineffable parfum et le lumineux reflet ?... Mais non, non ! je divague... Ce n'est point une créature surnaturelle, je la sens trop près de moi, trop liée à moi... Oh ! c'est ma Compagne élue, c'est ma Sœur prédestinée, c'est l'âme de mon âme ! Et qu'im-

porte que la terre et la chair nous séparent une heure, puisque nous allons être réunis, confondus dans le sein de Dieu, pour l'éternité.

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