W' FIGURES ET CHOSES
l'attache est assez long pour qu'il puisse labourer de coups de cornes le derrière des bêtes qui le traînent, et cet équipage difficile à mener s'avance avec des à-coups, des arrêts, des sauts et des ruades.
Sous les hauts porches de la mairie, la fanfare de cuivre alterne avec l'orchestre basque : petites flûtes et tambourins jouant les vieux airs à cinq temps ^ dont le rythme est pour dérouter nos oreilles et dont on ne sait plus Tâge.
Cependant, le taureau, aux cornes emmaillotées, déli\Té à présent de son attelage, a été attaché à un pilier de pierre, par une interminable corde qui lui permet de balayer toute la rue. Et le voilà, affolé et hébété, fonçant au hasard sur les passants qui l'appellent et qui se dérobent toujours. Et ce sont des bousculades, des portes refermées en coup de canon, des galops sur les pavés qui glissent, des fuites, des chutes, des cris d'effroi et des éclats de rire...
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La course achevée, le cortège des pécheurs se reforme pour s'en retourner au quartier de la « marine », où un repas de gala est servi chez le nouvel alcalde de la Mer.
Eli tête, la musique, tambourins et flûte. Fuis, la grande belle fille porteuse du coffre sacré, qui reprend la cadence de sa marche et son balancement de hanches sous son crépon blanc. La bannière ensuite ; les alcaldes, les deux officiers et les prêtres. Enfin les pécheurs et la foule qui les accompagne, toujours plus nombreuse.
Cela défile joyeusement et vite, dans le décor un peu funèbre, dans la triste rue aux maisons si hautes et si blasonnées.
Et, après le tournant de l'église, cela sort tout à coup de Fétoufifement de Fontarabie pour descendre vers cette « marine » par une rampe qui surpylombe tout le fond du golfe de Biscaye, les Pyrénées, les côtes de France et d'Espagne, l'infini de l'Océan bleu, dans une splendeur de lumière.
Là-bas, sur la plage, s'ouvre la modeste petite maison du nouvel alcalde de la Mer, entourée à la mode basque de platanes taillés en voûte. A l'arrivée du cortège, on plante à la porte la sainte bannière et l'on va remiser le précieux coffre au fond d'une alcôve, sous un lit.
Un couvert de fête, très naïvement dressé, avec de gros bouquets, occupe là une salle étroite et basse, dont les solives sont proches et oppressantes comme à bord des navires. Sur les murailles peintes à la chaux blanche, rien que des images du Christ, de la Vierge, des saints qui protègent les hommes de mer.
Dans ce lieu, chaud comme une étuve, où entre pourtant un peu de la brise du large, on s'assied à se toucher, on s'entasse, alcaldes, officiers, prêtres et plus notables pêcheurs, tant qu'il en peut tenir. Des femmes et des filles, alertes, souriantes, s'empressent à servir toutes sortes de poissons et de coquil-
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lages, à toutes sortes de sauces. Entre chaque mets, des cigarettes s'échangent et s'allument, — et on cause pêche ou contrebande, en espagnol et surtout en basque.
C'est au rez-de-chaussée, tout près des promeneurs. Par la fenêtre ouverte, éclate au premier plan la bannière rouge qui flotte, s'envole ou bien s'abaisse parfois jusqu'au sable ; puis, la plage où la musique s'est installée, où les danseurs commencent le fandango ; et, entre les couples qui tournent et se balancent les bras levés, un peu du profond bleu de la mer — où dorment aujourd'hui des centaines de petites choses noires qui sont les barques des pêcheurs en fête.
Des gens du dehors viennent à tour de rôle regarder et gentiment sourire par cette fenêtre ouverte. Il passe même des étrangers de Biarritz ou de Saint-Sébastien, des cyclistes en culotte courte, des élégantes aux larges chapeaux emplumés. Ils touchent la
baiiiiière, ceux-là, l'étendent pour sn examiner im peorsoîanages enfautifts et le patient travaiL..
Aussi loin d'eux que ces broderies anciennes qui les amusent, aussi loin d'eux, Ddeu merci, de leurs conceptions et de leurs mièvreries modernes, sont ces rudes pôcheui^ bronzés qui soupent à cette table, entre des images du Christ, dans l'intacte c<mdeur des vieilles joies, des vieux espoirs et des vieux rêves.^