‹ Figures et choses qui passaientChapitre 8 sur 26 · L'ALGALDE DE LA MER · texte numérisé non relu

L'ALGALDE DE LA MER

La grande salle de la mairie de Fontarabie, délabrée, vide, solennelle, attestant, comme la ville entière, qu'ici le passé fut presque somptueux. Au fond, sous une sorte de dais en vieux brocart, un portrait de ia Reins trente. Des bancs et des fauteuils, bien rangés le long des murs.

Nous sommes là trois ou quatre qui attendons- Les contrevents restent fermés, nous laissant dans une demi-nuit, — è cause des mouches.

— Dans un moment, dit l'alcalde (le maire)

de la ville, sitôt que finiront les vêpres, ils vont venir.

On entend, dans le silence du dehors, un petit turlututu de flûte basque, plaintif et étrange comme une musique arabe. Il fait étouffant, et on a conscience, malgré cette pénombre voulue, que le grand soleil de juillet flambe au ciel, surchauffe tout cet amas de vieux bois et de vieilles pierres qu'est Fontarabie.

Nous sortons sur l'antique balcon de fer forgé, pour voir s'ils viennent. Alors, audessous de nous se découvre la rue, la « Galle Mayor » étroite, où le soleil ne descend guère, encaissée entre des maisons du moyen âge. Elle est en pente rapide, terminée en bas par une porte en ruine, et comme fermée en haut, comme murée par la masse sombre de l'église. Décor de l'Espagne d'autrefois, demeuré extraordinairement intact; toitures aux chevrons sculptés, très débordantes pour faire plus d'ombre ; blasons magnifiques, en

Page 1