‹ Figures et choses qui passaientChapitre 9 sur 26 · L ALCALDE DE LA MER · texte numérisé non relu

L ALCALDE DE LA MER

relief sur les murs de pierre rousse ; balcons de fer forgé qui s'étagent les uns au-dessus des autres, garnis de pots de fleurs, égayés partout de géraniums et d'œillets. Quelques têtes espagnoles se montrent aux fenêtres, regardent du côté de l'église, attendent comme nous ce cortège qui va venir. Une curiosité commence d'animer la rue morte.

Des cloches, tout à coup I Des vibrations descendent de l'église si voisine, emplissent l'air tranquille et chaud : les vêpres sont finies.

Les habitants sortent des vieilles maisons obscures, garnissent les balcons et les portes, se penchent, regardent. Et cinq ou six prêtres, les offices terminés, se joignent à nous dans la salle, viennent nous saluer, l'air naïf et bon.

Enfin, au loin s!entend le tambour. Ils arrivent !

Du bout de la rue, du tournant qui paraît la finir, débouche un cortège. En avant du

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mu* farouche de l'église, qui est le grand fond de ce tableau, les gens un à un apparaissent. D'abord des musiciens en béret rouge, jouant une marche vive et gaie. Derrière aux, une femme qui semble être, dans ce défilé, le personnage principal ; une femm^ aux allures de déesse, superbement cambrée, grande, drapée à la mode d'Espagne daiïs un crépon de Chine blanc ; elle s'avance d'un pas rapide, un peu dansant, que rythme la musique, et, avec ses bras levés, arrondis comme des anses d'amphore, elle maintient sur sa tête un coffre énorme. Vient ensuite un garçon, tenant une grande bannière rouge ornée d'un écusson bleu. Puis, UE groupe de figures brunies, coiffées du traditionnel béret basque : les pêcheurs, toute la confrérie des pêcheurs de Fontarabie, qui arrivent de là-bas, du quartier de !a marine, pour la solennité annuelle du renouvellement de le iir alcalde.

L'alcalde de la Mer, chef de la confrérie

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des pAciieurs, est élu tous les ans, au suffrage restreint, et, depuis le moyen â^e, la remise de cette charge se fait, à l'ardent soleil de juillet, avec un cérémonial immuable.

Ils ont descendu la «Calle Mayor» en musique et maintenant les voici montés dans la grande salle de la mairie où tout le monde prend gravement place : Talcaide de la ville dXk centre, sous le dais ; à ses côtés, les deux offitîiers de marine, Tun Français, l'autre Espagnol, qui commandent sur la Bidassoa; puis, les deux alcaîdes de la Mer, l'ancien et le nouveau ; puis, les prêtres, et enfin tous les pêcheurs.

Et la bannière rouge, vieille de quatre siècles, a été montée elle aussi ; ses broderies de soie, très archaïques, représentent des scènes de la pêche à la baleine, et des saints auréolés qui marchent sur les eaux agitées. Cn l'assujettit au balcon de fer pour que, d'JTant la cérémoLi^, elle flotte au-dessiss de le: rue.

Devant les alcaldes, on ouvre le coffre apporté par la belle fille brune, car il contient le trésor de la confrérie qui doit être vérifié : un large parchemin couvert d'écriture gothique, accordant les bénédictions très particulières du pape Clément VIII ; un christ d'argent, un reliquaire d'argent, un calice d'argent, des ciboires d'argent, et des cannes pour les chefs, en fanons de baleine à pomme d'argent (car la confrérie, qui ne pèche plus que des thons et des sardines, fut fondée aux temps lointains où les baleines venaient encore se faire prendre dans le golfe de Biscaye).

Ils sont intacts, tous ces vénérables objets que l'on se repasse de main en main depuis des siècles.

On va donc à présent lire à haute voix les comptes de la communauté, en cette langue millénaire et d'origine si inconnue, que les étrangers au pays basque n'arrivent jamais à comprendre : tant pour les œuvres,

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tant pour les secours, tant pour les messes de bon voyage et les messes de mort...

Gela est écouté attentivement par tous ces pêcheurs alignés autour de la salle. Matelots issus, depuis des générations sans nombre, d'aventuriers de mer, vivant sur les hautes lames dangereuses du golfe de Biscaye. Figures durcies, hâlées, tannées, rasées soigneusement comme des figures de moines.

Un peu rapaces, tous, un peu pillards, obstinés à venir, malgré les lois, jeter leurs filets dans les eaux françaises, jusque sur nos plages, mais braves gens quand même et marins si hardis !...

C'est terminé, cette vérification, et on va s'amuser un peu. En bas, du reste, une grande rumeur s'élève dans la rue, qui s'est beaucoup peuplée : c'est qu'on amène k taureau !

Il arrive à contre-cœur, ce taureau-là.

tenu par la tête à une pièce de bois que tire une paire de bœufs accouplés ; le lien qui

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